BARRIÈRE Antoine

Par Pascale Quincy-Lefebvre

Né le 24 février 1926 à Saint Genès-la-Tourette (Puy-de-Dôme) ; militant jociste et syndicaliste CFTC puis CFTC maintenue du Puy-de-Dôme, secrétaire fédéral de la JOC à Clermont-Ferrand (1944-1950), président diocésain de l’ACJF (1949-1953), président de l’UD-CFTC du Puy-de-Dôme (1983-1997).

Antoine Barrière à la fin des années 1960
Antoine Barrière à la fin des années 1960
[Tract électoral]

Antoine Barrière était le fils d’un grand blessé de la Première Guerre mondiale, devenu maçon après avoir été scieur de long, et d’une mère au foyer, après avoir été agricultrice dès l’âge de treize ans. Avec son frère aîné, Paul, il grandit dans le quartier Saint-Jacques à Clermont-Ferrand. Titulaire du certificat d’études en 1938, Antoine, dès quatorze ans, rentra comme coursier au journal catholique L’avenir du Plateau Central au 13 de la rue du Port, où il occupa différents postes comme employé jusqu’au jour de la libération de Clermont le 28 août 1944. À partir de ce moment, Antoine participa à la création d’un nouveau quotidien L’Éclair lancé par des chrétiens sociaux dont il prendra en charge la responsabilité du service d’expédition jusqu’à la fusion avec La Dépêche de Saint-Étienne en septembre 1947. La nouvelle direction lui confia encore la responsabilité du routage de ce journal sur les neuf départements de son rayonnement.

C’est en 1933, dès l’âge de sept ans, qu’Antoine Barrière entra en contact avec les animateurs de la Jeunesse ouvrière chrétienne du quartier Saint Jacques. Accompagnant son frère à une sortie pédestre à Chanat et Ternant, il rencontra pour la première fois l’abbé Ferrandon curé de ces paroisses qui venait de faire construire la Croix de Ternant, avant de devenir en 1934 l’aumônier diocésain de la JOC. En 1937, après que la demande fut faite à ses parents par Gaby Desseux et l’abbé Plane, vicaire de la paroisse, il participa à « une Communauté Prè-JOC » pendant une semaine en septembre au pensionnat Saint Pierre de Courpière. En 1938, il fut chef d’équipe d’une nouvelle « communauté Prè-JOC à l’École libre d’Olliergues.

En mars 1940, il participa à une première réunion de la JOC animée exceptionnellement par le Père Henri Godin, aumônier national, mobilisé à Clermont, qui publia en 1943 La France pays de mission. Dès la réunion suivante il fut élu président de la nouvelle section des jeunes, les anciens étant pour la plupart mobilisés. En 1943, il fut appelé à l’équipe fédérale alors présidée par Robert Dumas. Il devint secrétaire fédéral de la JOC de 1944 à 1950. Au moment de la libération, Antoine Barrière fut désigné avec Gaby Lespingal pour représenter la JOC auprès des organismes de jeunes issus de la Résistance : UJRF (Union de la jeunesse républicaine française), les FUJP (Forces unies de la jeunesse patriotique), l’UPOJ (Union patriotique des organisations de jeunesse). Par la suite Jean Bonaldi succéda comme président fédéral à Robert Dumas devenu permanent pour la région lyonnaise. En 1945, Antoine Barrière fut désigné par le comité du quartier Saint Jacques pour représenter les jeunes de ce quartier populaire aux États Généraux de la Renaissance Française pour le département du Puy-de-Dôme, le jour de la visite du Général de Gaulle à Clermont-Ferrand avec le Sultan du Maroc. Robert Dumas fut élu par le comité du quartier de la Place de Jaude.

Ces jeunes chrétiens, dont un certain nombre, comme lui-même d’ailleurs, n’avaient pas hésité de prendre trois semaines sur leurs congés payés pour suivre les cours de l’Institut de culture ouvrière, en formation politique, économique et sociale à l’Université populaire de Marly-le-Roi fondée par la JOC et la CFTC. Après son service militaire en Allemagne de mai 1946 à avril 1947, Antoine Barrière coordonnera, en accord avec la JOCF présidée par Marie-Antoinette Dumas, des actions collectives, même avec l’ensemble des mouvements de jeunesse du département, comme par exemple pour obtenir l’ouverture d’un Fonds de chômage à Clermont le 26 juillet 1949, ou bien, une action d’envergure avec quarante-trois mouvements de jeunesse, de tourisme et de plein air afin de réclamer le collectif à 50 % pour les déplacements par groupe de dix auprès de la SNCF. Poursuivant cette action, en 1951, Antoine Barrière fut élu vice-président de l’Association pour le développement de l’enseignement technique dont M. Tévissen, patron de l’usine Olier fut élu président. Il finit par obtenir un crédit de 20 millions de la municipalité clermontoise pour moderniser les Écoles professionnelles comme Amédée Gasquet et Bellombre.

Au cours de l’été 1959, Monseigneur Piguet désigna Antoine Barrière comme président diocésain de l’ACJF (Action catholique de la jeunesse française) chargé de coordonner l’action des jeunes agriculteurs de la JAC, des jeunes ouvriers de la JOC, des étudiants de la JEC et des jeunes des milieux indépendants de la JIC. Ceci pour remplacer Jean-Baptiste Boyer appelé comme dirigeant national du syndicat CFTC des PTT et son prédécesseur Roger Lavialle appelé à Paris comme secrétaire national de l’ACJF en attendant d’en prendre la présidence au congrès de Versailles le 30 décembre 1950. Il occupa cette fonction jusqu’en 1953 date de son mariage avec une jeune infirmière ; de cette union, naquirent quatre enfants.

À vingt-quatre ans, le 12 mai 1950, refusant plusieurs places de cadre dans la presse, Antoine Barrière entra comme ouvrier de production chez Michelin à l’usine des Carmes à Clermont-Ferrand. Dès le mois de mai 1951, il fut élu délégué du personnel ouvrier de l’atelier TVA et en même temps il siégea au comité d’entreprise comme délégué syndical CFTC à coté d’Henri Verde pour la CGT. Dès janvier 1951 il participa aux discussions régionales sur les conventions collectives pour les industries chimiques.

En 1952, après un désaccord avec le conseil syndical CFTC Michelin sur son refus de participation à une grève proposée par la CGT, il donna sa démission de la CFTC. Il ne partagea pas les mêmes analyses que ses amis de la CFTC de l’époque sur l’action à mener dans l’entreprise. S’étant, pendant des années, passionnés pour l’étude du marxisme et du communisme avec entre autres les œuvres importantes du Capital de Karl Marx et Les questions du Léninisme de Joseph Staline, il refusa de souscrire à la tactique de la lutte des classes revendiquée par la CGT et admise par de nombreux salariés chrétiens engagés à la CFTC. Antoine Barrière n’était pas hostile à la déconfessionnalisation en supprimant le 2e C du sigle de la CFTC, par contre étant surtout réformiste, il refusait toute adhésion et action commune avec un mouvement dont il assimilait l’idéal à la dictature du prolétariat et « la paupérisation des masses, prônées par les méthodes staliniennes selon les dogmes de son action jusqu’à l’exploitation des hommes au service de cette idéologie perverse ». De même Antoine Barrière n’accepta jamais d’adhérer à l’idéologie du libéralisme.

Jusqu’en 1961, Antoine Barrière continua sa carrière professionnelle à la Manufacture française des pneumatiques Michelin. Après avoir passé des tests satisfaisants, il accéda à la maîtrise comme chef d’équipe puis contremaître. Pensant que l’amélioration de la situation du personnel passait par le dialogue avec la direction, il entretint des rapports avec de nombreux cadres de cette entreprise et même avec le patron François Michelin qui venait dialoguer avec lui dans son atelier. Mais l’espoir laissa la place à la désillusion. En 1961, après l’échec d’une action dont il avait pris la responsabilité auprès de la maîtrise pour empêcher le licenciement d’un technicien suite à une faute qu’il jugeait bénigne, Antoine Barrière dut démissionner. Une nouvelle carrière de cadre et d’autres responsabilités s’ouvraient devant lui.

De 1961 à 1986, Antoine Barrière fut cadre chargé de la planification des neuf usines de la Coopérative Laitière Riches-monts. Pendant trente ans, il participa à la réflexion et aux activités du Mouvement des cadres chrétiens.

Il fut alors tenté par la politique. De 1965 à 1973, il fut élu vice-président départemental du Centre démocrate. Il fut candidat aux élections législatives de 1967 et 1968 dans la première circonscription du Puy-de-Dôme ainsi qu’aux municipales de 1977 et 1983 à Clermont-Ferrand. Il devint membre du comité directeur du CDS depuis 1981, jusqu’à la fusion avec Force Démocrate.

C’est en 1983 qu’Antoine Barrière renoua avec le syndicalisme après son élection comme délégué du personnel pour le troisième collège en mars 1982. Adhérent à nouveau à la CFTC en 1983, il lança, avec Jean-Pierre Bara et Maurice Bal Fontaine, une section CFTC à la Coopérative Riches-monts. La même année, au congrès départemental, il fut élu président de l’Union départementale de la CFTC en remplacement de Louis Travers. À l’exception d’une interruption volontaire de dix-huit mois en 1988 et 1989, il fut réélu à cette fonction jusqu’en 1997, année où il décida de ne pas se représenter, laissant la place aux plus jeunes.

Durant cette période, en tant que militant CFTC, Antoine Barrière fut présent dans de nombreux organismes sociaux. Élu administrateur de la Mutualité sociale agricole pendant dix ans, il fut désigné par cet organisme et devint pendant dix ans administrateur de l’École « des enfants mal entendant » des Gravouses, pendant cinq ans administrateur du CHRU d’Auvergne. Antoine Barrière fut également désigné pour participer à de très nombreuses commissions relatives aux attributions des aides sociales soit à la COTOREP pour l’aide aux Adultes Handicapés et l’Allocation Compensatrice aux personnes dépendantes, ainsi que l’attribution de l’aide sociale cantonale par la DDASS et DSD. Il participa aux commissions paritaires avec les médecins, pharmaciens, infirmiers, kinés, etc. auprès de la CPAM et à la dotation globale des dix-sept hôpitaux du département auprès de la CRAM.

De 1985 à 1997, il fut choisi par les responsables des organisations agricoles du département du Puy-de-Dôme pour présider la société « Solidarité avec les plus miséreux du monde agricole » afin de soutenir les actions du Secours catholique et de la MSA dans le monde agricole en fonction des versements financiers que lui octroyaient certains organismes. Ce titre l’engageait également à la fonction d’administrateur de « L’Accueil de jour » pour les plus défavorisés ouvert rue Diderot à La Plaine. Depuis 1986, il siège régulièrement au CODERPA.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15777, notice BARRIÈRE Antoine par Pascale Quincy-Lefebvre, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 31 mai 2021.

Par Pascale Quincy-Lefebvre

Antoine Barrière à la fin des années 1960
Antoine Barrière à la fin des années 1960
[Tract électoral]

ŒUVRE : Michelin vu de l’intérieur. Ce que j’ai vécu de 1950 à 1961. Éditions créer, 1983. — Le défi à la misère par les contradictions de l’économie. Travail sur ordinateur, impression par le CAT-REPRO. 1986, chez l’auteur. — La JOC dans le département du Puy-de Dôme de 1928 à 1953. Travail sur ordinateur, impression par le CAT-REPRO. 1998, chez l’auteur. — Rassemblement de 75 articles de presse tant régionale que nationale de 1949 à 1998 sous le titre Pour une politique au service de l’Homme, Chez l’auteur.

SOURCES : A. Barrière, Michelin vu de l’intérieur. Ce que j’ai vécu de 1950 à 1961, Éditions créer 1983. — Réponses au questionnaire envoyé à l’intéressé. — Entretien, décembre 1999.

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