RIUS Sébastien, Eugène [alias « Constantin »]

Par André Balent

Né le 28 octobre 1914 à Fillols (Pyrénées-Orientales), mort le 20 février 1989 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), plombier-zingueur ; syndicaliste (CGTU) ; militant des JC (1932-1934) puis du PC à partir de 1935 ; militant à Marseille (avant 1939) ; fait prisonnier à Issoudun, évadé (1940) ; à Fillols (Pyrénées-Orientales), à l’automne 1940 ; militant communiste clandestin ; dirigeant clandestin régional du PC (juin-août 1944) ; résistant ; organisateur des FTPF à Fillols en Conflent puis au plan départemental ; organisateur de la logistique du maquis Henri-Barbusse du Canigou ; militant syndicaliste (CGTU puis CGT, avant 1939 puis après 1945).

Originaire de Fillols, village minier du Conflent au pied du Canigou, Sébastien Rius était le fils de Sébastien quarante-six ans, mineur et de Marie Petit, âgée de quarante ans. Dès 1932, il travaillait comme plombier à Perpignan. Il avait été embauché chez Aymar, une importante entreprise de cette ville.

En 1932, il adhéra à la CGTU et à la Jeunesse communiste. Activiste, il vendait L’Avant-Garde et L’Humanité. Il participa à des bagarres contre les Croix de Feu. Il assistait à des réunions du Parti communiste où intervenaient Michel Rius, Joseph Guisset, Léo Figuères, André Tourné, Pierre Terrat. Parmi les tracts qu’il distribuait à Perpignan, il se souvenait plus particulièrement dans les années 1980 de celui intitulé Libérez Thaelmann. Avec ses camarades, il était allé porter la contradiction à Jean Payra, le leader de la SFIO, lors d’une réunion publique à Perpignan, au Centro español. Ils furent rossés par les socialistes. Un contremaître remarqua qu’il distribuait un tract dans son entreprise le 1er mai 1934, ce qui entraîna une dispute et motiva son licenciement et son embauche consécutive chez Monich, une autre entreprise perpignanaise de construction.

À partir de 1933, il aida à l’implantation d’un cercle des JC dans son village natal. Après une réunion avec Ferdinand Falguères, fut ensuite décidé de créer une cellule du PC. Rius aida à sa constitution. Avec François Marty, instituteur et adhérent isolé du parti — que Rius n’oublie pas de mentionner dans son récit autobiographique—, y participèrent : Falguères, Jean Sicart, Pierre Taurinya, Adrien Salies, Sébastien Rius père, Joseph Torrent et Antoine Journet père.

Rius perdit son emploi chez Monich. Le chômage le contraignit à chercher du travail à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il y organisa une cellule du PC dans le quartier de la Belle de Mai. Inscrit au registre matricule des Bouches-du-Rhône, il effectua son service entre 1934 et 1935. Il résidait à Marseille lors qu’éclata la guerre.

Sébastien Rius fut mobilisé en septembre 1939 au RICM (régiment d’infanterie coloniale du Maroc) cantonné en Provence. Il perdit d’abord tout contact avec le PC. Le pacte germano-soviétique le laissa dans la perplexité. La rencontre avec un communiste de Digne (Basses-Alpes), puis la discussion qu’il eut à Draguignan (Var) avec un sous-officier communiste, instituteur, le rassura quant à l’interprétation qu’il fallait donner à cette signature. Une permission de détente lui permit de rencontrer le communiste perpignanais Joseph Baurès en gare de Narbonne (Aude) et de reprendre ainsi contact avec le PC des Pyrénées-Orientales. De retour de permission, il fut affecté jusqu’en mai 1940 dans une section de ravitaillement sur la Côte d’Azur dans le Var. D’après la tradition familiale, et d’après ce qu’il dit dans son mémoire autobiographique, Rius était foncièrement « antimilitariste » ce qui expliquerait qu’il refusa de gagner le front du nord-est et de se déplacer au delà de la Loire. Il fut mis aux arrêts de rigueur. En juin 1940, il fut fait prisonnier à Gien (Loiret). Mais il s’évada presque aussitôt avec un moine et un instituteur avec qui il traversa la Loire. La signature de l’armistice les surprit à Thiviers (Dordogne) où ils furent démobilisés.

Il retourna d’abord à Marseille. Mais repéré par la police, il décida de revenir à Fillols, son village natal. Il y était revenu au mois d’octobre juste avant les mémorables inondations catastrophiques qui dévastèrent une partie du département. Il se fit embaucher comme manoeuvre par l’entreprise du bâtiment Cabra de Corneilla-de-Conflent (Pyrénées-Orientales). Il participa, par exemple, à la réfection de la route forestière des Cortalets dans le Canigou endommagée par les inondations d’octobre 1940. Mais se sachant surveillé par la police il renonça à travailler sur des chantiers. Il chercha en vain à reprendre contact avec le PC à Perpignan. En février 1942, Rius suivi de Roger Bigorre alias "Canigou" (de Fillols) qui l’amena à une réunion communiste clandestine à Fillols organisée près de Corneilla-de-Conflent par un militant de ce village, Élie Buzan. Peu de temps après, deux militants de Vernet-les-Bains, dont Joseph Goze, organisèrent une autre réunion dans cette commune. Goze qui avait le contact avec l’organisation départementale du parti leur expliqua son fonctionnement clandestin. Il décidèrent de créer une organisation du Haut Conflent, correspondant en grande partie avec le versant nord du bassin minier du Canigou dont Goze devint le « polo ». Pour sa part, il se contenta dans un premier temps de distribuer des tracts. En mars 1943, contacté par un responsable du Front national accompagné d’Élie Buzan, il fut chargé d’organiser les FTPF en Conflent. « Antimilitariste », Rius hésita puis finit par donner son accord lors d’un rendez-vous clandestin à Perpignan. Il prit le commandement de la 4103e compagnie des FTPF, la troisième des Pyrénées-Orientales centrée sur le Conflent jusqu’à Olette.

En juillet 1943, la formation d’un maquis à la Pinosa, (commune de Valmanya) avec de jeunes réfractaires du STO tourna court, faute d’une logistique satisfaisante. Ayant un contact direct avec Georges Delcamp, responsable régional (Pyrénées-Orientales) des FTPF, il décida de leur procurer des explosifs de mine en accord avec des guerrilleros espagnols (issus d’un GTE). D’autres responsables régionaux des FTPF, Fernand Cortale alias « Lapeyre », Casimir Lucibello alias « Laborde » ou « Lambert » et Aimé Couffignal alias « Roger Paule » venaient de Perpignan, en priorité pour se procurer le matériel explosif et reconnaître les caches aménagées comme celle du pont de Catllar. Une partie était destinée aux FTPF « légaux » de Perpignan. Mais l’autre fut utilisée localement. Le 7 octobre 1943, Rius et Antoine Journet alias « Blanc », communiste et FTP de Fillols firent sauter au lieu-dit la Vernosa le cable transporteur assurant l’acheminement du minerai entre la mine de Fillols et la gare SNCF de Ria. Ce sabotage entraîna l’interruption du téléphérique pendant deux mois environ. C’était le premier sabotage de ce type dans les Pyrénées-Orientales. En novembre 1943, avec Georges Delcamp*, il choisit le plateau d’Embullàs, au-dessus de Villefranche-de-Conflent, afin d’implanter un maquis de réfractaires du STO qui furent au nombre de douze. Mais, menacé, le maquis fut évacué le 23 décembre 1943 dans une bergerie au flancs du Canigou. Mais il ne put s’y maintenir dans les conditions hivernales. Aussi Rius supervisa-t-il son transfert vers Bouleternère puis Estagel. Il continua d’organiser les FTPF, d’assurer des relations avec les guérilleros de l’AGE et de maintenir le contact avec les dirigeants régionaux, les accueillant à Prades ou se rendant à Perpignan afin de les rencontrer. Il supervisa le stockage des armes déjà en leur possession et, avec un groupe de l’AGE, récupéra les armes parachutées le 17 mars 1944 au Pla de Vallensó et destinées à l’ORA. À partir du printemps 1944, aidé efficacement par Simon Batlle et Joseph Goze*, il veilla à faire en sorte que les différents petits maquis formés à l’initiative des FTPF en Conflent ou à proximité convergeassent et se regroupassent afin de former une formation militaire plus conséquente, le maquis « Henri-Barbusse » (du nom du plus gros contingent venant de Pleus, près de Cassagnes (Voir Morer George (sic), Mestres Gilbert ), qui, à la mi-mai s’installa, sur ses indications sur une hauteur dominant Vernet et Filllols. Pendant la même période, il participa à des actions de sabotage ou à des attentats contre des installations ferroviaires (SNCF et chemins de fer miniers) et minières, contre les collaborationnistes et leurs organisations locales à des récupérations de tickets d’alimentation dans [les mairies de Fillols, Taurinya et Corneilla-de-Conflent. Rius amena, depuis Prades, les frères Barthélemy, alias « Barthès » et Julien Panchot, alias « Prosper » au maquis Henri-Barbusse dont ils prirent le commandement.

À la suite de l’attaque de la Trésorerie de Perpignan, le 24 mai 1944 (Voir Hispa Gabriel ; Menuisier Roger), les organisations du PC et des FTPF durent être réorganisées au mois de juin. Sébastien Rius devint alors commissaire aux effectifs régional. Il demeura donc, dans un premier temps, à Perpignan où il fut hébergé dans deux lieux successifs. Mais bientôt, il laissa la direction des FTPF à Perpignan à Jean Couret alias « Fradin ». En effet, Rius fut amené à prendre en charge le développement du maquis Henri-Barbusse désormais implanté dans le massif du Canigou installé dans un cortal près du pic Cogolló (à la limite des communes de Fillols et Vernet) : à partir du 10 juin, avec Gilbert Mestres* et Louis Figols alias « Philippe » , il assura l’armement du maquis. Le 27 juin, revenant de Perpignan, il dut, avec Antoine Journet, joindre le maquis Henri-Barbusse attaqué par la Milice et la Douane allemande (Voir Mestres Gilbert*). Le lendemain, après avoir rassemblé les maquisards, à l’exception d’un groupe commandé par Julien Panchot*, ils les conduisirent au chalet des Cortalets propriété du club alpin français du Canigou. Le lendemain après avoir retrouvé Panchot, celui-ci lui confia un blessé de son groupe qu’il fit opérer à Prades par un chirurgien résidant juste en face de l’immeuble de la SIPO-SD.

Rius revint momentanément à Perpignan pour prendre le commandement de la 4101e compagnie de FTPF mise à mal après l’échec de l’opération de la trésorerie générale. À ce titre il intégra l’état-major départemental des FFI. Mais, chargé également de la logistique pour le maquis du Canigou, il alla dans l’Aude essayer en vain de récupérer des armes. Puis, après l’accord de l’état-major régional des FTP réuni à Perpignan puis, en liaison avec Émile Sabatier* alias « Dédé » de l’AGE, il participa à la mise au point et à la réalisation de l’action combinée (AGE/FTPF) du 29 juillet 1944 : l’occupation momentanée de Prades.

Il apprit depuis Perpignan l’attaque du maquis Henri-Barbusse à Valmanya (1er et 2 août). S’étant rendu à proximité du lieu de l’affrontement il tenta d’organiser, avec Gilbert Mestres*, Barthélemy Panchot* et Émile Sabatier* la dispersion du maquis en deux formations et son regroupement ultérieur.

Il regagna Perpignan où, avec Couret*, il organisait les FTPF en vue de la Libération de la ville. Il assista d’abord à des réunions de concertation avec le PC et le FN. Puis, le 18 août, il participa à une réunion, rue Pierre Rameil avec d’autres organisations de la résistance non communiste. Dans son récit autobiographique, il expliqua une trentaine d’années plus tard comment des divergences de vue opposèrent les MUR, l’AS et l’ORA d’une part et les organisations d’obédience communiste d’autre part. Les premiers pensaient qu’il fallait que Allemands quittassent Perpignan de leur propre chef afin d’éviter des destructions alors que FTPF et FN voulaient engager le combat, option que du fait de leurs effectifs, ils ne pouvaient entreprendre seuls. Le lendemain commença la libération de Perpignan. Rius franchit la Têt. Depuis le Vernet, quartier nord de Perpignan il participa avec un groupe de FTPF à l’édification d’une barricade de fortune sur le seul pont routier franchissant la Têt dans le but d’empêcher les Allemands de se replier vers Narbonne. Mais ces derniers empruntèrent un autre itinéraire, par Canet et le littoral. Après la libération, du département, il fut décoré, en sa qualité de chef de bataillon FFI par le colonel André Zeller, commandant de la XVIe région militaire issu de l’armée de De Lattre de Tassigny. Mais foncièrement antimilitariste, il refusa d’intégrer le 24 RIC reconstitué avec les FFI des Pyrénées-Orientales sur le point de partir pour le front des Alpes. Il resta donc à Perpignan où il se fit embaucher à l’hôpital comme plombier. Il demeura employé de la fonction publique hospitalière jusqu’à son départ à la retraite en 1974.

Le 30 décembre 1944, Sébastien Rius se maria à Perpignan avec Carmen Ponce, née à Perpignan le 4 février 1921, soeur de Richard Ponce, militante des JC qui fut son agent de liaison dans la clandestinité. Elle a travaillé dans les années 1960 comme ouvrière à l’usine de fabrication des poupées Bella de Perpignan. Le couple eut trois fils : Alain, né le 26 juillet 1945 ; Gérard né le 25 janvier 1947 ; Daniel, né le 18 septembre 1949. Tous trois furent infirmiers, Alain à Perpignan puis à l’hôpital psychiatrique de Thuir (Pyrénées-Orientales), Daniel à Thuir, Gérard à Montpellier (Hérault) puis à Thuir. Tous trois ont conservé des liens étroits avec Fillols. Daniel établi à Canohès (Pyrénées-Orientales) depuis sa retraite, maintient (2014) des liens étroits avec Fillols où il a repris la maison de famille. Atteint d’un cancer,il mourut à l’hôpital à Toulouse (Haute-Garonne) en juillet 2018.

Sébastien Rius demeura un militant de base du PCF. Il milita au syndicat CGT des hospices civils de Perpignan dont il fut le secrétaire. Il fut à deux reprises élu à la commission de contrôle de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales en 1952 et 1953. Il adhérait à l’ARAC. Entre 1979 et 1981, il écrivit ses souvenirs militants des années 1930 à 1944. Il y livra notamment un témoignage précieux sur l’histoire des FTPF catalans, du maquis « Henri-Barbusse » du Canigou et de la Libération de Perpignan. À sa mort, Le Travailleur catalan publia un petit article dans lequel était rappelée son action dans la Résistance. Les obsèques civiles eurent lieu au crématorium de Canet-en-Roussillon. Ses cendres reposent à Fillols, son village natal. En juin 1986, fut inauguré à Fillols un « carrer [rue en catalan] commandant Constantin » (pseudonyme de Sébastien Rius dans la clandestinité) qui honore sa participation à la Résistance et, plus particulièrement, à l’action du maquis « Henri-Barbusse » dont le village fut, entre juin et août 1944, une des principales bases arrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158471, notice RIUS Sébastien, Eugène [alias « Constantin »] par André Balent, version mise en ligne le 26 avril 2014, dernière modification le 4 juillet 2018.

Par André Balent

Sébastien Rius
Sébastien Rius
Archives de la famille Rius

OEUVRE : Tapuscrit (à l’origine un manuscrit sur cahier d’écolier) : évoqué dans la notice, références dans les sources.

SOURCES : Arch. com. Fillols, état civil, acte de naissance de Sébastien Rius. — Arch. privées André Balent, copie d’un tapuscrit autobiographique, Biographie et rapport sur la Résistance de Rius Sébastien alias « Constantin » Numéro matricule 40014, 17 p., s. d. [années 1980]. — Guy Carol, Robert Bigorre, « Aperçu historique » in Dans mon village ... Fillols, Fillols, La Chipotera, 1981, 299 p. [pp. 77-93, « Fillols depuis 1940 », en particulier les pp. 82-86]. — Rosemary Bailey, Love and War in the Pyrenees. A story of Courage, Fear and Hope, 1939-1944, Londres, Phoenix, 2009, 340 p. [pp. 292-293, 297, 300, 306, 1er édition 2008, Londres, Weidenfeld & Nicholson, 2008. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occcupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, pp. 479, 520, 521, 545, 552, 554, 604, 781. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, 400 p. [p. 216, 284, 360]. — Georges Sentis, Les archives des FTP catalans (hiver-printemps 1944), Lille, Marxisme / Régions, 1984, 72 p. [P 8, 70]. ; Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, I, Dans la tourmente. Février 1939 – novembre 1942, Perpignan, Marxisme / Régions, 154 p. [p. 117] ; Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, II, Le difficile combat vers la Libération nationale. Novembre 1942-août 1944, Perpignan, Marxisme/ régions, 1985, 174 p. [pp. 69, 71-72, 76, 81, 103, 119, 126, 135] ; Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / Régions, 1994, 182 p. [p. 44]. — Courriel de Gérard Rius, 1er mai 2014. — Entretien téléphonique avec Gérard Rius, 24 avril 2014.

ICONOGRAPHIE : GUAL & LARRIEU, 1998, op. cit., p. 554, photo de groupe (juillet 1945) lors de l’érection du monument commémoratif du combat victorieux (28 juin 1944) du maquis Henri-Barbusse contre les Miliciens des Pyrénées-Orientales sur les pentes du Cogulló, masssif du Canigou, commune de Fillols ; p. 734.

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