PICAN Germaine [née MORIGOT Germaine, Louise, Émilienne]

Par Jacques Girault

Née le 10 octobre 1901 à Malaunay (Seine-Inférieure/Maritime), morte le 29 janvier 2001 à Bois-Guillaume (Seine-Maritime) ; institutrice ; résistante, déportée ; militante communiste ; conseillère de la République de Seine-Inférieure/Maritime.

Germaine Pican
Germaine Pican

Fille d’un graveur de rouleaux pour imprimer les "rouenneries", (indiennes produites dans la région), Germaine Morigot, ancienne élève de l’école primaire supérieure puis de l’Ecole normale d’institutrices de Rouen, titulaire du brevet supérieur, devint institutrice. Elle se maria en septembre 1923 à Malaunay avec André Pican, instituteur communiste, fusillé en 1942. Le couple eut deux filles, et, à la fin des années 1930, accueillit une pupille de l’Assistance publique et une fille de républicain espagnol.Germaine Pican, institutrice depuis 1921, notamment à Elbeuf, dans deux villages du Pays de Caux, puis à Maromme, syndiquée à partir de son entrée dans la profession enseignante, militante du Secours populaire et des Amis de l’Union soviétique depuis 1936, adhéra au Parti communiste en 1937.
Depuis le début de la guerre, participant à l’activité clandestine communiste, alors que son mari était recherché, en juin 1941, arrêtée, internée le 21 juin, elle fut libérée du camp de Compiègne avec six autres militantes, le 12 novembre ou décembre (selon les sources) 1941. En fait, la police escomptait pouvoir retrouver ainsi la trace d’André Pican. Elle se réfugia chez une amie institutrice en Eure-et-Loir.
Elle assurait une liaison avec la direction du Parti et était responsable de la propagande de la Vallée du Cailly et d’Austreberthe, à la place de son mari. Elle était susceptible de rencontrer son mari, ce qu’elle fit à Paris. A la suite d’une dénonciation, elle fut à nouveau arrêtée ainsi qu’André Pican. Interrogée pendant huit jours dans les locaux de la BS1 à la Préfecture de police (voir Claudine Guérin et Marie-Louise Jourdan), elle fut internée à la Santé (23 mars 1942) où elle partagea la cellule de Danielle Casanova. Autorisée à rencontrer son mari peu avant son exécution, elle fut transférée au fort de Romainville (24 août 1942) avant d’être déportée à Birkenau, Auschwitz, puis à Ravensbrück (4 août 1944-2 mars 1945) et à Mauthausen où elle fut libérée par la Croix rouge, le 22 avril 1945. Elle fit notamment partie, avec Alida Delasalle et Charlotte Delbo, du convoi du 24 janvier 1943 vers Auschwitz. Son nom est cité dans l’ouvrage de Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier. A Auschwitz, elle fit partie du commando de Raisko.
Elle reprit son métier à l’école Jules Ferry au Mont-Gargan jusqu’à sa retraite en 1955. Une de ses filles décéda en 1947. Membre du bureau de la section du Parti communiste français, membre du comité de la fédération du PCF de 1947 à 1964, elle fut responsable de la commission d’éducation. Elle participa à l’organisation et au soutien de la grève des usines textiles de la vallée de Cailly.
Germaine Pican fut élue au Conseil de la République le 8 décembre 1946 en deuxième position sur la liste d’"Union républicaine et résistante". Membre de la commission des pensions, puis en 1947 de la commission de la famille, elle intervint à plusieurs reprises et fut rapporteur d’un projet de résolution concernant les femmes seules ayant des enfants. Battue lors des renouvellements, le 7 novembre 1948, le 18 mai 1952, et le 8 juin 1958, candidate aux élections législatives en 1956 en troisième position sur la liste communiste dans la première circonscription, candidate aux élections législatives de 1958, dans la quatrième circonscription (Clères, Maromme, Pavilly), elle obtint 7 815 voix puis 8 433 voix sur 54 851 inscrits (troisième position). A nouveau candidate en 1962, dans la même circonscription, arrivée en troisième position avec 8 116 voix sur 59 576 inscrits, elle se retira pour "un socialiste indépendant de gauche" soutenu par le candidat socialiste SFIO arrivé en quatrième position. En 1967, en raison de son âge et de sa santé, elle demanda à ne pas être présentée et fut remplacée par Colette Privat* qui fut élue.
Proposée comme candidate au Conseil général en 1945, elle représenta le PCF aux élections pour le Conseil général dans le canton de Maromme en 1955, en 1961 (2 914 sur 13 047 suffrages exprimés, deuxième position, puis battue au deuxième tour avec 3 923 voix, battue par un socialiste indépendant). Depuis 1947, elle assura le secrétariat départemental de l’association des familles de fusillés. Elle devint la secrétaire départementale de l’Union des femmes françaises de 1953 à 1958, demeurant par la suite membre de la direction départementale de l’UFF, après avoir relancé, en 1956 aux côtés d’Augusta Pieters, la section de Dieppe. Elle reçut en 1985 la Légion d’honneur et a été homologué adjudante dans la Résistance Intérieure Française. Elle fut enterrée avec son mari au cimetière de Maromme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157832, notice PICAN Germaine [née MORIGOT Germaine, Louise, Émilienne] par Jacques Girault, version mise en ligne le 31 mars 2014, dernière modification le 3 septembre 2021.

Par Jacques Girault

Germaine Pican
Germaine Pican

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — JORF n°282 du 6 décembre 2000, page 19319, promotion et nomination. — Site Internet de "Mémoire vive des convois des 45 000 et 31 000 d’Auschwite-Birkenau" : Germaine Pican. — Pieters, C., Témoignages contre l’oubli
, 1995. — Berlière (Jean-Marc), Liaigre (Franck) Liquider les traîtres. La face cachée du PCF 1941-1943, Paris, Robert Laffont, 2007.— Delbo Charlotte, Le convoi du 24 janvier, 1978. — Germaine Pican, une femme engagée, 8 mars 2017, Ville de Maromme. — Notes de Daniel Grason.

Photographie : Arch. PPo. GB 161

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