DAVE Victor, Josephus, Ludovicus.

Par Jean-Paul Mahoux - Jean Puissant

Alost (Aalst, pr. Flandre orientale, arr. Alost), 25 février 1847 – Paris (France), 31 octobre 1922. Journaliste, traducteur, directeur de publications, employé puis correcteur, membre des Solidaires, membre du Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, anarchiste.

Fils de Jean-Baptiste Dave (31 ans en 1847, né à Vieuxville (aujourd’hui commune de Ferrières, pr. Liège, arr. Huy), employé aux accises, et de Anna Dierckx, ménagère, Victor Dave étudie à la faculté de philosophie de l’Université de Liège (pr. et arr. Liège) de 1864 à 1866, puis aurait suivi des cours à l’Université libre de Bruxelles avant de reprendre son cursus universitaire à Liège en 1869.

Victor Dave participe au Congrès international des étudiants qui se tient à Liège en octobre 1865, au cours duquel des délégués, français notamment, tiennent des propos d’un radicalisme (politique et anticlérical) qui provoquent l’indignation de la presse européenne. À cette occasion, il compose une Brabançonne des étudiants qui rencontre un certain succès. Une des causes de son adhésion au socialisme aurait été sa rencontre à ce Congrès avec Paul Lafargue qui l’aurait incité à lire Pierre-Joseph Proudhon. Néanmoins, il est possible que Dave ait rencontré Proudhon lors du passage de ce dernier à Bruxelles en 1862 (il avait alors quinze ans).

Victor Dave est secrétaire de la Fédération des écoles qui convoque le troisième Congrès international des étudiants à Gand en décembre 1868. Il siège à son bureau. Dave habite alors Cureghem (Anderlecht). Ce Congrès, moins suivi, est le plus « violent » des trois : les orateurs se déclarent athées, positivistes et révolutionnaires ; « la question de l’enseignement est désormais tributaire de de la solution de la question sociale ». Le Congrès se prononce en faveur de « la solidarité et l’égalité entre travailleurs de la pensée et producteurs ».

Victor Dave devient membre de la société rationaliste, Les Solidaires. Un rapport de police de Herstal (pr. et arr. Liège) du 1er février 1869 le présente comme le militant « le plus en vue »… « un jeune étudiant, le sieur Dave, qui s est signalé lors du premier meeting par une grande véhémence de langage ».

Correspondant pour Liège de la Fédération bruxelloise de l’Association internationale des travailleurs (AIT) depuis juin 1868, Victor Dave est membre de la Fédération de la vallée de la Vesdre (pr. Liège, arr. Verviers) et membre du Conseil général des sections de l’AIT de 1869 à 1873. Il souscrit aux thèses anarchistes et anti-autoritaires de Michel Bakounine et les défend dans plusieurs organes internationalistes comme Le Mirabeau, journal de la section verviétoise, dirigé par son ami, Pierre Fluche. Il collabore à la La Voix des écoles avec Victor Arnould, Paul Janson, La Liberté, journal bruxellois de tendance proudhonienne avec les mêmes, et De Werker (le travailleur), journal de la section anversoise de l’AIT, mais également aux journaux hollandais, De Vrijheid (la liberté) et De Toekomst (l’avenir), dirigés par son ami anversois, Rodenbach, pseudonyme de C. Monterossy, à La Haye.
C’est par l’entremise de ce dernier que Victor Dave participe, en tant que délégué de la section de La Haye, au Congrès de l’AIT qui se tient dans la capitale hollandaise du 2 au 7 septembre 1872. Il y prononce la fameuse déclaration de minorité qui marque la scission entre les marxistes et les anti-autoritaires. Signée par les délégués jurassiens, espagnols, hollandais et belges, cette déclaration statue en faveur de l’autonomie fédérative. Il vote, avec les Belges, en faveur du transfert du Conseil Général à New-York, proposé pourtant par Karl Marx, considérant que l’éloignement signifiait la fin de l’autorité de ce Conseil. Il vote également contre les exclusions de Bakounine, Guillaume, Schwitzguébel. Il signe ainsi non seulement son opposition aux « autoritaires », conduits par Marx, mais également son ralliement à l’anarchie. Il prend la parole en néerlandais aux réunions publiques et y traduit plusieurs intervenants.

Auparavant, Victor Dave préside le Congrès de l’AIT belge des 13 et 14 avril 1872 à Verviers, au titre de représentant de la Fédération de la Vesdre au Conseil général (fédéral) belge qui s’est prononcé contre la reconstitution d’un conseil général international. Au Congrès national de l’AIT du 25 décembre 1872, Dave défend la dissolution du Conseil général de Bruxelles et s’oppose aux résolutions des autoritaires du Conseil général de Londres. Toujours membre du Conseil fédéral belge, il représente la Fédération de la Vesdre au IIe Congrès national de Jumet-Gohyssart (aujourd’hui commune de Charleroi, pr. Hainaut, arr. Charleroi) les 1er et 2 juin 1873. Il n’est pas présent au Congrès d’Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers) les 15 et 16 août. À Verviers, il anime, avec Pierre Fluche, l’éphémère périodique, Science populaire, qui paraît de septembre 1872 à mars 1873. Conçu comme un complément au Mirabeau, ce journal compte Bakounine et Benoît Malon parmi ses correspondants. Un compte-rendu du Capital de Karl Marx y est également publié.

Selon plusieurs sources, Victor Dave aurait participé à l’insurrection cantonaliste espagnole de l’été 1873. Cependant, les sources qui en font état mentionnent une évasion et un exil en France qui n’interviendront que cinq ans plus tard. De plus, le rôle joué par Dave dans l’organisation au soutien de la grève des ouvriers textiles de Verviers en avril-août 1873 rend une telle présence peu probable, il est en Belgique début juin 1873. Une note de la police de Verviers datée du 1er juin le fait figurer en n°1, 27 ans, rue David, n°36 avec les qualificatifs de « modéré, tribun, chef influent ».

Au cours de ce même été 1873, les rapports de Victor Dave avec la Fédération de la Vesdre se détériorent. Les Verviétois s’opposent à sa désignation en tant que délégué au Congrès de l’Internationale anti-autoritaire de Genève et lui préfèrent Laurent Manguette. Dave s’y rend finalement le 28 août grâce à la section des Ouvriers mécaniciens de Verviers. À Genève en Suisse (1er-6 septembre 1873), il prône l’application du principe d’anarchie et dépose une proposition visant à interdire la mise en place d’une commission administrative qui risque de prendre le relais du Conseil général alors supprimé. « D’accord avec les aspirations manifestées dans maintes circonstances par le prolétariat en faveur du principe d’anarchie, synonyme d’ordre organisé, déclare que ce principe doit trouver une première application effective et réelle dans la confection des statuts généraux, en refusant de créer une ou plusieurs commissions centrales chargées d’une besogne officielle… » Victor Dave défend également l’adhésion des « travailleurs de la pensée » contre ceux qui voudraient la limiter aux travailleurs manuels (travailleurs : tous ceux qui vivent du produit de leur travail », niant que les « bourgeois » soient seuls responsables des dissensions au sein de l’AIT « qui du reste allaient finir. ». Avant son retour, il rencontre, pour la première et dernière fois, Bakounine à Bâle, à l’occasion d’un dîner.

Le 29 septembre 1873, une résolution non motivée, signée par Henri Demoulin* et Hornesch*, entraîne l’exclusion de Victor Dave de la section de Verviers. Des soupçons de détournement de fonds destinés aux grévistes du secteur textile seraient à l’origine de cette résolution. Si César De Paepe* accorde du crédit à cette version, il est également possible que la jalousie, provoquée par les succès de Dave lors des événements verviétois de l’été (déclenchement d’une grève en solidarité à Alost (Aalst, pr. Flandre orientale, arr. Alost), récolte de fonds à Gand et Anvers), soit à l’origine de sa mise à l’écart. Un autre élément d’explication est sa position inconfortable au sein de la section, due à celle de son ami Pierre Fluche en 1871. Toujours est-il que l’écartement de Victor Dave provoque une vive polémique au sein du mouvement internationaliste verviétois.

Victor Dave se retire quelques années de la vie politique mais poursuit son activité de journaliste. En 1874, il publie clandestinement à Spa (pr. Liège, arr. Verviers), le Bulletin de la Commune de Gustave-Paul Cluseret. Il habite probablement Bruxelles de 1876 à 1878, année de son départ définitif pour la France. Après avoir épousé une demoiselle Archambault, fille d’un propriétaire de Loches (département de l’Indre-et-Loire, France), il s’établit à Paris où il travaille comme traducteur d’ouvrages allemands et anglais traitant d’histoire naturelle.
Victor Dave fréquente les milieux d’exilés sociaux-démocrates allemands et se lie d’amitié avec Johann Most, social-démocrate devenu anarchiste, fondateur de plusieurs journaux. En mars 1880, Dave est expulsé du territoire français et gagne Londres où il organise la diffusion clandestine du journal, Die Freiheit (la liberté), publié par Most depuis 1879. Arrêté en Allemagne à la fin de 1880, il est condamné à cinq ans de prison par la Haute-Cour de Leipzig (Saxe, Allemagne). Au final, il purge près de quatre années dont deux à la forteresse de Halle en Westphalie (Saxe-Anhalt). Libéré au printemps 1884, il retourne à Londres où il rencontre en 1886 Piotr Kropotkine. Une thèse, aujourd’hui contestée, veut que l’influence de Victor Dave sur Most soit à l’origine du passage de ce dernier de la social-démocratie à l’anarchisme (ce qui n’est pas l’avis de Nettlau).

Lorsque Daniel Wilson, député radical d’Indre-et-Loire, obtient la suspension de l’arrêté d’expulsion de Victor Dave, ce dernier regagne Paris, avec son épouse. Il collabore à l’Humanité nouvelle, revue internationale de sciences et des arts, fondée en 1897. Il en est, un temps, le secrétaire de rédaction. En 1903, il fonde et dirige, avec Alfred Costes, la Revue générale de bibliographie française. Il s’occupe particulièrement de politique, d’économie sociale, d’histoire et des publications belges dans leur ensemble. Également employé à la maison d’édition des Frères Schleicher, Dave traduit notamment des œuvres de Ferdinand Lasalle pour la Bibliothèque socialiste internationale : Discours et pamphlets en 1903, Capital et travail en 1904. En 1913, il traduit la biographie de E. Bernstein sur Lasalle, F. Lasalle, la réformateur social.

À partir de 1912, année de la mort de sa femme, Victor Dave est engagé comme correcteur à la Chambre des députés. Admis au Syndicat des correcteurs en 1911, il se range aux côtés des anarchistes kropotkiniens dès 1914. Il est un des seize signataires du Manifeste, publié dans la Bataille syndicaliste en février 1916, appelant les anarchistes à se ranger du côté des Alliés. Avant de décéder en octobre 1922, Dave traduit le livre de Karl Kautsky, Comment s’est déclenchée la guerre mondiale. Il est incinéré au cimetière du Père Lachaise à Paris.

Victor Dave a incontestablement joué un rôle de « passeur » plus que de théoricien ou de militant. Ces connaissances linguistiques y sont pour beaucoup. Il aurait eu des « nounous » d’origine diverse, tenues de lui parler exclusivement dans leur langue. Né à Alost, il a sans doute commencé sa scolarité à l’école flamande.

À consulter également : ENCKELL, M., « Dave Victor », dans Dictionnaire des anarchistes, Site Web : maitron.fr.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157548, notice DAVE Victor, Josephus, Ludovicus. par Jean-Paul Mahoux - Jean Puissant, version mise en ligne le 16 mars 2014, dernière modification le 25 octobre 2020.

Par Jean-Paul Mahoux - Jean Puissant

ŒUVRE : En plus de sa collaboration à la presse belge, il publie notamment : Michel Bakounine en Karl Marx. De Geschiedenis van een laster-Kampagne, Amsterdam, 1900 – Pacifisme et antimilitarisme, Paris, s.d. – Notice de F. Pelloutier, Fernand Pelloutier. Histoire des Bourses du travail, Paris, 1902 – Louis Buchner, Paris, 1910.

SOURCES : État civil de la ville d’Alost (Aalst, acte de naissance) – IISG, Amsterdam : Fonds Nettlau : collection Dave – BERTRAND L., Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique, t. 2, Bruxelles-Paris, 1907 – COSTES A., « Victor Dave », Bulletin of the International Institut of social history, n°2, Amsterdam-Leyde, 1952, p. 190-195 – Michel Bakounine et les conflits dans l’Internationale, Textes établis et annotés par A. Lemming, Leiden, 1965 – OUKHOW C., Documents relatifs à l’histoire de la Première Internationale en Wallonie, Louvain-Paris, 1967 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 47) ) – BARTIER J., « Étudiants et mouvements révolutionnaires. Les congrès de Liège, Bruxelles et Gand », Mélanges offerts à G. Jacquemyns, Bruxelles, 1968 – FREYMOND J. (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, vol. III (p. 503-505 en particulier, notice la plus précise malgré l’inexactitude initiale sur le mois de naissance) ; vol. IV, Genève, 1970 – WOUTERS H., Documenten betreffende de geschiedenis der arbeidersbeweging ten tijde van de Ie Internationale (1866-1880), deel I, Leuven-Paris, 1970 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 60) – Entre Marx et Bakounine : César De Paepe, correspondance présentée par Bernard Dandois, Paris, 1974 – GUÉRIN D., Ni Dieu, ni Maître. Anthologie d’un mouvement anarchiste, Paris, s.d. – MOLNAR M., Le déclin de la Première Internationale, Genève, 1971 – BARTIER J., Étudiants et mouvement révolutionnaire au temps de la 1ère Internationale, rééd., Bruxelles, 1981, p. 199-200 – JORIS F., Pierre Fluche et le mouvement ouvrier verviétois sous Léopold II, Tubize-Bruxelles, 1997.

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