BOURGEOIS Pierre.

Par Paul Aron

Charleroi (pr. Hainaut, arr. Charleroi), 4 décembre 1898 – Bruxelles (pr. Brabant, arr. Charleroi ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 25 mai 1976. Militant socialiste, journaliste, poète, cinéaste.

La famille maternelle de Pierre Bourgeois, d’origine française, très catholique, s’est établie à Dinant (pr. Namur, arr. Dinant) ; le grand-père est meunier, sa fille, mère de Pierre Bourgeois, Léontine Colin, est une des premières « demoiselles » du téléphone. Issu d’une famille d’ouvriers spécialisés de la région mosane, le père de Pierre Bourgeois, Pierre Bourgeois, né en 1854, est devenu architecte-géomètre-expert. La famille Bourgeois qui compte un second fils, Victor, né quinze mois après Pierre, demeure à Charleroi jusqu’à la mort du père en 1916.

Pierre Bourgeois fréquente l’école maternelle laïque, puis l’école primaire des frères et le collège des Jésuites. Rhétoricien en 1915, il publie ses premiers poèmes en 1919 sous l’égide bienveillante d’Élie Baussart (1887-1965), futur directeur de La terre wallonne (1919-1939), revue catholique, régionaliste et progressiste. En novembre 1916, les deux frères et leur mère gagnent Bruxelles. Tandis que son frère, Victor, achève les Beaux-Arts en 1918, François Bourgeois s’inscrit à l’Université nouvelle. Il suit notamment les cours du romancier, Georges Eekhoud, et ceux de l’avocat, Edmond Picard*. Cette puissante personnalité fait impression sur le jeune homme : il s’en souviendra en 1938 lorsqu’il prononcera son discours de réception à l’Académie Picard.

La Première Guerre mondiale terminée, Pierre Bourgeois fréquente l’Université libre de Bruxelles, mais il abandonne ses études sans regret pour entrer dans la vie active. D’autant plus active, cette vie, qu’à la suite de son frère, Victor, il entreprend de célébrer la vie moderne sous toutes ses formes : la vitesse, la technique de pointe, l’art futuriste ou constructiviste. La première revue des frères Bourgeois, Au volant, offre un titre significatif du culte de la nouveauté qu’ils revendiquent. Par ailleurs, Bourgeois assure le secrétariat de l’hebdomadaire, 7 Arts (1922-1928), organe de défense de l’art moderne et du constructivisme en Belgique.

Après son service militaire (décembre 1920 à octobre 1921), où il rencontre René Magritte, Pierre Bourgeois obtient le diplôme d’auxiliaire social, service industrie, à l’École centrale de service social située rue de l’Abbaye à Bruxelles. Attaché au ministère du Travail, il fait un stage au Bureau international du travail à Genève (Suisse), d’où il revient enthousiasmé par la personne et par les réalisations de Le Corbusier. Le ministre socialiste du Travail et de la Prévoyance sociale, Joseph Wauters*, le nomme contrôleur aux habitations à bon marché, jusqu’en 1928. De 1922 à 1925, Bourgeois est administrateur du Crédit ouvrier, du Crédit immobilier, de la société de construction, La Cité moderne (Berchem-Sainte-Agathe - Bruxelles), dont son frère Victor est l’urbaniste.

Pierre Bourgeois quitte le ministère pour diriger une librairie, une salle d’exposition, puis est rédacteur en chef d’un quotidien. Il déploie ensuite une activité multiforme : tantôt journaliste, poète ou cinéaste, toujours propagandiste inlassable des idées modernistes dont son frère, Victor, est un des leaders en Belgique. Il réalise des films documentaires pour Fernand Brunfaut sur la réalisation de la « jonction ». Il collabore aussi aux campagnes de propagande artistique en faveur du Plan de travail, sous le pseudonyme de Pibur, et s’efforce, à plusieurs reprises, de maintenir une activité culturelle au Parti ouvrier belge, qui puisse soutenir la comparaison avec la section d’art d’avant 1914. Celle-ci est reconstituée en 1925. Pierre Bourgeois organise des conférences auxquelles participent Thomas Mann, Le Corbusier, Emmanuel Berl, August Vermeylen. Fondateur de l’Association de la presse cinématographique belge, il est conseiller de l’Association socialiste des cinéastes amateurs.

Après la Seconde Guerre mondiale, Pierre Bourgeois connaît des difficultés matérielles. Il s’occupe des relations intellectuelles dans le cadre des Amitiés belgo-soviétiques. Il publie aussi des essais, dont une monographie sur Jules Destrée en 1964. Les années 1960 sont obscurcies par plusieurs décès : celui de sa femme en 1959, une française d’Agen, Marguerite Najac, qu’il avait épousée en 1938, celui de son frère, Victor, en 1962.

Militant socialiste depuis son enfance, Pierre Bourgeois, poète, n’a pas laissé une œuvre d’importance comparable à celle de son frère. Mais cet animateur infatigable s’est dépensé sans compter pour la défense des idées qui lui étaient chères : un socialisme humaniste, attentif aux manifestations de l’avant-garde et au projet d’une architecture « radieuse ». Pierre Bourgeois a collaboré à d’autres titres de presse : la revue Arlequin dont il a été le secrétaire de rédaction, le Journal des poètes, l’Art vivant, la Lanterne sourde (1922) et Week-end.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158124, notice BOURGEOIS Pierre. par Paul Aron, version mise en ligne le 14 avril 2014, dernière modification le 23 février 2021.

Par Paul Aron

ŒUVRE : Foi du douteRomantisme à toiNouvelle composition lyriqueJules Destrée, 1964.

SOURCES : Centre international d’études poétiques (B.R.), archives Pierre Bourgeois – La Belgique active, 1931, Bruxelles, p. 101 – DOMS A., Pierre Bourgeois, une lecture de 60 ans de poésie, Bruxelles, 1978.

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