CRUC Szmul

Par Lynda Khayat

Né le 22 février 1901 à Tighina (Roumanie), mort par suicide le 19 mars 1942 à la prison de la Santé à Paris (XIVe arr.) ; chauffeur de taxi, puis brocanteur ; résistant, membre du Front national.

Né dans une famille juive comptant sept enfants, arrivé en France en août 1920, Szmul Cruc s’installa d’abord chez son frère Benjamin, établi chiffonnier, rue Gobert à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine), avant de partir pour Lille en août 1922 et de regagner l’année suivante la région parisienne. Installé avenue d’Orléans à Antony, il épousa le 31 octobre 1929 à Clichy, Jeanne Wigdortchick, née en février 1909 à Paris (XIVe arr.) de parents immigrés juifs, naturalisée française en 1923, professeur de piano.
Chauffeur de taxi, titulaire d’un récépissé de demande de carte d’identité, il sollicita une première fois la nationalité française en mars 1931, sans obtenir de réponse favorable, malgré l’intervention en sa faveur d’Auguste Gratien, député-maire radical-socialiste de Gentilly ; sa demande avait été ajournée en juillet 1932, car il semblait aux autorités de l’époque qu’il avait attendu, pour solliciter sa naturalisation, d’avoir passé l’âge de l’incorporation. De son union naquit à Boulogne-Billancourt, en mars 1938, un fils, Lucien, de nationalité française par déclaration. Szmul Cruc, établi alors brocanteur à son compte (d’habits d’abord, puis récupérateur de vieux métaux), renouvela sans succès sa demande de naturalisation en mai 1938, demeurant alors avec sa famille passage Chanvin à Paris (XIIIe arr.). Au déclenchement de la guerre, il souscrivit un engagement volontaire pour la durée des hostilités, mais ne fut pas appelé. Dès avril 1941, il cessa d’exploiter son commerce. Malgré la nomination d’un administrateur provisoire un mois plus tard, il parvint à liquider le stock de marchandises de mai à juillet, donna congé à son propriétaire, vendit son pas-de-porte en septembre et se retira à Antony, chez son beau-père.
Militant communiste, il participa notamment, en août 1941, à des collectes d’argent, en faveur des Juifs internés au camp de Drancy, parmi les membres de la Bourse des chiffonniers, à l’initiative sans doute de Solidarité, organisation liée à la sous-section juive de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) du PCF. Szmul Cruc intégra le Front national, organisation clandestine de résistance du PCF, et fut chargé de rechercher des armes, du zinc laminé et les compétences d’un ingénieur chimiste, dans le cadre de la mise en place d’un réseau militaire dans la région parisienne par le militant Frédéric Ricol. Il sollicita durant cette période la possibilité de devenir russe, procédure alors en instance. Sans emploi, il fut placé par les soins des services de résorption du chômage au camp de travail de Saint-Eutrope à Allainville près d’Arpajon (Seine-et-Oise, Essonne) comme manœuvre terrassier, puis comme ouvrier agricole à la ferme.
Arrêté le 9 octobre 1941 sur son lieu de travail par les inspecteurs des Brigades spéciales de la préfecture de police de Paris, il fut après interrogatoire mis à la disposition du procureur pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. La vague d’arrestation concernait le réseau de Frédéric Ricol. Il comparut une première fois le 14 octobre, devant le juge d’instruction qui prit la décision de l’incarcérer, par mandat de dépôt, à la maison d’arrêt de la Santé, où il reçut régulièrement la visite de sa femme et de son enfant.
Un mois plus tard, le 13 novembre de la même année, il comparut à nouveau devant le juge d’instruction pour interrogatoire et confrontation. Son avocat demanda le 2 décembre 1941 sa mise en liberté provisoire, fournissant trois pétitions de voisins, connaissances habitant son quartier dans le XIIIe arrondissement, où il vivait depuis plusieurs années ou à Antony où il s’était récemment installé, auquel fut joint un certificat du centre spécial de recrutement des étrangers de la Légion étrangère le reconnaissant apte à souscrire un engagement pour la durée de la guerre, ajoutant que sa famille se trouvait dans le plus grand dénuement depuis son arrestation.
Il tenta en prison une première fois de se suicider le 6 février 1942, en se précipitant dans le vide depuis le deuxième étage de la Santé, alors qu’il réintégrait sa cellule après avoir vu son avocat. Un surveillant parvint à le retenir au moment où il enjambait la balustrade d’une passerelle. Depuis cet incident, il fut placé dans le quartier dit de « Grande surveillance », mais parvint néanmoins à mettre fin à ses jours, un mois plus tard, par pendaison, dans la nuit du 18 au 19 mars 1942, pendant le sommeil de ses deux codétenus. Sa femme fut prévenue par pneumatique de son décès. En avril 1942, alors qu’il était déjà mort, il fut radié du registre du commerce par l’administrateur provisoire qui liquida sa boutique.


Voir Paris (XIVe arr.), prison de la Santé, 1941-1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157473, notice CRUC Szmul par Lynda Khayat, version mise en ligne le 14 janvier 2015, dernière modification le 19 mars 2022.

Par Lynda Khayat

SOURCES : Arch. Nat. Natural. 19770875 art 169 dos. 18086 X 32 Cruc Samuel ; AJ 38 art. 3026 dos. 6542 Cruc Smul ; Z 4 art. 31 dos. 239 Instruct. de la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. – SHD BVCC dos. ind. Cruc Szmul – Arch. PPo. BS1 GB 60. Aff. Ruol, Pourchasse, Belin et autres (25 septembre 1941).

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