GRZĘDZICKI Jozef ou GREDZICKI Josef

Par Annie Pennetier

Né le 27 juillet 1923 à Chmielno (Pologne), fusillé après condamnation le 20 mars 1943 au camp de tir du Bêle à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; Polonais enrôlé de force dans la Wehrmacht ; résistant au sein du 108e régiment de grenadiers basé à La Baule.

Tombe au cimetière militaire de la Chauvinière à Nantes
Tombe au cimetière militaire de la Chauvinière à Nantes

Jozef Grzedzicki était fils d’instituteur, à Chmielno district de Kartuzy au centre de la Kachoubie. Après avoir fréquenté l’école primaire locale, Jozef étudia pendant quatre ans au lycée Henryk-Sienkiewicz de Kartuzy. En juillet 1939, il réussit l’entrée à l’École normale de Wejherowo. Scout très actif, élevé dans un esprit de patriotisme, il participait aux camps scouts durant les vacances d’été.
Quand la guerre éclata, il partit avec un copain à bicyclette et furent arrêtés par une patrouille allemande qui leur confisqua leur vélo et les fit prisonnier. Ils furent contraints de travailler pendant quelques semaines chez un paysan, à la récolte des betteraves sucrières. Après sa libération, quelque temps plus tard, il travailla dans l’administration économique de Kartuzy. Son père Bernard Grzedzicki avait démissionné de son poste d’instituteur, refusant d’enseigner dans une école allemande, les écoles polonaises ayantt été fermées par l’occupant. Début 1942, la famille déménagea à Suleczyna, district de Kartuzy où son père et Jozef avaient été embauchés dans l’administration municipale. Au printemps 1942, il fut enrôlé de force dans la Wehrmacht où il fit connaissance du résistant Zygmunt Grochocki, et se lia lui-même à la résistance polonaise au sein de l’armée allemande.
Après avoir été militaire à Hambourg, puis en Hollande, Jozef Grzędzicki fut basé en 1942 à La Baule (Loire-Inférieure) au sein du 108e régiment de grenadiers, composé pour l’essentiel, semble-t-il, de Polonais. Dans ce régiment, une trentaine de résistants polonais, commandé par le caporal Franciszek Meyer (alias Zielinski) avaient des contacts avec des résistants nantais du groupe Cher-Est. Ils fournissaient des informations sur le mouvement des troupes allemandes ainsi que des armes et des munitions. Ils prévoyaient également une évasion vers Angleterre avec l’aide de sous-marins britanniques. Au moment où le régiment se préparait à partir sur le front de l’Est, un « traître » le polonais Rawski de Lodz (germanisé en Rauch) fut infiltré dans leur groupe. Une enquête ouverte en janvier 1943 provoqua des arrestations autour du 12 février 1943, période d’exécutions à Nantes des résistants condamnés à mort lors du "procès des 42". On découvrit dans les affaires de Zygmut Grochocki des lettres, des photos et documents attestant de son action clandestine.
Vingt-sept soldats polonais passèrent en procès devant le tribunal militaire allemand de Nantes FK 518, pendant sept jours, dans la première moitié de mars. Zygmunt Grochocki prit toute la faute sur lui et fit une dernière intervention en accusant les Allemands d’avoir fait du tort aux Polonais, d’avoir organisé l’enrôlement illégal dans le Wehrmacht et de se comporter avec brutalité dans les pays occupés. Jozef prononça un discours semblable en terminant par une supplique afin que ni ses parents ni sa famille ne subissent de répression du fait de ses actes.
Cinq Polonais furent condamnés à mort (Zygmut Grochocki, Jozef Grzędzicki, Alexander Majewski, Franciszek Meyer et Alojzy Schützmann) et les autres à quinze ans de prison ou commuée en service dans une compagnie disciplinaire.Les résistants réussirent à faire évader Meyer et Schützmann s’enfuit.

Grochocki et Grzędzicki ont été fusillés le 20 mars 1943 au camp de tir de Saint-Joseph, le terrain du Bêle à Nantes. Ils tombèrent en criant « Vive la Pologne ». Leurs corps furent enterrés le 22 mars 1943 au cimetière du Pont-du-Cens, dans la partie réservée par les Allemands pour les « criminels ». Le 29 avril 1947, à la demande du Ministre des Anciens combattants les corps furent exhumés, débarrassés de leurs uniformes allemands et inhumés dans la section alliée du dit-cimetière.
Depuis 1948, ils reposent dans le cimetière de la Chauvinière où la famille de Zygmunt le visita en 1992 et l’année suivante apporta des plaques commémoratives pour les deux compagnons, bénites dans l’église de Starogard-Gdanski.On peut y lire l’inscription en français gravée sur le côté droit : « A donné sa vie pour la Pologne et la liberté des peuples. Avec lui à jamais. Sa sœur, ses frères, sa parenté, ses amis. Les Lézards de la Résistance ». Sous le texte se trouvent l’emblème de l’Aigle blanc, la fleur de lys et la lettre "J" symbole des Lézards (Jaszczurki).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158520, notice GRZĘDZICKI Jozef ou GREDZICKI Josef par Annie Pennetier, version mise en ligne le 3 mai 2014, dernière modification le 29 avril 2018.

Par Annie Pennetier

Tombe au cimetière militaire de la Chauvinière à Nantes
Tombe au cimetière militaire de la Chauvinière à Nantes

SOURCES : Jean Chauvin, « Des Malgré-nous polonais dans la Résistance », L’Oribus 90, 2014, d’après la biographie rédigée par le frère de Jozef Grzedzicki . – Publication en polonais du Prof. Kazimierz Makosa, camarade de lycée de Zygmut Grochocki, 2003.

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