PROUST René, Marcel

Par Alain Dalançon

Né le 1er juin 1930 à Chail (Deux-Sèvres), mort le 18 octobre 2020 à Pessac (Gironde) ; ouvrier d’usine à Melle (Deux-Sèvres) puis professeur de l’enseignement technique ; militant de la CGT, du SNET, puis du SNES dans l’académie de Bordeaux (Gironde) ; militant communiste.

Jeune ouvrier d’usine à Melle
Jeune ouvrier d’usine à Melle
(à gauche sur la photo)

René Proust était le second enfant d’une famille nombreuse de sept enfants. Son père, né en 1903, issu d’un milieu rural très pauvre durement éprouvé par la Guerre 1914-1918 et la grippe espagnole, placé tout jeune chez des paysans, avait été ouvrier agricole avant de devenir ouvrier maçon ; il avait participé à des faits de résistance de 1942 à 1944, avait adhéré alors au Parti communiste clandestin et avait siégé au conseil municipal de Chail à la Libération sous l’étiquette « communiste ». Sa mère, issue d’une famille d’agriculteurs-fermiers, fut élevée par sa tante à la suite du décès de sa mère et de l’abandon de la ferme familiale par son père revenu « gazé » de la guerre.

Bon élève à l’école de son village où il obtint le certificat d’études primaires en 1944, René Proust ne poursuivit pas d’études comme sa sœur aînée qui devint normalienne mais dut quitter l’école normale d’institutrices en raison d’une grossesse. Il entra en 1945 comme apprenti à l’usine d’industrie chimique de Melle et réussit en 1947 au certificat d’aptitude professionnelle de chaudronnier qui lui permit de devenir ouvrier professionnel sur place.

René Proust découvrit alors le syndicalisme en adhérant à la CGT et fut un témoin néophyte de la fracture de la confédération en 1947-1948. La majorité des syndiqués de cette usine d’une grande entreprise, implantée dans une région rurale sans tradition de lutte ouvrière, employant des ouvriers-paysans travaillant en « trois-huit », passa à la CGT-FO, tandis que résistait à la CGT un « noyau dur » d’une vingtaine d’ouvriers. Il devint quelque temps plus tard le secrétaire de la section CGT de l’entreprise, puis membre de la commission administrative de l’union départementale et adhéra au Parti communiste français en 1953.

Grâce à un militantisme très actif, enrichi par la publication d’un bulletin syndical, la section CGT put devenir majoritaire en 1956 aux élections des délégués du personnel et du comité d’entreprise. René Proust participa la même année à son premier congrès national de la Fédération des industries chimiques à Paris, et siégea, en tant que membre ouvrier du comité d’entreprise, à une réunion du conseil d’administration central de l’entreprise. Il présida par ailleurs, à Melle, la réunion du candidat communiste à la députation, Gabriel Citerne, ancien député du département de 1946 à 1951 ; il était alors secrétaire de la cellule de Melle et membre du comité fédéral des Deux-Sèvres.

En raison de sa situation de « soutien de famille » ‒ son dernier frère était né en 1948 ‒, René Proust fut dispensé de service militaire. Il épousa le 25 octobre 1952 à Gournay-Loizé (Deux-Sèvres), à la mairie et à l’église, Monique Bodin, fille d’agriculteurs bien-pensants, qui adhéra par la suite au PCF et à l’Union des Femmes françaises, et avec laquelle il eut trois fils.

À partir de 1953, il suivit des cours par correspondance au Centre national d’enseignement à distance dans l’optique de préparer le concours de professeur technique adjoint des collèges techniques. En 1956, il se porta candidat à une annonce de l’académie de Rennes qui recherchait des maîtres auxiliaires de chaudronnerie ; il accepta donc un poste en février 1957 au lycée technique de Brest (Finistère), malgré tous les inconvénients (perte de son emploi précédent, risque de ne pas réussir au concours, séparation familiale). À la rentrée 1957, il se rapprocha de sa résidence en étant nommé MA au collège d’enseignement technique de Tours (Indre-et-Loire) puis fut reçu au printemps 1958, premier sur six candidats admis au plan national, à la première partie du concours de PTA de sa spécialité de métaux en feuilles. L’année suivante, il effectua son stage à l’École normale nationale d’apprentissage de Nantes (Loire-Atlantique) et, en 1959, fut reçu au concours de PTA de lycée.

René Proust fut alors nommé à la rentrée 1959 au lycée technique de Bordeaux (Gironde) où il se fixa avec sa famille et où allait commencer une nouvelle étape de sa vie. Il fut muté ensuite en 1965 au lycée technique de Talence (Gironde), où il demeura jusqu’en 1972. Il découvrit alors le syndicalisme enseignant, en adhérant au Syndicat national de l’enseignement technique, ainsi que les joutes entre tendances auxquelles il n’était pas habitué. Il ne tarda pas à militer dans le courant « Union pour une action syndicale efficace » au plan local et régional, participa aux congrès nationaux, et fut élu membre suppléant de la commission administrative nationale de 1962 à 1966. Il milita ensuite dans le courant « Unité et Action » du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré provenant de la fusion entre le SNES et le SNET en 1966.

Aux élections à la CA de la section académique du nouveau SNES en mai 1967, les « autonomes » réussirent à conserver une courte majorité, surtout en raison de leur influence dans le département de la Gironde (A : 1 106 voix contre U-A : 1014 voix) ; Claude Hourcau conserva donc le poste de secrétaire général pour l’ancien SNES mais avec Maurice Rabau-Daudon, secrétaire académique adjoint (représentant l’ancien SNET conformément aux nouveaux statuts), et René Proust, secrétaire administratif, tous deux de la tendance U-A. Une cogestion du S3, tendue mais efficace, fut donc poursuivie durant deux années.

Après 1968, U-A devint largement majoritaire dans l’académie aux élections de mai 1969 à la CA nationale et sa liste l’emporta aux élections à la CA académique (U-A : 1292 voix, UIDS : 885 voix). Hourcau ayant fait savoir que lui et ses camarades ne souhaitaient pas poursuivre la cogestion comme le leur proposait la nouvelle majorité, Renée Augé-Orcié fut donc élue secrétaire générale du S3 de Bordeaux, avec Serge Granger, secrétaire académique adjoint, et Proust, secrétaire administratif, qui avait été candidat sur la liste à la CA nationale.
Les relations entre René Proust et Renée Augé-Orcié, dont l’affaire avait fait grand bruit depuis plusieurs années dans l’académie et au plan national, se dégradèrent vite ; il n’acceptait pas son autoritarisme et son dédain à l’égard des personnels de l’enseignement technique : il démissionna donc du secrétariat académique, tout en restant membre de la CA.

Il avait donné des cours du soir pour adultes de 1965 à 1972 ; après le vote de la loi de 1971 organisant la formation continue des travailleurs, il opta à la rentrée 1972 pour la fonction de conseiller en formation continue au CAFOC (Centre académique de formation continue), où il exerça durant vingt années jusqu’à sa prise de retraite en 1992 au grade de professeur certifié hors-classe – il avait en effet été reçu au concours spécial de professeur technique en 1977.

Parallèlement, René Proust militait au PCF sous des formes nouvelles pour lui. À Bordeaux, il put participer à des formations plus théoriques. Dans son quartier de résidence de La Bastide, sur la rive droite de la Garonne, les électeurs votaient majoritairement à gauche mais majoritairement socialiste. Il participa donc à tous les combats de son parti contre la droite et l’extrême droite (l’OAS) mais aussi pour contrebalancer l’influence socialiste. Il devint membre de la commission de contrôle financier de la fédération communiste de la Gironde en 1968, après avoir exercé des responsabilités aux niveaux cellule et section de Bordeaux-Bastide et de Cenon. Mais il ne fut pas renouvelé dans sa responsabilité fédérale lors de la conférence de 1971, en raison de ses responsabilités syndicales et de ses activités professionnelles. Vice-président de l’amicale laïque de La Bastide, il faisait aussi partie du bureau du Comité de la Paix.

En 1978, René Proust témoigna son soutien aux intellectuels communistes d’Aix-en-Provence qui, s’étant vu refuser la publication de leur analyse critique dans l’Humanité, l’avaient fait publier dans Le Monde (20 mai 1978). Il fut donc écarté de toute responsabilité dans le Parti, ce qui le conduisit à ne pas reprendre sa carte en 1980, sans pour autant jamais cesser de se considérer comme communiste.

Retraité, il fut responsable de la section académique des retraités du SNES de 1993 à 2003 et fut élu à la commission exécutive de la section départementale de la Fédération générale des retraités de la Fonction publique.

Décédé à la clinique mutualiste de Pessac, ses obsèques civiles eurent lieu à Mérignac et se terminèrent par l’Internationale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157536, notice PROUST René, Marcel par Alain Dalançon, version mise en ligne le 16 mars 2014, dernière modification le 24 octobre 2020.

Par Alain Dalançon

Jeune ouvrier d'usine à Melle
Jeune ouvrier d’usine à Melle
(à gauche sur la photo)
Conseiller en formation continue
Conseiller en formation continue
Manifestation des retraités 2010
Manifestation des retraités 2010
(à gauche sur la photo) clichés fournis par l’intéressé

SOURCES : Arch. IRHSES dont Le Travailleur de l’enseignement technique, L’Université syndicaliste, bulletins du S3 de Bordeaux. — Arch. du comité national du PCF. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Jacques Girault.

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