LAMBERT Pierre [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né et mort à Paris : 2 février 1901, 30 novembre 1973 ; socialiste SFIO et résistant en France ; préfet en 1945, chargé de mission au cabinet du ministre de l’intérieur Adrien Tixier ; préfet d’Oran en décembre 1953 puis IGAME (Inspecteur général, superpréfet) d’Oranie de 1957 à juillet 1958 au temps de Robert Lacoste, ministre-résidant en Algérie.

La carrière administrative et l’engagement patriotique français à la SFIO de Pierre Lambert n’est pas sans rappeler les orientations de Robert Lacoste dont il est le subordonné en Algérie, en petit et avec modestie cependant.

Avec seulement le Brevet élémentaire, il devient fonctionnaire de l’Administration des finances. Il est, en 1936, chargé des Services de presse et de publicité au ministère des finances, puis directeur de la comptabilité et chef du personnel quand Robert Lacoste est un responsable sinon le patron de la Fédération CGT des fonctionnaires des finances. Cependant, à cette époque, très proche des « planistes » plus à droite, R. Lacoste n’est pas encore membre de la SFIO. Pierre Lambert est un membre actif de la Fédération socialiste de la Seine. Présenté aux élections, il devient en 1938 suppléant à la Commission administrative permanente (le conseil central de la SFIO) au titre de la gauche et même extrême gauche de la SFIO (motion Zyromski).

Mobilisé en septembre 1939, démobilisé en juillet 1940, Pierre Lambert prend part plus tardivement que Robert Lacoste aux mouvements de Résistance. C’est en juillet 1943, en zone sud (elle aussi occupée) qu’il entre au réseau Action de la France. Sous le nom de Le Maraîcher, passant pour un « père tranquille », il est chargé du départ vers Londres des dignitaires socialistes passés à la Résistance.

Il devient, en 1944, membre du comité directeur de la SFIO. Il est promu préfet par Adrien Tixier, socialiste hautement patriote français. Celui-ci le prend comme chargé de mission au ministère de l’intérieur. Adrien Tixier doit faire face en Algérie aux manifestations et aux massacres de Mai 1945. Le ministère de l’intérieur et le Gouvernement général de l’Algérie restent tenus par la SFIO. En 1946, Pierre Lambert est nommé préfet de Saône et Loire et préfet d’Oran en décembre 1953.

Au service de l’État français et adepte du discours de la souveraineté intouchable, la pratique du préfet Lambert est de circonscrire toute manifestation de nationalisme algérien, usant des relations républicaines et franc-maçonnes très ramifiées dans « l’État administratif colonial ». Un de ses premiers gestes est d’interdire les représentations au Théâtre municipal d’Oran, des pièces pourtant montées à l’Opéra d’Alger par M. Bachtarzi, Le Bourgeois gentilhomme de Molière et La Chute de Grenade ou le dernier des Aben Seradj ; c’est qu’elles sont jouées dans une version arabe de M. Belhalfaoui, fiché dans l’Oranais pour être à la fois un nationaliste proche des Oulémas et un communiste. Patriote laïc français, Pierre Lambert est partisan de l’assimilation.

Plus gravement, dès l’arrivée de Robert Lacoste (février 1956), qui intensifie la chasse aux nationalistes et communistes, il met à la disposition de la police et des services de renseignements ce qu’on nomme à Oran « les caves du Trésor », en fait ancien sous-sol qui servait aux archives du Trésor public. C’est là que sont amenés les militants arrêtés et les détenus en attente de procès, non sans passer par tous les modes d’interrogatoires en usage à la fois systématique et sélectif ; ainsi les rescapés du maquis rouge, le docker Mohamed Boualem, Hamid Guerab*, et les femmes du réseau communiste, Gaby Gimenez, Pépita Carmona*.

Quand, en septembre, le docteur Michel Martini*, emprisonné pour avoir aidé les Combattants de la libération mais épargné de mauvais traitements, arrive dans cette cave, il commence à faire le relevé des traces et séquelles de torture. Pour préparer le procès qui doit se tenir au tribunal militaire, les accusés sont transférés à la prison d’Oran, prison civile qui est donc du ressort de la préfecture, avec des droits communs et mêlant nationalistes (Hadj Benalla, dirigeant FLN) et communistes (les sœurs Larribère*) ; le docteur Martini* poursuit ses constats et sa prise de notes.

Le Préfet Lambert a été nommé en janvier 1957, IGAME pour les départements (nouvellement créés) de la région d’Oran. Il a dans son ressort les principaux camps d’internement qui se situent tout près d’Oran comme le camp de Saint-Leu (Bethioua) à vingt-cinq kilomètres, ou dans le Sud oranais. C’est donc lui qui conduit les Commissions parlementaires d’enquête envoyées de Paris. À deux reprises, Michel Martini* remet ses observations. Mohamed Boualem dépose une longue relation. Le préfet s’arrange pour que les conclusions publiées prétendent ne relever « aucunes traces de torture ». En cette complicité du silence, le député radical Hovnanian est le seul parlementaire à se désolidariser.

Parce que le préfet d’Alger demande que Michel Martini*, condamné à cinq ans de prison par le Tribunal militaire en août 1957, reste détenu, le préfet Lambert, pour montrer que c’est lui qui commande à Oran, tire le docteur Martini* du camp de Saint-Leu en signant un arrêté d’expulsion en métropole. Il est vrai qu’il était en bonne relation de camaraderie, y compris franc-maçonne, avec l’avocat d’Oran qui participait à la défense, Me Deville.

Aux lendemains des soulèvements de rues et du coup de force à Alger du 13 mai 1958, le préfet est molesté par les manifestants coloniaux qui veulent former à Oran leur Comité de salut public. Il remet alors ses pouvoirs préfectoraux aux militaires. En 1959, Pierre Lambert est préfet de la Haute-Vienne. En retraite, il se retrouve, en 1965, Président du Groupement interprofessionnel du logement des cadres et salariés du commerce et de l’industrie de France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157749, notice LAMBERT Pierre [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 26 mars 2014, dernière modification le 17 septembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. et bibliographie dans la notice du Dictionnaire du mouvement ouvrier français, Tome 33. — Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence, 1 G 86. — Notice par R. Bargeton dans « Les préfets d’Algérie, 1849-1962 », revue Parcours, op. cit., n° 16-17, Paris, 1992. — M. Martini, Chroniques algériennes. 1946-1962, Bouchène, Saint-Denis, 2002.

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