CHAUSSON Daniel, Claude, dit Nallade

Par Robert Kosmann

Né le 26 juillet 1952 à Saint-Cloud (Seine, Hauts-de-Seine) ; ajusteur puis enseignant en lycée technique ; militant CGT puis FO, délégué hygiène et sécurité chez Renault à Boulogne Billancourt puis délégué du personnel et hygiène et sécurité ; militant de l’OCI.

Son père, Jacques Chausson, travailla comme ouvrier spécialisé chez Renault à Billancourt puis devint comptable dans la même usine. Sa mère, Claude Nemery, fut femme de ménage après avoir élevé cinq enfants dont l’un était handicapé. Au total cinq membres de sa famille travaillèrent à Billancourt (père, beau père, deux oncles et un frère). Les parents de Daniel Chausson étaient catholiques, non pratiquants. Il effectua ses études à l’école primaire de Clamart (Seine, Hauts-de-Seine), jusqu’en classe de quatrième. Il continua au CET de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine) et suivit une formation d’ajusteur en trois ans. À la sortie, il se fit embaucher chez Gevelot à Issy les Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) comme régleur P1. Sur l’insistance de son père, il avait passé le concours d’entrée chez Renault. Reçu, ses camarades politisés insistèrent pour qu’il prenne une place dans la grande usine de Billancourt, qui était à l’époque le centre des luttes pour les militants. Il y réalisa toute sa carrière d’ouvrier professionnel, du 1er octobre 1970 au 1er janvier 1988, comme ouvrier ajusteur au service de maintenance dans l’Île Seguin. En dix-huit ans, il occupa une quinzaine de postes et fut largement « placardisé » par la hiérarchie, en raison de son activité militante.

Au sortir de l’adolescence, Daniel Chausson milita à la JOC (1966-1968) et était porté par la foi catholique. Il effectua une année au séminaire à Sèvres, mais le bouleversement que représentait mai 68 le fit rompre avec la religion. Au CET, il prit contact avec un groupe maoïste local « Oser lutter », qui disparut assez rapidement. Un de ses enseignants était militant de l’OCI trotskiste et l’organisation de jeunesse, l’AJS (Alliance des Jeunes pour le Socialisme) y distribuait des tracts. Daniel Chausson sympathisa avec eux puis devint militant. Il suivit un Groupe d’études révolutionnaire (GER) qui l’amena à devenir adhérent de l’OCI, en 1970. L’organisation était implantée à Renault Billancourt. À l’intérieur, il milita avec Jean Lefèvre* et Christian Hervé*. La cellule OCI était suivie et fréquentée régulièrement par Pierre Lambert (Boussel), dirigeant de l’organisation et par le bureau politique de l’OCI. À la fin des années 1970, Pierre Lambert proposa à Daniel Chausson, d’intégrer le comité central de l’organisation, dans une logique de prolétarisation de cet organisme, mais ce dernier avait du mal à se plier à la discipline de l’OCI et, afin de préserver son autonomie, il refusa d’entrer dans le cercle dirigeant. Il suivit toutefois la politique et les consignes de l’organisation. Il fut candidat, aux élections municipales, en mars 1983 à Boulogne Billancourt, en quatrième position sur la liste du PCI qui avait remplacé l’OCI en 1981. Il accepta de quitter la CGT quand l’OCI exigea de ses militants qu’ils passent à Force Ouvrière, en 1977 et, sans enthousiasme, donna son vote, dès le premier tour, au candidat Mitterrand en 1981. Ces décalages avec ses camarades d’atelier, et surtout les différentes épurations ou départs de militants (Jean-Christophe Cambadélis, Benjamin Stora, Stéphane Just, Pierre Broué) lui firent progressivement prendre ses distances. Il quitta l’organisation en 1992, en désaccord final avec « le centralisme démocratique de type léniniste ».

Sur le plan syndical, Daniel Chausson fut adhérent de la CGT Renault (1970-1977) et délégué CHSCT (1975-1976) puis, sur consigne politique, adhéra à FO (1977-1988) où il devint chez Renault délégué du personnel FO (1978-1985) et délégué du CHSCT (1982-1987). Il devint rapporteur sur les questions d’hygiène et sécurité au comité central d’entreprise pour FO (1982-1987). Les années 1980 virent arriver les premières vagues de licenciements à Billancourt. Daniel Chausson avait envie de changer d’air. Il négocia son départ à l’occasion d’un « plan social » dans l’entreprise et quitta les effectifs le 1er janvier 1988. Suivit alors une période de deux années de chômage où il aida sa compagne à tenir un camion de frites à La Rochelle (Charente-Maritime) puis revint à Paris et traversa une période d’intérim, comme ajusteur hydraulicien, puis de chômage alterné (1988-1998). Il réussit ensuite le concours de professeur contractuel de technologie dans l’Éducation nationale et devint enseignant en maintenance industrielle (1998-2013), jusqu’à sa retraite. Il était rentré chez Renault pour des raisons politiques et n’avait pu exercer ses connaissances professionnelles à l’usine. Il fit ensuite un parcours satisfaisant et créatif avec ses élèves et était très heureux d’être devenu enseignant. Il se syndiqua à la CGT Education (1998-2003) puis, en désaccord sur une ligne qu’il trouvait trop réformiste, il intégra la fédération SUD Éducation, de 2003 à 2013.

Sur le plan familial, Daniel Chausson se maria en 1970 avec Evelyne Ducoup, dont il divorça en 1983. Il se remaria en 2010 avec Anne Marie Ruland. Il était père de trois enfants, un garçon et une fille nés en 1974, et un garçon né en 1975.

En 2014, Daniel Chausson était adhérent de l’Association des travailleurs Renault de l’Île Seguin (ATRIS) qui visait à faire vivre la mémoire du million de travailleurs employés à Billancourt entre 1898 et 1992. Il considérait que « les grèves et le mouvement de mai 68 avaient pu lui permettre de rompre avec la famille et le catholicisme. Son engagement militant lui avait permis une culture générale libre à l’extérieur de l’usine où le travail était aliénant. » Il militait dans des collectifs, à titre individuel, pour les élections avec le Front de Gauche ou bien dans des collectifs anti-fascistes animés par le NPA.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158658, notice CHAUSSON Daniel, Claude, dit Nallade par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 23 novembre 2016.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : Coups d’états (Poètes du temps présent), Paris, La Pensée universelle, 1980.

SOURCES : Archives PPo — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. — Entretien avec Daniel Chausson, janvier 2014.

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