KORNER David. Pseudonymes : BARTA, ALBERT, A. MATHIEU

Par Rodolphe Prager

Né le 19 octobre 1914 en Roumanie, mort le 6 septembre 1976 dans la région parisienne ; membre du Parti communiste et de l’opposition de gauche en Roumanie ; militant en France, à partir d’octobre 1936, du Parti ouvrier internationaliste et en 1939 du Parti socialiste ouvrier et paysan puis, pendant la guerre, fondateur de l’Union communiste, dont il fut le dirigeant après dans les années d’après-guerre, jusqu’en 1949. Il s’éloigna de ce courant, ancêtre de Lutte ouvrière, dans les années cinquante.

David Korner dit Barta
David Korner dit Barta

David Korner adhéra au Parti communiste roumain en 1932 et participa à la création d’un groupe trotskyste en avril 1933, le mouvement ouvrier étant réduit à vivre dans la clandestinité en Roumanie. Étudiant, il fit de courts séjours à Paris, en 1933 et en 1934, où il vécut les journées de février. Il y établit le contact avec le secrétariat international de la Ligue communiste internationaliste et, par son intermédiaire, avec Trotsky. Il adressa directement deux lettres à Trotsky, en janvier et mars 1936 pour l’informer des activités de son groupe et obtenir des conseils et, si possible, des articles consacrés à la Roumanie. Korner vint en France, en octobre 1936, dans l’intention première de se rendre en Espagne, mais ses camarades français l’en dissuadèrent et il se joignit dès lors au Parti ouvrier internationaliste. Dans le débat intérieur du POI, fin 1938, il se prononça en faveur de l’adhésion collective au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert et adhéra à ce parti en février 1939 avec une minorité regroupée autour de Jean Rous et d’Yvan Craipeau. David Korner fit partie du comité de rédaction de la revue, La Voie de Lénine, qu’édita ce groupe d’avril à juin 1939 et y écrivit quelques articles.

Dans les premiers jours de septembre 1939, Korner quitta ce groupe, à la suite d’un incident mineur, et mena par la suite une action politique distincte. Il eut, sans doute, d’autres motifs d’insatisfaction touchant le mode d’organisation des trotskistes français. David Korner publia, d’octobre 1939 à janvier 1940, une feuille polycopiée, l’Ouvrier, « organe marxiste-léniniste ». Il travailla, depuis février 1940, comme ajusteur à l’usine Hispano-Suiza. Après l’effondrement militaire français et l’occupation de la France par l’armée allemande, il écrivit la brochure, La lutte contre la deuxième guerre impérialiste mondiale (novembre 1940) dans laquelle il analysa les perspectives du conflit et défendit les principes internationalistes contre les « déviations nationalistes » de certains trotskistes. Cette brochure consacra, à ses yeux, la rupture politique avec des groupes « petits-bourgeois, qui n’ont pas su résister idéologiquement à l’épreuve des événements ». Elle eut en tout, à l’époque, quatre jeunes lecteurs. C’est à partir de ce noyau que David Korner s’efforça, dans les années à venir, de construire une organisation dont il exposa les tâches et les méthodes dans son « Rapport sur l’organisation » de juillet 1943.

À partir d’octobre 1942, David Korner publia régulièrement La Lutte de classes « organe du Groupe communiste » (IVe Internationale) puis de « l’Union communiste » (IVe Internationale) tout en continuant le travail d’éducation et de recrutement dans les conditions de la clandestinité sous l’Occupation. En tout, trente numéros de cette feuille sortirent polycopiés, jusqu’en août 1944. On y trouve la dénonciation des visées des impérialistes alliés, du rôle du général de Gaulle, et la défense de l’internationalisme prolétarien. Dans deux Cahiers du militant (décembre 1942 et février 1944), David Korner critiqua à nouveau la « politique nationaliste » du POI. Mais les divergences les plus importantes apparurent, pour lui, à la Libération, notamment l’orientation de l’organisation trotskyste unifiée, le Parti communiste internationaliste (PCI), vis-à-vis du PCF et de la CGT. L’un des principaux éléments du petit groupe, Mathieu Bucholz, fut assassiné en septembre 1944 et David Korner en attribua la responsabilité aux FTP communistes. Malgré cette perte tragique, la dizaine de militants et militantes réunis autour de lui entamèrent un intense travail de propagande qui visa à imposer le droit de parole contre le monopole des « staliniens » et à combattre leur politique de « produire d’abord, revendiquer ensuite ». En 1945 et 1946, malgré les violences staliniennes, les militants de l’UC diffusèrent des tracts et vendirent aux portes des usines La Lutte de classes, journal trotskyste.

Cette action culmina dans la grève Renault d’avril-mai 1947, déclenchée en opposition avec l’appareil syndical. Le 30 avril, le comité de grève lança un appel en faveur de la grève générale à tous les ouvriers de la métallurgie dans un tract, rédigé par David Korner, imprimé gratuitement par les ouvriers du Livre et diffusé à cent mille exemplaires. Le PCF, obligé de passer dans l’opposition, coiffa le mouvement pour mieux empêcher la généralisation de la vague gréviste. « À l’échelle d’une expérience de laboratoire, écrivit ultérieurement David Korner, l’Union communiste a apporté la preuve de la possibilité d’infliger des coups au totalitarisme stalinien et à la collaboration de classe. » L’animateur de la grève Renault, dans l’usine, fut Pierre Bois, un militant de l’UC formé sous l’Occupation. David Korner, connu alors sous le nom d’Albert, inspira l’activité du groupe (qui compta une demi-douzaine de militants en usine et autant à l’extérieur, mobilisés en permanence) pour la défense des revendications, pour l’élection démocratique des délégués, pour la reconnaissance légale du Syndicat démocratique Renault (SDR), pour l’unité d’action dans un cartel de toutes les organisations syndicales. La création du SDR après la grève se posa aux yeux de David Korner en ces termes : « abandonner les ouvriers qui nous avaient suivi aux appareils syndicaux, ou créer le syndicat pour les aider à poursuivre la lutte ».

David Korner écrivit de nombreux articles, signés A. Mathieu et, le plus souvent, non signés, dans La Lutte de classes (jusqu’en 1947), puis dans la Voix des Travailleurs-Renault et la Voix des travailleurs, « organe de lutte de classes » (1947-1949). Ces articles traitèrent, en particulier, de sujets tels que le bonapartisme et les référendums plébiscitaires gaullistes (où contrairement aux autres trotskistes, il préconisa le boycott), les nationalisations, la situation du mouvement ouvrier, la lutte anti colonialiste, le danger de la troisième guerre mondiale. La publication de La Lutte de classes reprit pour quelques numéros en 1949 et début 1950 (jusqu’au n° 9 du 30 mars). L’UC cessa à ce moment son activité. David Korner expliqua la disparition de l’organisation - trois ans après la grève Renault - par son « premier succès décisif ». « Le déséquilibre était trop grand entre nos tâches... et l’inexpérience de nos jeunes militants », conclut David Korner en août 1972 dans une « mise au point » envoyée à René Lefeuvre en réponse au livre de J. Roussel, Les enfants du prophète. Il en tira cette philosophie : « ... nos forces, de la grève à la disparition de l’organisation, ne se sont ni augmentées, ni renouvelées : l’arbre prolétarien rejetait en fin de compte la greffe révolutionnaire. Ce qui, à terme, était une condamnation... »
David Korner mourut le 6 septembre 1976.

Il était le mari de Louise Korner dite Irène (1920-2017) qui partagea son militantisme. Le couple eut un fils, Mathieu.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15797, notice KORNER David. Pseudonymes : BARTA, ALBERT, A. MATHIEU par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 juin 2020.

Par Rodolphe Prager

David Korner dit Barta
David Korner dit Barta

SOURCES : Collections de La Lutte de classes et de La Voix des travailleurs. — Jacques Roussel, Les enfants du prophète, édit. Spartacus, 1972. — Jacqueline Pluet, La presse trotskyste en France, Presses universitaires de Grenoble, 1978. — Bulletin intérieur de la Ligue communiste internationaliste, n° 4, novembre 1935. — Lettre de Barta (Korner) à L. Trotsky des 13 janvier et 22 mai 1936. Arch. Trotsky à Havard, n°s 202 et 203. — Notice de Korner du 28 avril 1968. — Renseignements recueillis par J.-M. Brabant. — Témoignages.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément