CADIOU Charles

Par Gilles Pichavant

Né le 5 juin 1908 à Brest (Finistère), mort le 10 octobre 1981 à Brest ; ouvrier ; militant du PC clandestin, déporté ; secrétaire de l’union départementale CGT du Finistère (1953) ; membre du comité de la fédération du PCF du Finistère (1946-1953), conseiller municipal de Brest (1947-1953).

Fils d’un ajusteur de l’arsenal de Brest et d’une ménagère, Charles Cadiou suivit l’exemple de son père, ajusteur à l’arsenal, en y entrant comme apprenti. Il se maria le 20 août 1926 à Lambézellec avec Félicie Le Guen. Il se syndiqua devint un membre très actif du syndicat de l’Arsenal de Brest en 1936.

D’après Eugène Kerbaul, participa aux premières réunions illégales du parti communiste en 1939, à ses premières activités de propagande clandestine, notamment à l’arsenal. Il adhéra officiellement au parti communiste en janvier 1941, sous l’Occupation, appartint à son triangle de direction pour Brest. Dans le même temps il devint le responsable du groupe OS de l’arsenal de Brest. Il organisa la diffusion de tracts et de journaux clandestins, du parti communiste et du Front national de la Résistance, et les grèves patriotiques des ouvriers de l’arsenal ; la première le 25 octobre 1941, contre le massacre des otages de Châteaubriant ; la seconde en décembre de la même année, contre l’exécution des résistants du groupe Élie. En janvier 1942 il fut nommé au triangle de direction de la section communiste clandestine de Brest avec Mathurin Le Gof et Yves Prigent. Il prépara et dirigea le sabotage des sous-stations électriques à l’arsenal de Brest qui eut lieu le 27 mars 1942 (voir Louis Departout).

Charles Cadiou fut arrêté le 28 avril 1942, avec les deux autres membres du triangle de direction du parti communiste de Brest, Mathurin Le Gof* et Yves Prigent*, et De Bortoli, le responsable communiste et l’OS du secteur du bâtiment. Ils furent arrêtés en chemin, alors qu’ils se rendaient à une réunion prévue chez René Moreau*, chez qui avait été planquée une ronéo ; ils apportaient du papier destiné à devenir des tracts annonçant un important sabotage qui devait marquer le très proche 1er mai. Ils furent conduits au commissariat où ils subirent un interrogatoire musclé, pendant que leurs domiciles étaient perquisitionnés. Mais la police ne trouva rien.

Charles Cadiou connu alors la prison de Pontaniou, puis la torture au château de Brest, puis la prison Jacques-Cartier de Rennes, où le rejoignirent les résistants brestois arrêtés en octobre 1942. Avec eux il fut transféré à Fresnes le 28 ou le 29 juillet 1943. Il fut jugé le 28 août 1943 par le tribunal du Gross Paris, dans le même procès que celui qui condamna à mort les 19 brestois qui furent fusillés au Mont Valérien le 17 septembre. Il échappa à la condamnation à mort, mais classé « NN », il fut déporté le 27 septembre 1943 vers la prison de Karlsruhe, transféré par la suite à celle de Sonnenburg, enfin au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut libéré le 2 mai 1945, et rentra à Brest où il réintégra l’arsenal.

A son retour de déportation, il réintégra l’arsenal de Brest. Il fut membre du comité fédéral de la fédération du PCF du Finistère du moins d’août 1946 jusqu’à 1953, et secrétaire de l’union départementale CGT du Finistère pendant une période. Militant CGT de l’arsenal de Brest, il intervint le 6 juin 1948 au congrès de l’union départementale CGT du Finistère à Brest sur les problèmes de la reconversion économique.

Membre du bureau de l’Union Locale de Brest, il présida le meeting du 1er mai 1949. La période était alors très tendue dans la région brestoise où se déroulaient de nombreuses grèves et manifestations. Il fut licencié en février 1950 pour ses prises de position contre la guerre d’Indochine au sein de l’arsenal, il suivit plus intensément les conflits locaux comme celui des tramways.

Le 9 mars 1950, alors qu’une manifestation unitaire se déroulait Charles Cadiou eut une cote fêlée, se retrouvant coincé dans une porte de la sous-préfecture. Mais c’est surtout au cours de la grande grève du bâtiment de Brest, ville en pleine reconstruction, qu’il se retrouva impliqué et connut de nouveau la prison. Cette grève dura longtemps, et donna lieu à des affrontements terribles et répétés avec les forces de police, pendant que, parallèlement, se développait une vaste organisation de solidarité dans laquelle l’évêque de Quimper apporta son soutien. Meetings, assemblées générales, défilés se succédèrent à rythme soutenu.

Dans la soirée du 15 avril, un commissaire de police s’introduisit brutalement dans une salle où se tenait l’assemblée générale des grévistes. Il tenta d’arrêter une femme à la tribune, et fut pris à partie par la foule. Charles Cadiou et Bucquet s’interposèrent, et grâce à leur intervention et celle d’Alain Signor, député, il put quitter la salle sans dommages, même si ce fut sous les insultes et les crachats. Dans l’après-midi un autre accrochage avait eu lieu entre la police et une délégation de femmes, conduite par la députée Marie Lambert, venue réclamer au maire de la nourriture et du lait pour les enfants de grévistes. Le dimanche 16 avril 1950, au petit matin, Charles Cadiou fut arrêté à son domicile, en même temps que Marie Lambert, pourtant député, et Bucquet, lui aussi médaillé de la résistance et ancien responsable de la sécurité du CNR qui, à ce titre, avait assuré la sécurité du président du CNR, le président du conseil des ministres du moment. Ils furent incarcérés à la prison de Landerneau.

Le lendemain, lors de la manifestation de protestation contre ces arrestations, eurent lieu des événements dramatiques. Édouard Mazé, frère du secrétaire du syndicat du bâtiment de Brest, fut tué d’une balle en pleine tête, pendant que d’autres étaient fauchés par les balles : Henri Ménès, ouvrier de l’arsenal, secrétaire de l’union locale de Brest et membre du bureau de l’Union départementale, ancien déporté ; Louis Guénéguès, ouvrier du bâtiment, secrétaire du comité central de soutien aux grévistes, ancien résistant FTPF ; Pierre Cauzien, technicien de l’arsenal, ancien résistant FTPF ; Nicolas Kerhoas, ouvrier de l’arsenal. Le bilan de la journée s’établira à un mort, quatre blessés par balles, et un total de 49 blessés dont 17 dans un état sérieux ; seize arrestations dont deux députés communistes, Alain Signor et Marie Lambert.

Le 19 avril, alors que toutes les entreprises et les services publics étaient à l’arrêt, les obsèques furent suivies par un énorme cortège de plus de 80 000 personnes, le catafalque étant précédé d’une forêt de plus de 80 drapeaux rouges. Le cinéaste René Vautier* a consacré à cette affaire son film Un Homme est mort.

Le 20 avril, le procès Charles Cadiou, Bucquet, Alain Signor et Marie Lambert s’ouvrit à Brest, dans un tribunal entouré de gardes mobiles armés, des mitrailleuses ayant été disposées derrière des sacs de sable. Alors que la décision concernant Alain Signor et Marie Lambert étaient reportées, du fait de leur immunité parlementaire, Charles Cadiou et Bucquet furent condamnés à deux mois de prison avec sursis.

La grève du bâtiment se termina le 21 avril par la signature d’un accord entre les syndicats et la délégation patronale, à la suite d’une réunion de négociation tenue à Vannes, dans le Morbihan, où les représentants patronaux accordèrent les augmentations demandées.

Malgré les recours juridique, les condamnations de Charles Cadiou et de Bucquet ne furent pas levées. Alain Signor et Marie Lambert furent condamnés le 16 mai à 6 mois de prison avec sursis, et leur peine fut confirmée en appel le 19 mars 1951. Cette affaire donna lieu à de nombreuses poursuites judiciaires ; citons par exemple François Pérès, directeur de la Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime, et Joseph le Coz, secrétaire de l’UD, qui furent condamnés, le premier à 3 mois de prison avec sursis et 10 000 francs d’amende, le second à 10 000 francs d’amende ; François Échardour et Jean-Paul Soubigou*, en appel, écopèrent de 2 mois de prison ferme et de 68 000 francs d’amende, etc.

Charles Cadiou, conseiller municipal de Brest, fut candidat communiste aux élections cantonales de Brest en 1951. Il obtint 22,5% au premier tour et 25,1%, au second dans le cadre d’une quadrangulaire. Il continua néanmoins son activité syndicale et fit partie, le 19 mai, d’une délégation qui déposa une demande de libération d’Henri Martin auprès de la préfecture maritime, celui-ci venant d’être incarcéré à la prison de Pontaniou à la suite de sa condamnation. Le 31 mars 1952, alors qu’une nouvelle vague de grèves des travailleurs du bâtiment et de la métallurgie déferlait dans le Finistère, il prit la parole devant une foule de 5000 personnes réunie devant le nouveau théâtre, organisé pour le départ de la marche de la faim.

Il fut homologué lieutenant FTPF (décision N°25-447), croix de guerre au titre de la résistance, titulaire de la carte de déporté résistant N°1004.14549, et de la carte de Combattant volontaire de la résistance.

La Ville de Brest a donné le nom de Charles-Cadiou à l’une de ses rues.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157762, notice CADIOU Charles par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 28 mars 2014, dernière modification le 10 janvier 2018.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : DAVCC Caen — Eugène Kerbaul, Dictionnaire biographique Finistère, op. cit. — Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Le Livre mémorial., op. cit. — François Tanguy, La CGT dans le Finistère (1944-1968), Tomes 1 et 2, Éditions UD-CGT Finistère, 1986. — Un Homme est mort, bande dessinée de Kris et Étienne Davodeau, Futuropolis, 2006 — Notes de Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Alain Prigent, et Gilles Rivière.

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