KOUCHI Mohamed Salah dit KOUCH Younès [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 22 novembre 1910, chaouch de médecin à Tébessa puis cheminot, un des principaux animateurs communistes de la région de Tébessa, membre du comité central du PCA en 1947 et du Bureau politique en 1952, écarté en 1954.

Celui qui sera connu sous le nom de Kouch Younès habite Tébessa. Son père est pensionné de la guerre de 1914. Le jeune homme, qui a une bonne formation en français et en arabe, a été employé chez un médecin, le Dr Mangin. On le dit chaouch (portier ou garçon à tout faire) ou infirmier. Sur sa fiche des archives de Moscou, il est porté : aide soignant. Il devient cheminot auxiliaire. La gare-dépôt de Tébessa est sur ligne des mines de phosphates, qui conduit d’Algérie en Tunisie. Déjà fiché comme communiste, il est muté à Souk-Ahras en mars 1940, puis interné au camp de Djenien-Bou-Rezg dans le sud oranais et à celui de Bossuet (Dhaya) avant sa libération au printemps 1943. Homme de liaison, il va entretenir les relations faites entre les nombreux détenus communistes avec lesquels il a vécu et également avec les anciens détenus nationalistes, ce qui est plus exceptionnel.

Après 1943, Tébessa compte trois cellules communistes. Il dirige la plus importante. Une autre est dirigée par l’instituteur Kaddour Khobzi, « le Marty algérien ». La troisième est plus instable. La cellule principale devient une plaque tournante d’activisme syndical et communiste. Le dit Kouch Younès manifeste à la fois une grande capacité d’organisation locale des cheminots et des mineurs. Il est le seul à pouvoir s’adresser aux ouvriers italiens encore nombreux et qui sont rejetés à tort ou à raison comme partisans de Mussolini. Il entretient aussi ses relations avec le Cheikh Larbi Tebissi qui sert lui-même d’intermédiaire entre les adeptes de l’Association des Oulémas et les partisans du PPA clandestin. Il est en contact ou en correspondance avec les responsables communistes de Batna et Biskra (Maurice Laban), Constantine (l’instituteur Paul Estorges ou le syndicaliste Lakhdar Kaïdi), et d’Alger où le délégué de Moscou et du PCF, André Marty, procède en 1945 et 1946 à la réorganisation du PCA, voire d’Oranie, avec Lisette Vincent dont la sœur Paulette est institutrice à Tébessa, ou le vétéran Mardochée Azuelos d’Oran.

Sans le titre, il est le véritable dirigeant communiste de cette région du Constantinois. Faute de pouvoir faire venir André Marty à Tébessa, il conclut un meeting en janvier 1944 avec le député communiste du Var, Charles Gaou, libéré de son internement en Algérie, en disant : « La citoyenneté doit être donnée à la masse et non à l’élite indigène ». Son engagement n’est pas seulement patriotique derrière le mouvement français de La France combattante, mais vivement anticolonialiste.

Le 1er mai 1945, il s’attaque à l’administrateur Ribet de Canrobert en le traitant « d’anti-syndicaliste et de fasciste qui fait régner la terreur dans sa commune ». Comme Maurice Laban ou Paul Estorges, il n’a pas cédé à l’outrance dans l’accusation des séparatistes nationalistes ni coupé les ponts. Aussi il se permet d’aller assez loin dans les explications que donne le PCA de son attitude en mai 1945. Il passe finalement pour proche des nationalistes, si ce n’est nationaliste autant que communiste.

Il peut conserver son rôle mobilisateur dans les campagnes électorales et les tentatives de fronts nationaux algériens. Devenu secrétaire départemental du PCA, il déclare en 1948, dans une conversation avec un professeur de l’Institut Ben Badis de Constantine, Abbas Bencheikh el Hocine : « Je sacrifierai volontiers ma vie pour Messali et bien que je sois inscrit au PC, mon cœur est profondément nationaliste, du reste le peuple algérien peut compter sur nous parce que nous sommes des gens d’action ». Aussi est-il plusieurs fois, arrêté ; ainsi, il repasse par le camp de Bossuet (Dhaya) en 1946. Il est entré au comité central du PCA en 1947, à l’époque Marty.

Comme Maurice Laban à Biskra, sanctionné par le parti, voire comme Laïd Lamrani* à Batna, Kouch Younès est tenu comme se mettant en marge en s’alliant aux nationalistes de l’Aurès qui vont passer à l’insurrection. Entré au Bureau politique en 1952, il en « sortit » en 1954 pour « raisons politiques » en même temps qu’Ahmed Mahmoudi*. Ils sont remplacés par Henri Alleg et Boualem Khalfa. Il lui est reproché « sa faible formation politique » (source : RGASPI). À partir de 1954, il se fait pratiquement clandestin. Arrêté à l’automne 1955, il retourne au camp de Bossuet (Dhaya) pendant la durée de la guerre.

À l’indépendance, Lakhdar Kaïdi, ancien dirigeant de la CGT et secrétaire général de l’UGSA, est-il très heureux de le retrouver à la Commission d’orientation du FLN de la Fédération du Grand Alger, la branche de gauche autour de Hocine Zahouane ? Il revient de Moscou et des pays du camp socialiste où la direction du FLN l’avait délégué. Son influence durera le temps des deux premières années du socialisme algérien.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157560, notice KOUCHI Mohamed Salah dit KOUCH Younès [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 16 mars 2014, dernière modification le 17 septembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence, 9H 20 et 30. — Notes de Ouanessa Tengour-Siari sur la documentation CIE (service de renseignements du Gouvernement général) à Aix-en-Provence et au Château de Vincennes. — RGASPI (arch. de Moscou), ref. 495 189 50, microfilm 39. — N. Djabi, Kaïdi Lakhdar. Une histoire du syndicalisme algérien. Entretiens, Chihab Éditions, Alger, 2005.

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