BAJTEL (ou BAYTEL) Isaac

Par Daniel Grason

Né le 17 janvier 1893 à Varsovie (Pologne), fusillé comme otage le 14 mai 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; bichonneur casquettier.

Né dans une famille juive de Pologne, Isaac Bajtel était en possession d’une carte d’identité valable jusqu’au 31 décembre 1939 au titre de bichonneur. Le 27 septembre 1938, il se rendait place de la République pour acheter les dernières éditions des journaux du soir en compagnie de Nahoum Lamet qui demeurait dans le même immeuble que lui. Ils croisèrent rue du Faubourg-du-Temple un groupe de réservistes qui rejoignaient leurs corps. Était-ce leur tenue vestimentaire qui attira l’attention des militaires ? Ces-derniers leur demandèrent leurs papiers d’identité et, à la lecture de leur nationalité polonaise et des origines israélites, ils furent pris à partie et remis à des gardiens de la paix. Conduits au commissariat de la porte Saint-Martin, ils furent inculpés de « provocation de militaires à la désobéissance ».
Quatre autres Juifs polonais et un Yougoslave furent inculpés les 23 et 27 septembre pour le même chef d’inculpation. La provocation antisémite ne faisait guère de doute. Isaac Bajtel fit l’objet dès le 30 septembre d’un arrêté d’expulsion qui ne lui fut pas notifié. Le 23 novembre 1938, ils furent relaxés par la XIIe chambre du tribunal de la Seine. Sous le titre « Les Juifs et la mobilisation », L’Action Française se fit l’écho de la version policière, les noms de Chil Lemberger et Isaac Baytel avec leurs adresses étaient cités. L’article se concluait ainsi : « C’est sans doute ainsi que les youpins qui nous poussent à la guerre entendent servir la France. »
Maurice Hirschovitz, conseiller municipal socialiste de Paris et conseiller général de la Seine intervint le 16 et 22 décembre 1938 auprès du directeur de cabinet du préfet de police. Il souligna que les deux hommes avaient été détenus treize jours en prison préventive alors qu’ils étaient innocents. Il releva que le gardien de la paix qui les avait conduits au commissariat avait reconnu devant le tribunal que les dénonciateurs étaient « des jeunes gens qui se livraient à la chasse aux étrangers ». En conclusion il demanda que Bajtel et Lamet obtiennent la carte d’identité d’étrangers. Le 7 mars 1939 le chef du 7e bureau du ministère de l’Intérieur répondit à la préfecture de police : « la décision administrative [d’éloignement] ne saurait, en l’espèce, être liée à la décision judiciaire ». Il demanda des « précisions sur les faits qui avaient motivé l’arrestation » et des renseignements « sur sa conduite et son attitude habituelle ».
Étant sans nouvelle, sûr de son bon droit, Isaac Bajtel demanda en avril 1940 le retrait de l’arrêté d’expulsion. La police française l’arrêta à nouveau lors d’une rafle le 2 octobre 1941. Interné au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs, il fut condamné à une peine de prison en mai 1942 probablement pour infraction aux lois de Vichy.
Le 2 mai 1942 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf près de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) des FTP circulant à bicyclette tiraient sur quatre marins allemands. Deux furent touchés et décédèrent. Le 8 mai, un « Avis » parut dans la presse collaborationniste : « Il a été établi qu’au cours des attentats commis contre des membres de l’armée allemande ainsi que lors de l’accomplissement d’actes de sabotage les auteurs de ces attentats disposaient chaque fois de bicyclette. » Les autorités d’occupation interdisaient désormais la circulation à bicyclette de 21 h 30 à 5 heures du matin dans treize départements dont la Seine-Inférieure.
Le 13 mai 1942, Isaac Bajtel fut transféré à la prison de Fresnes. Le lendemain, en représailles à l’attentat de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, il fut passé par les armes au Mont-Valérien en compagnie de cinq autres otages Juifs : Chaim Brudarz, Rubin Cukier, David Ohayon, Abraham Koubchik et Bernard Reisnick.
Le fils d’Isaac, Lejb (Léon), français par naturalisation depuis le 28 octobre 1937, chapelier, fut interné au camp de Drancy. Le 25 mars 1943, il était dans le convoi no 53 à destination de Sobibor (Pologne). Sur les mille huit hommes et femmes qui étaient dans ce transport, neuf cent soixante-dix furent gazés à l’arrivée, et cinq hommes survécurent.
Son gendre, Georges Levitz, et sa fille Itta vivaient 4 bis rue des Rosiers à Paris (IVe arr.). En 1941, Georges devint le directeur de l’École du Travail située à la même adresse, où était enseigné l’apprentissage de divers métiers manuels aux adolescents juifs. En 1942, l’école fut utilisée comme abri pour des personnes recherchées, et de dépôt pour des documents. À partir de 1943, des élèves furent interpellés, à l’école ou à leur domicile pendant les vacances. Georges et Itta furent arrêtés lors de la rafle de tous les enfants des centres de l’Union générale des Israélites de France (UGIF). Georges et Itta partirent sans retour le 30 juin 1944 dans le convoi no 76 à destination d’Auschwitz (Pologne).
Seule Bejla Bajtel, épouse d’Isaac, survécut. En décembre 1951 elle sollicita du ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre la carte de déporté politique pour son mari.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157620, notice BAJTEL (ou BAYTEL) Isaac par Daniel Grason, version mise en ligne le 19 mars 2014, dernière modification le 13 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., 1W 1283. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3/Boîte 166 (Notes Thomas Pouty). – L’Action Française, 30 septembre 1938. – Le Matin, 8 mai 1942. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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