GOZE Joseph, Mathieu, Albert

Par André Balent

Né le 17 octobre 1909 à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), mort le 11 février 1990 à Prades (Pyrénées-Orientales) ; mineur de fer puis chauffagiste ; militant communiste et syndicaliste des Pyrénées-Orientales ; résistant.

Joseph Goze était issu d’une vieille famille de Vernet-les-Bains. Cette localité du Conflent devint dans la seconde moitié du XIXe siècle et resta, au moins jusqu’à la Grande Guerre, une station thermale réputée, de renommée internationale. Mais les activités agricoles traditionnelles subsistaient et l’extraction du fer (bassin du Canigou) contribua également à l’animer sur le plan économique et social.

La famille Goze fut, au XIXe siècle, de tradition conservatrice. Un frère de son trisaïeul fut curé. Son arrière-grand-père qui fut chef-cantonnier donna à son fils une solide instruction. Ce dernier fréquenta une école privée jusqu’à l’âge de 22 ou 23 ans. Il devint, sous le Second Empire, professeur de français et d’histoire-géographie. Deux mois après avoir passé ses examens, la République fut proclamée. Le nouveau régime exigeait de nouveaux examens. Mais il refusa de les passer, car il était un farouche partisan de l’Empire. Il se maria avec une paysanne de Vernet et entreprit de cultiver ses terres. Mais selon, les dires de son petit-fils, il fut un piètre paysan. À défaut de parti bonapartiste structuré dans les Pyrénées-Orientales, il se résolut à voter pour les candidats royalistes. Il devint un ami de l’avocat André Desperamons, chef départemental des royalistes. Le père de Joseph Goze, prénommé également Joseph et marié avec Berthe, Marie Sicart, devint, lui, un militant ouvrier. En effet, après avoir travaillé un moment à la ferme paternelle, il se fit embaucher comme mineur. Il participa aux grandes luttes des mineurs conflentais, au début du XXe siècle. Ce fut, à l’occasion de la grande grève de 1906 que les mineurs structurèrent enfin leurs syndicats. Cette grève qui dura six mois fut émaillée de multiples péripéties et incidents. Elle rassembla les 1 200 mineurs du versant nord du Canigou. Ces derniers se réunissaient très souvent, chaque fois dans un village différent. Soutenus par le député radical-socialiste (Frédéric Escanyé) de la circonscription, ils manifestèrent à plusieurs reprises à Prades. Lors d’une de ces manifestations, il faillit y avoir un affrontement entre les mineurs et un peloton de gendarmerie. Les grévistes prirent violemment à partie un ingénieur en chef, Hébrart et allèrent jusqu’à commettre des déprédations dans la maison des ingénieurs. Cette grande grève fut une victoire totale. Les 3 x 8 furent instaurées. Les grévistes obtinrent que les chefs de poste fussent désignés par le syndicat CGT. Mais les augmentations de salaires furent médiocres. Joseph Goze père participa à cette lutte qui marqua la mémoire collective des mineurs et des populations conflentaises. Pendant la grève, il fut un des délégués des mineurs grévistes de Vernet-les-Bains. En 1911, une série de grèves qui durèrent neuf mois compromirent définitivement les résultats obtenus en 1906. L’intransigeance patronale eut raison des mineurs qui furent vaincus. Beaucoup de dirigeants syndicaux furent licenciés ; les syndicats confédérés se désagrégèrent et n’eurent bientôt plus qu’une existence nominale. Joseph Goze père réussit cependant à se faire embaucher à la mine de Sahorre en qualité d’ouvrier (il perdit à cette occasion ses fonctions de chef de poste). Pendant la Grande Guerre, Joseph Goze père fut mobilisé en qualité d’affecté spécial au dépôt de la Compagnie des chemins de fer du Midi à Villefranche-de-Conflent où il fut employé comme frappeur à la forge des ateliers. Sa femme, Berthe Sicart, mourut en 1916. Joseph Goze père ne se remaria pas et s’occupa seul de son fils. Ce dernier ne fréquenta l’école primaire que jusqu’à l’âge de huit ans. Certes son père — qui avait été reçu premier du canton de Prades au Certificat d’études — aurait voulu qu’il fréquentât l’école. Mais son fils, étant seul pendant toute la journée, préférait jouer. Ce fut avec son père que Joseph Goze fils apprit à lire et à écrire. Peu à peu également, il prit goût à la lecture.

Joseph Goze fils vécut avec son père jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

Dès l’âge de treize ans, il travaillait comme manœuvre chez divers maçons de Vernet et des environs. Avec son père et un ami de ce dernier il exploitait également du minerai de fer, à ciel ouvert, pour son propre compte. À l’âge de dix-sept ans, il se fit embaucher comme mineur à Sahorre où il travailla p]endant une année. À cette époque Joseph Goze connut ses premières expériences militantes sur le plan politique et sur le plan syndical. Il adhéra aux Jeunesses communistes à l’âge de seize ans, en 1926, à la suite d’une réunion publique d’André Marty (voir ce nom) à Sahorre. Cinq ou six jeunes fondèrent à cette occasion une cellule des JC à Vernet-les-Bains (localité proche de Sahorre). La cellule « adulte » du Parti communiste de Vernet-les-Bains était alors faible et peu dynamique. Composée en grande partie de vieux militants du Parti socialiste unifié, elle était portée à bout de bras par le cantonnier Pierre Dardenne (voir ce nom) qui, d’après le témoignage de M. Joseph Goze, était un cousin du militant rivesaltais Émile Dardenne (voir ce nom). Pierre Dardenne mourut après la Seconde Guerre mondiale, renversé par une automobile.

Joseph Goze s’initia également à l’action syndicale. Aux mines de Sahorre, il demanda à Louis Thorent (voir ce nom), secrétaire syndical des mineurs et maire socialiste SFIO de la localité, d’adhérer à la CGT. Seule organisation implantée à Sahorre. Mais Louis Thorent, prétextant qu’il n’était pas majeur, refusa l’adhésion de Joseph Goze. Le 1er Mai (1926 ?), la CGT, à Sahorre, n’appela pas à un arrêt de travail. Joseph Goze placarda, le jour du 1er Mai, une affiche de la CGTU qu’il s’était procurée par l’intermédiaire des JC et ne se rendit pas au travail. Louis Thorent arracha lui-même l’affiche de la CGTU le 2 mai, Joseph Goze fut mis à pied. Puis on l’obligea à travailler alternativement : quinze jours dans la journée, quinze jours de nuit. Mais la loi interdisait le travail de nuit pour les mineurs de moins de 21 ans. Il quitta donc la mine de Sahorre.

Après avoir fait les vendanges, il se fit embaucher comme manœuvre dans une entreprise de montage en chauffage qui participait à la construction de l’« Hôtel moderne » à Vernet-les-Bains. Il demanda, tout en étant manœuvre, de pouvoir effectuer l’apprentissage de monteur. Par la suite, il exerça le métier de monteur en chauffage dans diverses localités du département. Après Vernet-les-Bains, il travailla quelque temps à Font-Romeu puis, pendant les trois mois qui précédèrent son service militaire, à Céret (1929). Il se maria dans cette ville le 30 août 1930 avec Marie-Thérèse Bonet.

Ce fut à Céret qu’il adhéra à l’organisation « adulte » du Parti communiste. Joseph Cassuly (voir ce nom), un des dirigeants départementaux de ce parti s’était rendu à Céret avec un militant des Jeunesses pour parler du « danger de guerre contre l’Union soviétique ». À l’occasion de ce meeting, Joseph Cassuly fut arrêté car les JC voulaient forcer le portail de la gendarmerie. Ce fut à cette occasion que Joseph Goze adhéra au PC.

Peu de temps après il partait à Istres (Bouches-du-Rhône) pour effectuer son service militaire dans l’aviation. Il fut affecté à une compagnie « hors-rang » composée d’employés et de cadres administratifs. Il n’effectua pas de classes et fut chargé de remettre en état la chaufferie de l’hôpital militaire. Plus tard, il fut nommé infirmier. Il n’existait pas d’organisation du Parti communiste dans la base aérienne d’Istres et ce fut à son retour à Céret que Joseph Goze reprit contact avec son parti. Il se maria le 30 août 1930 à Céret (Pyrénées-Orientales) avec Marie Thérèse Bonay. De sa première épouse, qui mourut en 1954, il eut une fille. Lorsque son patron cérétan fit faillite, il alla, pendant quelque temps, travailler à Amélie-les-Bains. Puis il réussit à se faire embaucher à Perpignan par la grande entreprise Aymard où il travailla jusqu’en 1937.

Joseph Goze connut le Parti communiste perpignanais de la « troisième période » de l’IC. D’après son témoignage il n’y avait guère alors qu’une trentaine de militants. Ce parti était dirigé par Joseph Guisset et Joseph Baurès (voir ces noms). Étienne Fajon venait souvent à Perpignan animer les réunions qui se tenaient au local de la rue des Cuirassiers, dans le quartier Saint-Jacques. L’activité militante était souvent difficile. Les réunions étaient nombreuses, les discussions animées. Ce fut dans cette période que Léopold Figuères et André Tourné (voir ces noms) firent leurs débuts dans les rangs des JC. À partir de 1934, les adhésions affluèrent et cela facilita les conditions de l’activité de propagande du parti perpignanais.

Joseph Goze créa, avec deux ou trois autres employés un petit syndicat CGTU chez Aymard. Après l’unité syndicale et avant les grèves de juin 1936, le syndicat CGT de la maison Aymard groupait environ vingt adhérents sur la soixantaine d’ouvriers et employés de l’entreprise. Joseph Goze fut responsable du syndicat CGTU puis CGT de chez Aymard.

En juin 1936, le personnel de chez Aymard se mit en grève. S’il entra dans la lutte plus tardivement que les ouvriers des grandes entreprises perpignanaises, ce fut à cause de la dispersion des travailleurs sur plusieurs chantiers répartis dans diverses localités (en juin 1936, Joseph Goze travaillait au presbytère de Rivesaltes). Chez Aymard, la grève dura une semaine. Le personnel n’occupa pas l’atelier mais s’y réunit tous les matins pour discuter de l’évolution de la situation. À l’issue de cette grève, la convention collective du bâtiment prévoyait l’augmentation des salaires d’un tiers et, en ce qui concerne l’entreprise Aymard, le passage de 54 h de travail hebdomadaires à 40 heures. Comme Joseph Goze, en tant que responsable du syndicat avait été particulièrement actif, son patron l’éloigna de Perpignan en l’envoyant pendant trois mois à Font-Romeu, en Cerdagne (à 80 km de Perpignan).

Joseph Goze était donc à Font-Romeu lorsqu’éclata la guerre d’Espagne. Avec le secrétaire local du Parti communiste qu’il connut au restaurant, ils décidèrent de faire une collecte en faveur des Républicains et prirent la résolution d’en apporter le produit à Puigcerda, ville toute proche de la Cerdagne espagnole. Ils décidèrent d’emprunter le chemin qui relie le village d’Ur (en France) à Puigcerda. Mais cette localité était alors dominée par la FAI. Joseph Goze et son camarade furent arrêtés à la frontière par un groupe de miliciens anarchistes et ne purent de ce fait apporter le produit de leur collecte à Puigcerda. Ils durent se résoudre à remettre l’argent à la Bourse du Travail de Perpignan.

De 1936 à 1937, Joseph Goze milita dans les rangs de la cellule du quartier Saint-Jacques à Perpignan (il résidait dans ce quartier, rue du Paradis).

En 1937, Joseph revint s’installer à Vernet-les-Bains et trouva du travail à Prades, chez Bonnet. Il était membre de la cellule de Vernet-les-Bains qui groupait alors quatre militants. En Conflent, le Parti communiste était centré sur Prades et, à cette époque, était bien implanté chez les mineurs du fer à Fillols (voir Falguères Ferdinand) et à Escaro (voir Galindo Paul).

En septembre 1939, il fut mobilisé à Istres (Bouches-du-Rhône) dans l’aviation. Puis il fut affecté au camp de Souge près de Bordeaux (Gironde). Enfin il gagna Toulouse (Haute-Garonne) où se trouvait un groupe d’aérostiers. Il y fut démobilisé pendant l’été 1940.

De retour à Vernet-les-Bains, il ne retrouva pas son emploi de chauffeur. Il travailla tour à tour comme maçon, manœuvre, vacher en haute montagne.

En 1944, il fut un des combattants du maquis FTP « Henri Barbusse » du Canigou (voir Panchot Barthélemy et Panchot Julien). Joseph Goze estime que ce maquis commit de « grosses fautes » et refusa de communiquer des informations à son sujet.

En 1946, Joseph Goze fut à nouveau embauché comme chauffeur à Prades.

En 1947, il s’embaucha de nouveau à la mine. Il fut élu au comité d’entreprise. Mais comme il n’avait, lors de ce scrutin, que huit mois d’ancienneté, l’élection fut annulée. Quinze jours après il fut réélu et la direction n’insista pas. En 1947, il participa à la grande grève des mineurs lancée par la CGT à la suite de l’éviction des ministres communistes du gouvernement. En 1954 une première crise provoqua la fermeture momentanée de certaines mines de fer du Bassin du Canigou. Joseph Goze travailla alors à nouveau à Prades comme chauffeur. Puis, après le décès de sa première femme, il revint travailler à Vernet-les-Bains chez Bouzigues, plombier. Pendant huit ans, il exerça le métier de maçon.

Le 6 janvier 1959 il se remaria à Vernet-les-Bains avec Michelle Gindre, une fille-mère qui avait un fils de six ans auquel il donna son nom. De ce second mariage, il eut également un fils.

Joseph Goze exerça diverses responsabilités, sur le plan local, au sein du Parti communiste. Au moment de l’invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques, en 1956, une crise secoua la cellule communiste de Vernet-les-Bains. Certains militants, comme Achille Llado, désapprouvèrent l’intervention militaire et quittèrent le parti. D’autres, comme Joseph Goze, soutinrent l’action des Soviétiques en Hongrie.

Joseph vivait toujours à Vernet-les-Bains en 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158385, notice GOZE Joseph, Mathieu, Albert par André Balent, version mise en ligne le 19 mai 2014, dernière modification le 7 septembre 2015.

Par André Balent

SOURCE : Témoignage de M. Joseph Goze recueilli par M. Michel Cadé (16 février 1981). — État civil.

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