BOYER Robert

Par Jean-Paul Ferger, Jean-Claude Guillon

Né le 29 mai 1933 au Puy-en-Velay (Haute-Loire), mort le 16 août 2003 à Tours (Indre-et-Loire) ; apprenti, ouvrier fraiseur, puis professeur en LEP à Tours, militant syndical SNETP-CGT, militant associatif.

Le père de Robert Boyer, Paul Boyer travailla jusqu’en 1939 comme conducteur typographe au Puy-en-Velay. Pour raison de santé, il fut nommé à Saint-Etienne (Loire) concierge du parc automobiles des journaux (la Dépêche, la Tribune) distribués en Loire et Haute-Loire .Puis, il entra à la Manufacture d’armes stéphanoise (MAS) ; membre de la CGT, il décéda le 26 décembre 1946 des suites d’une maladie de cœur. Sa mère Raymonde, née Collange, fut couturière, puis vendeuse en coopérative et aux nouvelles galeries de Saint- Étienne et adhérait à la CGT. Après le décès de son mari, elle éleva seule leurs cinq enfants, une fille et quatre garçons dont les deux derniers, jumeaux, nés en juillet 1942, Robert étant l’aîné.

En 1944, Saint- Étienne fut bombardée. N’ayant plus de maison, les plus grands des enfants furent logés au Puy chez la grand-mère et chez une tante ; les jumeaux furent logés en home d’enfants et, pendant plusieurs mois, les parents furent hébergés chez des amis (Mr et Mme Mazel). Un appartement inoccupé leur fut octroyé, ils y restèrent pendant 4 ans avec pour compagnie cafards et souris, pas d’eau, w. c communs à l’étage et chaque jour la corvée d’eau organisée équitablement par Robert.

Au cours des années 1944-1945, pour aider sa famille, Robert Boyer garda les vaches à la ferme de la Fournerie à Jullianges en Haute-Loire ; il y travailla dur mais cela lui plaisait. Au gré des mutations de son père et des méfaits de la guerre, il fit ses études primaires d’abord au Puy, puis à Saint-Étienne aux écoles primaires Rouget de L’Isle et Gaspard Monge, et enfin, à celle du palais de justice où il obtint son certificat de fin d’études primaires .Faits marquants : au cours de sa dernière année scolaire, en voyage avec l’école, après avoir connu les bombardements de Saint-Étienne, il découvrit les horreurs de la guerre d’Oradour-sur-Glane. Bouleversé, il en fit, à la demande du maître, un compte rendu qui, par sa qualité et son réalisme, fut publié dans la presse locale et adressé au ministère de l’Éducation Nationale. Sans avoir pris un seul cours il se mit à dessiner, peindre, et quelques années plus tard il écrivit des poèmes, relatant ses sensibilités humaines face à la misère, les privations, condamnant la guerre, les bombardements et leurs atrocités, dont un, le 8 mai 1953, qu’il intitula « enfants ne jouez pas à la guerre » etc. ...Il y invoquait la solidarité, l’entraide, le besoin de justice, et le respect du genre humain. Pendant quelques années, il fit même du théâtre sous le nom de Robert Dhenys dit « chansonnier ». En 1947 il passa le concours d’entrée en apprentissage à la MAS. Il fut le plus jeune des 24 admis sur 500 candidats .À l’issue de son apprentissage, il obtint son CAP d’ajusteur fraiseur et entra dans la vie active à l’entreprise dès septembre 1950.

Comme son père, il adhéra à la CGT. C’était la période de la Guerre d’Indochine, des mouvements pour la paix furent suivis d’une campagne pour la libération d’Henri Martin. Un appel à la grève fut lancé dans l’entreprise, Robert Boyer ne reniant pas ses convictions débraya et quitta son poste de travail contrairement à d’autres engagés syndicalement et politiquement .Ceci lui resta au travers de la gorge quand on lui signifia une mise à pied pour fait de grève politique. Devant la situation familiale suite au décès de son père, de sa jeunesse, des soutiens dans l’entreprise et de ses qualités professionnelles, il fut réintégré à l’atelier mécanique. Il y travailla comme ouvrier professionnel hors catégorie mais il lui fut toujours refusé d’accéder à l’encadrement, bien que reconnu comme étant un excellent meneur d’hommes dans le bon sens du terme ; pour preuve, en complément de son travail, la direction lui confia l’encadrement et la direction de la colonie de vacances de la MAS. Il accepta et adressa ses émoluments à la famille, permettant ainsi à ses frères jumeaux de partir en colonie de vacances.

En 1956, il décida de quitter la MAS pour un emploi de fraiseur à l’atelier de mécanique de la SFR, usine de semi-conducteurs sise à Saint-Egrève à proximité de Grenoble (Isère).Portant ses engagements comme un fardeau, tout avancement professionnel lui fut systématiquement refusé .Pour les mêmes raisons, pendant son service militaire, il ne partit pas en Algérie ; et, bien que reçu au concours il ne fut jamais admis au C.E.A.
En 1962 il quitta la SFR pour un poste de contre maître à Lyon, mais l’emploi ne lui convenant pas, en 1963, il gagna la région parisienne et se fit embaucher à la SKF. d’Ivry- sur- seine (Val- de- Marne). L’année suivante il fut muté à la SKF de Tours (Indre- et- Loire).
Ce fut au cours de ses 18 mois de service militaire (1954-1955) au 4e régiment du génie de Grenoble que Robert Boyer rencontra Alice Garin, née le 9 août 1938 à Tullins (Isère), elle aussi employée à la SFR à Saint- Egrève . Elle devint son épouse le 3 août 1957 à Moirans (Isère). Ils eurent deux enfants ; Serge né le 22 janvier 1960 et Philippe né le 27 juillet 1963.

De septembre 1964 à août 1966 Robert Boyer opta pour deux années de coopération avec la nouvelle Algérie devenue indépendante. Alice et les enfants le rejoignirent à Alger dès décembre 1964. La coopération fut très enrichissante, il forma les ouvriers de la société des tabacs et allumettes d’Alger, il y gagna le 1er prix d’un concours de la SEITA. Etant très impliqués au sein de la classe ouvrière algérienne, ils se firent de nombreux amis algériens sans subir les animosités réservées aux ressortissants français de souche (pied-noir).

De retour en France, il rechercha un emploi pour se consacrer à l’éducation professionnelle. Suite à un entretien préalable, dès octobre 1966, le collège d’enseignement technique Gustave Eiffel de Tours -Nord, lui proposa un poste de maître auxiliaire dans la branche métallurgie. Sans formation initiale, il se mit au travail, s’appuyant sur ses cours d’apprentissage de la MAS pour éduquer ses élèves. Les cours du soir, la formation continue, et un an d’enseignement technique à l’ENNA de Rennes (Ille- et-Vilaine) le conduisirent à la réussite du concours d’entrée comme professeur en lycée d’enseignement professionnel (LEP. ex CET.).Il obtint sa titularisation en 1970 dans ce même lycée. Très engagé depuis de longues dates dans le combat syndical au sein de la CGT, adhérent du Syndicat national de l’enseignement technique et professionnel, en septembre 1972, il devint secrétaire de la section du SNETP-CGT du lycée Gustave Eiffel et, de 1976 à 1995, siégea à la CE de l’UD CGT d’Indre- et- Loire et fut régulièrement élus au conseil d’administration du LEP.

Retraité en 1973, il prit en charge l’organisation des retraités CGT de l’éducation professionnelle et de l’inspection académique. Il assura avec compétences des responsabilités régionales et nationales au sein du syndicat des retraités de l’URSEN-CGT. En 1982 il adhéra au PCF. Sa philosophie étant, dans la continuité des grandes conquêtes sociales de 1936, de proposer des loisirs et des vacances de qualité au plus grand nombre, pour ce faire, le 17 juin 1972, il créa puis présida avec son épouse et de nombreux bénévoles l’association Tourisme et Travail en Touraine.Il fut avec Alice son épouse, pendant douze étés, à la direction et à l’animation sur les villages vacances de l’association devenue depuis le 20 février 1986 VLCT (Vacances- Loisirs- Centre- Touraine).

Homme chaleureux et de convictions appuyées sur une solide expérience de terrain, bien connu par ses activités sociales, avec VLCT, il fut l’artisan de l’arbre de Noël des comités d’entreprises rassemblant chaque année plus de 8 000 enfants au palais des foires de Rochepinard à Tours ; association et Arbre de Noël qui, à ce jour, perdurent sous la conduite d’une équipe de bénévoles, son épouse Alice Boyer y étant très active comme membre du CA et du bureau.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157877, notice BOYER Robert par Jean-Paul Ferger, Jean-Claude Guillon, version mise en ligne le 4 avril 2014, dernière modification le 6 décembre 2019.

Par Jean-Paul Ferger, Jean-Claude Guillon

SOURCES : Témoignages d’Alice Boyer son épouse, de Georges Boyer son frère, et Gérard Trumeau professeur au LEP Gustave Eiffel. — Arch.de l’UD-CGT d’Indre-et-Loire.

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