BERTRAND Robert, Gilbert

Par Robert Kosmann

Né le 29 septembre 1933 à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) ; ajusteur ; militant CGT, délégué du personnel et du comité d’entreprise chez Renault, à Billancourt et Rueil (Hauts-de-Seine) ; adhérent du PCF (1960-1989).

Son père, Emile Bertrand, travaillait déjà comme employé à l’usine Renault de Billancourt. Il était « archiviste », magasinier aux archives. Sa mère, Gilberte Bertrand, née Jacquet, fut employée en bijouterie avant d’élever une famille de dix enfants. Neuf membres de sa famille (son père, trois frères, une sœur et quatre oncles) travaillèrent pour l’entreprise Renault.

Après avoir suivi des études primaires à Versailles et suivi quelques temps d’une école d’agriculture, Robert Bertrand réussit le concours d’entrée à l’école Renault. Les jeunes bénéficiaient de bonifications à l’entrée s’ils avaient des parents travaillant à l’usine et l’apprentissage à l’école permettait l’embauche directe à l’usine. Robert Bertrand intégra l’école le 7 janvier 1949, à Billancourt. Après trois ans de formation et l’obtention d’un CAP, d’ajusteur il fut muté au département 14 (U5) de fabrication des moteurs pour le dépannage des machines outils. En 1955, il effectua son service militaire en Algérie et découvrit la « misère indigène » et la brutalité de la répression de l’armée française. Il revint ensuite dans son atelier, avant d’être muté en 1958 à la division de machines agricoles (DMA) toujours à Billancourt (1958-1971), où il s’occupait de la mise au point de tracteurs agricoles. Le reste de sa carrière s’effectua comme ajusteur hydraulicien au Centre technique de Rueil où il gravit les échelons ouvriers (P3), puis comme agent technique à la mise au point des amortisseurs, jusqu’à se retraite en 1989.

À Billancourt, Robert Bertrand travaillait avec Jean Lefèvre, un militant trotskiste qui lui ouvrit l’esprit au syndicalisme. Lefèvre était délégué Force Ouvrière, mais, pour des raisons d’efficacité, Robert Bertrand opta pour la CGT dont il devint adhérent à partir de 1958 puis délégué du personnel (1958-1989). Il fut également délégué au comité d’entreprise pendant deux années (1960-1961) et membre de la commission exécutive du syndicat CGT Renault-Billancourt (1980-1989). Envoyé par Renault en stage/mutation de quelques mois en Algérie, il adhéra durant quatre mois à l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA).

Quelques années après son engagement syndical, Robert Bertrand adhéra au PCF (1960-1989) car ce dernier soutenait « la paix en Algérie ». Profondément pacifiste, il ne soutint pas les positions du FLN algérien, pourtant largement majoritaires parmi les immigrés employés à Billancourt, car ces derniers s’opposaient au sentiment national qui restait une de ses valeurs. Son engagement syndical et politique ne l’empêchait pas de garder « un quant à soi » et une « défiance pour les gens qui faisaient des carrières politiques ». Il regrettait le culte voué à Maurice Thorez et, dans une moindre mesure, à Georges Marchais. Pour autant il estimait que « les gauchistes présents à Billancourt n’apportaient rien de concret mais que tout le monde devait avoir le droit de s’exprimer ». Apprenti, il observa les affrontements de 1952 à l’usine sans y prendre part, puis, en 1968, participa avec la CGT à l’occupation et fit partie des militants CGT qui s’opposaient à l’entrée des étudiants dans l’usine. Dans les années 1980 il ne fut pas convaincu par les positions de la centrale ouvrière sur l’affaire des « Dix de Billancourt » et porta la contradiction à Henri Krasucki dans un meeting. Il y fut, en réponse, abondamment sifflé.

Sur le plan politique, il fut déçu de l’exclusion de Roger Garaudy et avait de la sympathie pour Pierre Juquin. Il rendit sa carte du PCF en 1989, désabusé, au moment du départ des rénovateurs.

Sur le plan personnel Robert Bertrand épousa Jacqueline de Bonafoss de Bélinay en juin 1969. Ils eurent une fille, née en novembre de la même année.
Ancien ajiste, à partir de 1957, membre du Mouvement Indépendant des Auberges de Jeunesse (MIAJ), Robert Bertrand était un sportif accompli qui pratiqua la lutte, le canoë, le ski, et l’escalade en montagne dans le cadre du comité d’entreprise Renault. Il encadra des colonies de vacances et fut animateur de centres de vacances.

En 2014, il était toujours adhérent au syndicat des retraités de Renault Billancourt.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158653, notice BERTRAND Robert, Gilbert par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 16 septembre 2018.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : Témoignage dans le cadre de l’ouvrage édité par la FNACA (Fédération des Anciens Combattants d’Algérie, Maroc et Tunisie)  : « 1952-1962 Ils avaient 20 ans dans les djebels », 1987. « Souvenirs, c’est ma vie  », 2010, 79 p., manuscrit non publié (archives privées R. Bertrand).

SOURCES : Arch. PPo — Arch. de la section Renault, Arch. du comité national du PCF. — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. — Entretien avec Robert Bertrand, mars 2014.

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