RITT Joséphine <RAUCH Joséphine épouse RITT>

Par Françoise Olivier-Utard

Née le 20 décembre 1886 à Geispolsheim (Basse-Alsace annexée), morte le 6 octobre 1959 à Strasbourg (Bas-Rhin). Ménagère, communiste depuis 1921, membre du Comité mondial contre la guerre et le fascisme ; membre de l’UFF.

Joséphine Rauch naquit dans une famille de petits paysans. Son père Andréas et sa mère Hélène Muller auraient souhaité la voir travailler la terre mais elle préféra partir en ville pour y trouver un emploi. Elle ne fit pas d’études et devint journalière. Elle se maria en juillet 1904 avec Alfred Boettcher, allemand installé à Strasbourg, dont elle eut deux enfants, mais qui la quitta. Elle divorça. Elle se remaria le 2 novembre 1918 avec Jean-Baptiste Ritt, photographe, veuf avec six enfants. Le couple eut deux autres enfants et éleva aussi trois des petits enfants de Jean-Baptiste. Cette famille nombreuse, où se côtoyaient plusieurs générations, s’installa dans une maison de la Cité jardin du Stockfeld qui venait d’être édifiée, avec tout le confort moderne, en lisière de la forêt, presque au bord du Rhin. Joséphine s’inscrivit dès 1919 aux cours du soir pour apprendre le français. Mari et femme adhérèrent au parti communiste à sa création, en 1921. Ils animèrent leur vie durant la cellule du quartier Stockfeld-Neuhof. Ils vendaient l’Humanité d’Alsace et de Lorraine (éditée en allemand) au porte à porte et le dimanche, sur la place des Colombes, au centre de la Cité. Jean-Baptiste, aussi très impliqué dans diverses associations sportives et musicales (football, vélo, musique ouvrière) fonda la société de gymnastique La Populaire (FSGT). Joséphine l’accompagnait, ainsi que les enfants. Les deux garçons fréquentèrent le cercle de la Jeunesse communiste du quartier, qui comptait une cinquantaine de membres. Joséphine à partir de 1932, mit sur pied une section du Neuhof du Comité mondial contre la guerre et le fascisme, suivant l’exemple de la dirigeante strasbourgeoise Christine Leifer*. En 1934 elle accueillit chez elle, en route vers Paris, Martha Berg-André, l’épouse d’Edgar André, militant communiste allemand arrêté par les nazis, pour la libération duquel une campagne internationale était menée. Condamné à mort par Hitler, il fut exécuté le 4 novembre 1936. Un grand meeting de protestation se tint à la salle de l’Aubette à Strasbourg le 27 novembre. Joséphine recueillait régulièrement des fonds pour venir en aide aux réfugiés communistes allemands arrivant à Strasbourg.
Le Front populaire fut une période difficile pour les Ritt. Jean-Baptiste perdit une bonne partie de sa clientèle quand d’une part l’évêque partit en campagne contre le communisme, le 4 octobre 1936, ce qui le priva de photos de mariage et quand d’autre part la municipalité de droite de Strasbourg lui retira les photos scolaires. Jean-Baptiste et Joséphine durent trouver du travail. Joséphine fut embauchée à l’usine de soierie artificielle du Port du Rhin. Le parti communiste ouvrit une soupe populaire place de la Bourse. La situation financière familiale se rétablit en 1939. Jean-Baptiste rouvrit un atelier de photo mais en septembre toute la famille fut évacuée, dans des wagons à bestiaux, dans un village de Dordogne, Chantérac. Elle fut logée dans une maison inoccupée et beaucoup moins confortable que les logements alsaciens. L’intégration se fit plus facilement pour Joséphine que pour Jean-Baptiste, qui ne parlait qu’alsacien et allemand. Les grands garçons étaient au front et furent faits prisonniers. La famille rentra à Strasbourg en octobre 1940. Les soldats furent libérés au titre d’Alsaciens mais envoyés en 1941 au service du travail obligatoire allemand (Reichsarbeitsdienst) puis incorporés dans l’armée allemande jusqu’à la fin de la guerre. Le parti communiste alsacien fut décimé en 1942, toute résistance anéantie. Il fallait pourtant aider les familles des victimes de l’internement et de la déportation. Joséphine s’y employa.
Après la guerre, Joséphine milita surtout à l’Union des Femmes françaises, qui comptait de nombreuses adhérentes dans son quartier. Elles organisaient l’entraide matérielle. Suzanne Fath*, Alice Karcher* animaient le mouvement à Strasbourg, Joséphine dans son quartier. Elle fut déléguée à plusieurs reprises aux congrès de l’UFF à Paris. Elle collecta de l’argent pour l’achat d’une maison de vacances à la Hingrie, qui se concrétisa en 1962. Devenue veuve en 1948, elle n’abandonna pas pour autant ses activités militantes. Elle fut candidate sur la liste municipale communiste de Strasbourg en 1953, en 33ème position. Ses deux fils, Raymond* et Fernand devinrent des militants syndicaux de la CGT.
Toutes les photos donnent d’elle une image de sérénité et d’élégance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158540, notice RITT Joséphine <RAUCH Joséphine épouse RITT> par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 8 juin 2014, dernière modification le 8 décembre 2015.

Par Françoise Olivier-Utard

Sources : entretien avec son fils Raymond Ritt le 3 mai 2001 entretien avec sa belle-fille Marie-Jeanne Ritt le 24 avril 2014 ; liste de la Gestapo de 1940, archives du SED.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément