D’ALESSANDRI Albéric

Par Jean-Sébastien Chorin, Jean-Marie Guillon, Robert Mencherini

Né le 24 août 1917 à Daluis (Basses-Alpes, Alpes-Maritimes), fusillé le 1er novembre 1943 à Lyon (Rhône) ; chauffeur ; membre des Jeunesses communistes d’Annot (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) ; résistant dans le détachement Marat des FTP-MOI.

Maurice Korzec, Marcel Bonein, D’Alessandri. Plaque à Marseille.
Maurice Korzec, Marcel Bonein, D’Alessandri. Plaque à Marseille.
Cliché Claude Pennetier

Né dans une famille d’origine italienne, habitant dans la petite bourgade d’Annot (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), Albéric d’Alessandri adhéra aux Jeunesses communistes (JC) en 1936. Il fit son service militaire dans l’armée de l’air.
Gardant des contacts avec ses camarades des JC, cherchant à échapper aux réquisitions pour le travail en Allemagne, il prit contact Félix Henry, chef cantonnier à Saint-Martin-du-Var (Alpes-Maritimes), beau-frère de son oncle, résistant en contact avec des communistes et des gaullistes. Via le coiffeur Inaudi, militant communiste à Saint-Martin, il fut envoyé à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Là, Carlo Piacenza, ancien des Brigades internationales, animateur de la Résistance communiste, l’intégra au groupe de jeunes FTP-MOI qu’il avait formé et auquel participait, entre autres, Marcel Bonein. En mai 1943, tous les deux furent envoyés à Marseille dans ce qui allait devenir la compagnie Marat des FTP-MOI par un responsable surnommé le Frisé. Ils logeaient avec un autre camarade dans une petite chambre louée par Apolonio de Carvalho. Joints par Maurice Korzec, ils préparèrent un attentat contre les soldats allemands. Cet attentat eut lieu le 5 juin 1943 contre le cinéma Capitole transformé en soldatenkino réservé aux soldats allemands et situé en haut de la Canebière, au centre de Marseille. Albéric d’Alessandri et Marcel Bonein furent chargés de protéger Maurice Korzec qui lança une grenade dans le hall du cinéma à la sortie de la séance, à 21 heures 30. Sept soldats allemands furent blessés et cinq civils français, mais Maurice Korzec et Albéric d’Alessandri, porteur d’une deuxième grenade, furent arrêtés aussitôt. Interrogés par la police allemande, ils réitérèrent leurs aveux devant le commissaire Payan, chef de la section des affaires politiques à la 9e brigade régionale de police de sûreté, autorisé à venir les écouter. Ils furent incarcérés à Marseille puis transférés à Lyon (Rhône) et incarcérés à la prison Montluc. Ils furent condamnés à mort par le tribunal militaire allemand de Zone sud. Maurice Korzec, condamné à mort, a été fusillé le 13 septembre 1943. Albéric D’Alessandri et Marcel Bonein furent condamnés à mort à leur tour le 19 octobre 1943 et fusillés le 1er novembre 1943 à la prison Montluc.
Albéric d’Alessandri écrivit une dernière lettre à sa famille juste avant d’être exécuté. On peut y lire : « J’ai à ce moment un courage sans pareil. Je voudrais que tous les êtres humains aient le même. Je meurs content, car je pense qu’à part cette guerre tous les hommes seront heureux et la justice juste car celle-là ne l’est pas. Tous mes derniers sentiments vont vers vous en ce moment. Je suis à côté d’un camarade qui est dans le même cas que moi. Je suis assisté d’un prêtre catholique. Je mourrai avec tous les sacrements de l’Église. Je suis fier de tomber sous les balles ennemies. Je voudrais que tout le monde dise comme moi, je meurs pour la liberté et vive la France libre et indépendante. Cette liberté chérie dont nous sommes tous fiers, vous la retrouverez un jour et vous direz la tête haute, beaucoup sont tombés pour cela. »
Le titre d’Interné Résistant lui fut attribué après la guerre. Une plaque à la mémoire des trois jeunes FTP-MOI fut posée à Marseille, sur le monument aux Mobiles, place des Réformés, en face du cinéma qu’ils avaient attaqué. Le nom d’Albéric d’Alessandri figure également sur le monument aux morts d’Annot.

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Dernière lettre
 
Lyon, le 1er novembre 1943
Chers Oncle, Tante et Cousins,
C’est une bien mauvaise nouvelle que je viens vous annoncer. C’est la dernière lettre, et vous ferez suivre l’autre à mes chers parents
J’ai été juge par le Tribunal militaire à Lyon, le 19 octobre 1943, et condamné à mort par ledit Tribunal, Je tiens à vous dire tout de suite que je tombe sous les balles ennemies, mais que je suis innocent..,. Je voudrais être le dernier, mais malheureusement, je ne le crois pas. J’ai en ce moment un courage sans pareil et je voudrais que tous les êtres humains en aient le même. Je meurs content, car, je pense qu’après cette guerre, tous les hommes seront heureux et une justice plus juste, car celle-ci ne l’est pas. Tous mes derniers sentiments vont vers vous en ce moment ; je suis à côté d’un camarade qui est dans le même cas que moi, je suis assisté d’un prêtre catholique, je meurs avec tous les sacrements de l’Église.
Je suis fier de tomber sous les balles ennemies et je voudrais que tout le monde dise comme moi : je meurs pour la liberté chérie dont nous sommes tous fiers. Vous la retrouverez un jour. « VIVE LA FRANCE LIBRE ET INDÉPENDANTE. » Vous direz, la tête haute « Beaucoup sont tombés pour cela. »
Maintenant, cher oncle, c’est à toi que je m’adresse : tu es le chef de famille et quelle gloire pour toi. Tu as deux enfants et tous bien gentils : continue à les élever dans le droit chemin, le bien et le travail. En lisant ces mots, ne pleure pas, je t’en prie : dans la vie, il faut avoir du courage comme te l’indique cette lettre.
Ma chère tante, tu es la mère de ces deux enfants, tu diras « pas la peine d’élever des enfants jusqu’à cet âge pour les donner aux bourreaux » ; mais, que veux-tu, les tiens ne tomberont pas comme je suis tombé, moi. Toi aussi, fais-leur voir le droit chemin et je pense qu’eux aussi me vengeront.
Toi aussi, Riri, qui commences à comprendre la vie, écoute-les toujours bien et marche en droite ligne ; et quand on parlera de moi, tu ne baisseras pas la tête, tu peux être fier de ton grand Albéric.
Ma chère petite Annie, je t’embrasse pour la dernière fois et écoute bien ce que te diront Papa et Maman.
J’ai écrit cette dernière lettre avant de pouvoir la remettre à mes chers parents, et vous les aiderez à supporter la peine. Merci.
Adieu à tous et pour toujours, et vive la liberté,
Albéric.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157502, notice D'ALESSANDRI Albéric par Jean-Sébastien Chorin, Jean-Marie Guillon, Robert Mencherini, version mise en ligne le 13 mars 2014, dernière modification le 6 juin 2021.

Par Jean-Sébastien Chorin, Jean-Marie Guillon, Robert Mencherini

Maurice Korzec, Marcel Bonein, D'Alessandri. Plaque à Marseille.
Maurice Korzec, Marcel Bonein, D’Alessandri. Plaque à Marseille.
Cliché Claude Pennetier

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W14. – Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 76 W 117, 76 W 132, 8 W 64 (dossier Charles Piacenza, rapports du commissaire Payan et réquisitoire). – Grégoire Georges-Picot, L’innocence et la ruse. Des étrangers dans la Résistance en Provence (1940-1944), Éd. Tirésias, 2000. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir, Lettres de fusillés (1941-1944), Paris, Tallandier, 2003, p. 260-261. – CDRHIP, Mémorial de la Résistance et des combats de la Seconde Guerre mondiale dans les Basses-Alpes, Digne, 1992. – Robert Mencherini, Midi rouge, ombres et lumières, t. 3, Résistance et occupation (1940-1944), Paris, Syllepse, 2011.

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