LABAN Odette, née ROSSIGNOL, épouse DEI par un premier mariage, dite DODO [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Née le 2 janvier 1918 à Aïn-Beida (Constantinois), morte à Paris le 17 février 2010 ; militante des Jeunesses communistes à Constantine puis du PCA à Bône (Annaba) ; participant à Alger avec Thomas Ibanez et Maurice Laban à la reconstitution clandestine d’un comité central du PCA en 1940-1941 ; condamnée au procès des 61 (communistes), emprisonnée jusqu’en mars 1943 ; secrétaire d’André Marty à Alger en 1944, épouse de Maurice Laban ; pourchassée par la répression à Biskra, expulsée sur Paris en 1955, apportant son soutien au FLN ; cofondatrice de la maison d’édition de livres pour enfants, Germinal.

Dès 1920, à deux ans, Odette Rossignol perd son père, cheminot communiste. La mère élève ses trois enfants, une sœur aînée, un frère atteint de polyomiélite qui réclame beaucoup de soins et puise dans ses lectures, des idées libertaires qui influencent sa sœur. Elève du lycée de Constantine, Odette Rossignol adhère aux Amis de l’URSS et entre aux Jeunesses communistes. Elle retient aussi les leçons d’antiracisme et de pacifisme d’une professeure qui milite à la SFIO, Mme Albertini, grande admiratrice de Jaurès.

Odette Rossignol entre au PCA sous le patronage de Paul Estorges. Elle prend le nom d’Odette Dei qui lui vaut l’appellation familière de Dodo par son mariage avec un cheminot communiste de Bône (Annaba), Georges Dei*. Après l’interdiction du parti en septembre 1939, elle se trouve en contact avec Thomas Ibanez, mobilisé affecté à Constantine venant d’Oran, et le communiste constantinois Georges Raffini qui ? comme son camarade Maurice Laban, revient des Brigades internationales.

Aussi est-elle appelée à Alger en 1940 pour prendre part à la réorganisation clandestine du PCA. Elle est une cheville ouvrière dans cette compagnie des anciens des Brigades internationales autour de Thomas Ibanez et Ramon Fernandez Via* du PC espagnol. Elle aide non seulement à la dactylographie, mais tient la comptabilité, ce qui lui vaut de figurer comme trésorière sur la liste du comité central co-opté. Elle est arrêtée avec Maurice Laban et Mohamed Kateb, le 12 janvier 1941, à la villa Atlantide au quartier des Deux-Moulins qui abrite l’imprimerie de La Lutte Sociale.

Enfermée à Barberousse (Serkadji), Odette Dei comparait en février-mars 1942 au procès dit des 61 (communistes). Condamnée à vingt ans de travaux forcés, elle est emprisonnée à la centrale de Maison-Carrée (El Harrach). Elle est ensuite, avec les autres condamnés et des communistes français, déportés en Algérie, envoyée au bagne de Lambèse. Elle participe à la grève de la faim pour que des soins soient apportés à Paulette Lenoir, gravement malade malgré le désaveu des communistes du PCF. Les communications avec les dirigeants du PCF détenus, semblent quelque peu tendues. Ceux-ci sont libérés au début de février 1943. Les condamnées du procès des 61 sortent plus tard, le 16 mars 1943. Odette Dei est libre sous condition d’avoir à servir auprès de l’armée française d’Afrique du Nord en campagne en Tunisie ; juste le temps d’un aller et retour, Alger-Kairouan-Alger.

À l’arrivée de Moscou, via Le Caire, d’André Marty qui a la responsabilité de l’Afrique du Nord dans le mouvement communiste, en octobre 1943, Odette Dei-Rossignol travaille quelque temps avec lui au secrétariat du PCA. Le contentieux de la période du comité central clandestin du PCA, qui avait lancé l’appel à l’indépendance de l’Algérie à la fin de 1940, n’est pas clos. Elle abandonne le secrétariat de Marty quand Maurice Laban est accusé de « déviation nationaliste. » La tension réapparaîtra au PCA à l’égard des anciens de la clandestinité et pour partie des Brigades internationales, notamment en 1945 et en 1953. Mariés en 1944, Odette et Maurice Laban ont une vie souvent difficile à Biskra et sur la plantation expérimentale, subisssant le mépris des Européens dans le cercle des relations communistes arabes et auressiennes.

Tandis que l’insurrection se développe, alors que Maurice Laban, recherché, se cache à Alger (avant d’être appelé, pour sa perte, à monter au « maquis rouge »), Odette Laban est expulsée sur Paris. Arrivée avec leur fils Michel, dans l’été 1955, Odette Laban travaille dans plusieurs ateliers au centre de Paris dans le quartier du Sentier. Elle se voit renvoyée le jour même de l’annonce de la mort de Maurice Laban. Sur intervention du PCF (Léon Feix), elle est embauchée à l’entreprise téléphonique LMT à Boulogne. Elle appartient à une des deux cellules communistes mais se voit sur directive du PCF, « interdite de parler d’Algérie » ; ce qui n’empêche pas son militantisme syndical au comité d’entreprise ni son soutien aux militants algériens et aux actions de la Fédération de France du FLN dans les réseaux. Ayant quitté LMT, elle commence à travailler dans une coopérative d’édition.

Après l’indépendance, quand Daniel Timsit est au cabinet d’Amar Ouzegane devenu ministre de l’agriculture, elle est appelée à venir apporter son concours. Elle revient en France en 1964. Elle est en particulier opposée à la décision de faire de l’Islam, la religion d’Etat pour ses conséquences sur la condition des femmes. À Paris, elle reprend le travail d’édition, fondant sa propre maison : Germinal qui, dans le partage égalitaire du travail, des salaires et des responsabilités, poursuit encore la publication de livres pour enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157681, notice LABAN Odette, née ROSSIGNOL, épouse DEI par un premier mariage, dite DODO [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 23 mars 2014, dernière modification le 17 septembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : J.L. Einaudi, Un rêve algérien. Histoire de Lisette Vincent, une femme d’Algérie, Dagorno, Paris, 1994, et Un algérien Maurice Laban, Le cherche midi, Paris, 1999. — Entretien entre Odette Laban et Amar Benamrouche et René Gallissot, Paris, 2006. — Echanges de courriers entre Odette Laban, Claude Pennetier et René Gallissot, dernière lettre d’Odette Laban en 2006.

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