BARRÈRE Marcel

Par André Balent

Né le 4 février 1905 à Estagel (Pyrénées-Orientales) mort en juillet 1978 à Estagel ; agriculteur ; militant du Parti communiste ; conseiller général de Latour-de-France (Pyrénées-Orientales) de 1945 à 1951.

Fils de Joseph Barrère et de Marie Bonichou, Marcel Barrère fut pendant de nombreuses années un des principaux animateurs du Parti communiste à Estagel, gros bourg viticole du Roussillon, et dans le canton de Latour-de-France.

Pendant son service militaire en 1925-1926, on lui attribua la médaille coloniale (Maroc, 1925).

À son retour de l’armée il s’installa définitivement à Estagel. Il travailla d’abord exclusivement comme propriétaire viticulteur. Plus tard il acquit un commerce de matériaux de construction ; mais il conserva ses vignes. Il épousa Raymonde Illary dont il eut une fille.

Marcel Barrère adhéra aux Jeunesses communistes en 1922. Il milita au sein de cette organisation jusqu’en 1928, date à laquelle il adhéra au Parti communiste.

Jusqu’en 1924-1925 le Parti communiste était puissant, à Estagel. Après le congrès de Tours, il avait récupéré une nette majorité des adhérents d’un Parti socialiste de tradition guesdiste solidement implanté dans la commune depuis les années 1897-1904. Jusqu’en 1923, le Parti communiste estagellois fut dominé par la personnalité de Joseph Soubielle*, maire de la commune et conseiller général de Lacour-de-France. La démission de ce dernier, en 1923, puis le départ à Saint-Ouen (Seine) du secrétaire de la section en 1924 contribuèrent à précipiter la désagrégation du Parti communiste à Estagel et dans les communes voisines - voir Palat Joseph*. Par ailleurs, la « bolchevisation » du Parti puis la stratégie adoptée et mise en pratique au moment de la « Troisième période » de l’Internationale communiste déconcertèrent de nombreux militants et sympathisants.

Marcel Barrère s’employa à redresser la situation du Parti. Il fut dès 1928 ou 1929 secrétaire du rayon d’Estagel qui était rattaché à la région du Midi du Parti communiste. Mais au début des années 1930, le déclin du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales semblait irrémédiable : entre 1932 et 1934 le rayon d’Estagel cessa d’exister ; dans cette commune il n’y avait plus qu’une poignée de militants isolés que l’on avait rattachés au rayon de Rivesaltes - voir Dardenne Émile*.

Le rayon d’Estagel fut reconstitué à la fin de 1934 ou dans le courant de 1935. Il fut alors rattaché à la nouvelle Région catalane créée en août 1934 - voir Guisset Joseph*, Rius Michel*, Terrat Pierre*.

Marcel Barrère fut secrétaire du rayon (puis de la section) communiste depuis sa reconstitution jusqu’à la dissolution du Parti communiste en septembre 1939. Membre du comité de la Région catalane il fut réélu à cette instance par la Conférence régionale réunie le 5 décembre 1937. La IIIe Conférence régionale (3 janvier 1937) le désigna comme délégué de la Région catalane à la Conférence nationale du Parti communiste à Montreuil. Le comité régional, réuni à la mairie de Millas le 9 janvier 1938 l’élut (ou le réélut ?) à la commission paysanne régionale.

Aux élections municipales de mai 1935, Marcel Barrère se présenta à Estagel sur la liste de « Bloc ouvrier et paysan » où figurait une majorité de militants du Parti communiste - voir Barida Antonin*. À l’issue de ces élections qui portèrent à l’hôtel de ville tous les candidats de la liste de « Bloc ouvrier et paysan », Marcel Barrère fut élu 1er adjoint au maire. Il fut déchu de son mandat en application de la loi du 20 janvier 1940 concernant les élus du Parti communiste. Marcel Barrère avait été candidat dans le canton de Saint-Paul-de-Fenouillet (élections au conseil général du 10 octobre 1937) ; il fut battu par Georges Pézières*, conseiller général sortant, socialiste SFIO.

Marcel Barrère milita également dans deux organisations paysannes : à la CGPT, et à la CGVM (Confédération générale des vignerons du Midi).

Mobilisé le 2 septembre 1939 à Cosne (Nièvre), il fut affecté à la 13e compagnie de Pionniers de la 55e division. Dans cette unité étaient regroupés des « suspects politiques » divers. S’y retrouvèrent quelques militants communistes catalans (voir également Lassalle Émile*. Cette unité monta au front près de la frontière belge dans le secteur Meuse-Ardennes et Marcel Barrère participa à la bataille de Sedan. Après la défaite des armées françaises à l’issue de cette bataille, Marcel Barrère fut affecté au 413e régiment de pionniers ; cette unité battit en retraite et fut dissoute près de Verdun le 13 juin 1940. Le jour de l’armistice, Marcel Barrère et Émile Lassalle, qui tentaient de regagner au plus vite en auto-stop leur Roussillon natal, furent engagés dans des combats d’arrière-garde et ils défendaient une tête de pont en Haute-Ardèche. Ils furent démobilisés le 13 juillet 1940 à Narbonne (Aude).

En octobre 1940 Marcel Barrère fut dénoncé par un anonyme d’Estagel. Cette lettre anonyme faisait en outre clairement allusion à des réunions clandestines hebdomadaires de militants communistes estagellois à la cave coopérative viticole de la localité. Cette lettre donna lieu à un rapport du commissaire divisionnaire au préfet des Pyrénées-Orientales (18 octobre 1940). Dans un rapport au ministre de l’Intérieur daté du 30 octobre 1940 le préfet des Pyrénées-Orientales écrivait : « Ex-adjoint au maire d’Estagel [...] M. Barrère, qui était un ferme partisan des théories marxistes et qui pour cette raison faisait l’objet d’une surveillance active de la part des services de police, continue une propagande sournoise. La cellule communiste à la tête de laquelle il était, fonctionne toujours, sous une forme déguisée, bien entendu. » Un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales en date également du 30 octobre 1940 astreignait « [...] M. Barrère Marcel [...] à résider au centre de séjour surveillé de Rivel par Chalabre (Aude) ». Dans la déclaration qu’il fit à Maurice Fabregal et Joseph Siné, gendarmes de la brigade d’Estagel (14 novembre 1940) Marcel Barrère affirmait pourtant que depuis son retour de l’armée il ne s’était « mêlé d’aucune question touchant à la politique ».

Arrêté avant la fin du mois de novembre 1940, Marcel Barrère fut d’abord dirigé sur le « centre de séjour surveillé » de Rivel (Aude). Par la suite, il fut interné successivement à Saint-Sulpice (Tarn), Djelfa (département d’Alger), Bossuet (département d’Oran). Marcel Barrère essaya à plusieurs reprises de se faire libérer. De Bossuet, où il était arrivé le 21 avril 1941, Marcel Barrère envoya au préfet des Pyrénées-Orientales une lettre dans laquelle il expliquait que les mesures d’internement qui l’avaient frappé étaient injustifiées. Le 3 septembre 1941, à Bossuet, il signa une déclaration sur l’honneur où il affirmait prendre la résolution de ne plus se livrer à des « activités antinationales ». Le 2 juin 1942 François Deloncle, président de la cave coopérative d’Estagel, écrivait dans une lettre au préfet des Pyrénées-Orientales, que Marcel Barrère « qui a rempli les fonctions d’administrateur de la cave coopérative d’octobre 1933 à août 1939 » était un homme dont on ne pouvait mettre en doute la compétence, l’intégrité, l’honorabilité. Par ailleurs le ministre de l’Intérieur à Vichy communiqua au préfet des Pyrénées-Orientales (28 juin 1942) une « requête en faveur du nommé Barrère, demeurant à Estagel, interné au centre de séjour de Bossuet ». Le commissaire des Renseignements généraux de Perpignan, dans un rapport daté du 6 août 1942 et destiné au préfet revenait sur ses affirmations du 18 octobre 1940 [il s’agissait en effet du même policier qui avait rédigé le rapport du 18 octobre 1940 concernant Marcel Barrère, lequel rapport avait inspiré celui du préfet au ministre de l’Intérieur (30 octobre 1940) cité plus haut] ; il écrivait que Marcel Barrère « aurait été soupçonné d’avoir organisé en secret des réunions communistes » mais que « aucune preuve tangible n’avait toutefois pu être relevée ». Le 3 septembre 1942 Marcel Barrère signa un texte où il déclarait désapprouver « la politique menée par le PC avant la guerre et n’en faire plus partie même s’il redevenait légal » ; il affirmait également « désapprouver le pacte germano-soviétique » et s’engageait, s’il était libéré, « à travailler dans les vues du gouvernement du Maréchal Pétain et à l’aider dans son œuvre de Restauration nationale ». Cette déclaration n’était que de pure forme et ce que recherchait Marcel Barrère, c’était seulement sa libération. Dans les divers camps où il fut interné, Marcel Barrère demeura solidaire de ses camarades communistes, compagnons de captivité ; il participa aux diverses actions que ces derniers impulsèrent dans les camps d’Afrique du Nord. D’ailleurs, en dépit des diverses démarches qu’il entreprit, il ne fut pas libéré et il dut attendre plusieurs semaines après le débarquement allié en Afrique du Nord.

Il s’engagea ensuite dans l’armée française d’Algérie. Il comptait en effet participer aux combats de la libération de la France. Mais, affecté au IIe régiment de Tirailleurs algériens en garnison à Oran, il ne put quitter l’Algérie.

Il fut de retour à Estagel au début de 1945. Il milita à nouveau très activement dans les rangs du PCF. Lors du renouvellement général des conseils généraux (scrutin de septembre 1945), il fut candidat dans le canton de Latour-de-France ; avec 1 590 voix, il battit le docteur Benet, radical, maire de Tautavel (1 423 voix). À nouveau candidat au conseil général dans le même canton en octobre 1951, il fut battu par Conte, candidat de la SFIO (Barrère, 1 050 suffrages ; Conte, 1 630 suffrages). Marcel Barrère fut également adjoint au maire d’Estagel dans les municipalités communistes animées par Malis puis par Vernis (1945-1953). Il ne se présenta pas aux élections municipales de 1953 (la liste communiste conduite par André Deloncle fut élue).

Jusqu’à sa mort, il ne cessa de militer au sein du PCF où il exerça des responsabilités diverses au niveau de la section et de la cellule. Militant paysan, il siégea au conseil d’administration d’une CUMA (Coopérative d’utilisation du matériel agricole) intercantonale dont le siège était à Estagel.

Le 7 juillet 1978, alors qu’il circulait à pied dans une des principales rues d’Estagel, Marcel Barrère fut heurté par un cyclomoteur conduit par un jeune garçon : transporté au centre hospitalier de Perpignan, il devait décéder peu après.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15769, notice BARRÈRE Marcel par André Balent, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 juin 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 169 (dissolution du Parti communiste), documents relatifs à la déchéance des élus communistes ; versement du cabinet du préfet (16 septembre 1959), liasse 60 (personnes surveillées ou internées par le gouvernement de Vichy), dossier Barrère Marcel (rapport du préfet au ministre de l’Intérieur 30 octobre 1940), arrêté du préfet (30 octobre 1940) astreignant Marcel Barrère à résider dans un « centre de séjour surveillé » ; rapport des gendarmes Fabregal Maurice, maréchal des logis-chef, et Siné Joseph (14 novembre 1940), rapport du commissaire des Renseignements généraux de Perpignan au préfet (6 août 1942), lettre de Marcel Barrère au préfet des Pyrénées-Orientales, envoyée de Bossuet (s.d.), lettre de François Deloncle, président de la cave coopérative viticole d’Estagel (2 juin 1942), Gouvernement général d’Algérie, département d’Oran, centre de séjour surveillé de Bossuet, procès-verbal en date du 3 septembre 1942 consignant divers renseignements concernant Marcel Barrère ainsi que ses déclarations, lettre anonyme dénonçant Marcel Barrère et faisant état de réunions communistes clandestines (octobre 1940). — Le Travailleur Catalan, hebdomadaire de la Région catalane du Parti communiste, 26 décembre 1936, 9 janvier 1937, 11 décembre 1937, 22 janvier 1938, 8 août 1938. — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République, thèse de droit (dactylographiée), Montpellier, 1971 — Renseignements oraux communiqués par M. Marcel Barrère. — Renseignements communiqués par le secrétariat de la mairie d’Estagel et par M. Antoine Sarda, professeur au collège d’Estagel et maire communiste d’Estagel.

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