LACROIX Daniel

Par Robert Kosmann

Né le 15 avril 1950 à Mehun-sur-Yèvre (Cher) ; ouvrier tourneur, puis permanent politique ; syndicaliste CGT ; militant communiste, secrétaire de la section PCF chez Renault (1981-1986), membre du bureau fédéral PCF des Hauts de Seine (1981-1987), membre du comité central du PCF (1982-1985).

Fils de Fernand Lacroix, ouvrier spécialisé aux établissements militaires de Bourges (Cher) et de Denise, née Billaut, ouvrière en porcelaine à l’usine Pillivuyt de Mehun-sur-Yèvre, Daniel Lacroix obtint son certificat d’études primaires en juin 1964 et poursuivit des études professionnelles au lycée Brisson de Vierzon (Cher) où il décrocha un CAP de tourneur, en juin 1967. Un professeur de français, militant du PSU, influença le jeune élève en enseignant en classe Louis Aragon et Victor Hugo. Le positionnement électoral de ses parents, électeurs communistes, et la culture ouvrière du Cher furent des éléments constitutifs de la formation du jeune homme. L’école de Vierzon proposait aux jeunes diplômés l’embauche dans différentes entreprises, dont la Régie Renault. Il monta à Paris et fut embauché dans cette usine en juillet 1967, comme tourneur P1, à Billancourt. La Régie nationale offrait alors des salaires de 20% supérieurs à ceux de Vierzon.

En octobre 1967, Daniel Lacroix se syndiqua à la CGT. Pendant les grèves de 1968 il fréquenta les facultés parisiennes (Sorbonne, Censier) et les militants trotskistes de Voix Ouvrière. Il devint sympathisant mais à son retour de l’armée en 1971, il refusa d’aller plus loin, se méfiant de la semi clandestinité de l’organisation, devenue Lutte Ouvrière, et constatant ses faibles capacités de mobilisation. En mars 1973, il donna son adhésion au PCF. Deux mois plus tard il fut élu délégué hygiène et sécurité sur la liste CGT. Il conserva ce mandat en parallèle à son activité professionnelle jusqu’en septembre 1981. Daniel Lacroix prit des responsabilités au niveau de l’entreprise et fut, à partir de 1976, membre du secrétariat de la section PCF de Renault Billancourt, avant de devenir son premier secrétaire, de septembre 1981 à novembre 1986, comme permanent. Il prit part aux différentes écoles de formation du PCF : école fédérale en avril 1975, école centrale d’un mois en juin 1977 et de quatre mois en octobre 1979.

En parallèle, Daniel Lacroix prit des responsabilités politiques départementales. De mars 1979 à février 1988, il fut membre du comité fédéral PCF des Hauts de Seine et de février 1981 à février 1987 il fut membre de son bureau fédéral. Lors du XXIVe congrès du PCF (Saint-Ouen, février 1982), il fut élu au comité central. Il y anima le secteur automobile et fut chargé du suivi de la fédération des Deux-Sèvres. Il assura également des cours à l’école centrale du PCF, à Choisy le Roi.

Critique à l’égard de la politique de son parti, en particulier sur la position prise face à l’état de siège en Pologne en 1981 et sur l’analyse des pays socialistes depuis plusieurs années, Daniel Lacroix manifesta en 1984 son opposition au secrétaire général Georges Marchais. Il contestait, en même temps que Claude Poperen*, l’analyse des résultats électoraux désastreux des élections européennes de 1984. Il écrivit une lettre en ce sens aux membres du Bureau Politique, en juillet 1984. À partir de ce moment, il fut considéré comme un opposant. Pour ces raisons, lors du XXVe congrès (Saint-Ouen, février 1985), il ne fut pas réélu au comité central, où entra alors Jean-Louis Fournier*. Il conserva cependant ses responsabilités à la section Renault et au bureau fédéral des Hauts-de-Seine. Il avait alors des sympathies marquées pour les positions de Pierre Juquin et des « rénovateurs ».

En mars 1985, Daniel Lacroix fut licencié de la Régie Renault pour être entré « illégalement » dans l’usine, avoir tenu des meetings internes et avoir fait entrer de jeunes chômeurs à l’intérieur de l’entreprise. Il quitta Billancourt en octobre 1986. La formation économique acquise dans le cadre militant et ses relations politiques lui permirent de devenir responsable du service économique de la ville du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) jusqu’aux élections de 1989, qui virent la ville changer de majorité. En parallèle, il fut admis par « validation des acquis » à la faculté de Nanterre (Hauts-de-Seine) où il obtint une licence d’économie, en juin 1988. Il fut encore candidat PCF en sixième position aux élections législatives de 1986, dans les Hauts-de-Seine. La liste réunit 10,75% des électeurs et n’eut qu’un élu. Daniel Lacroix se retira de toute responsabilité politique en 1988 et quitta le PCF en 1995, en désaccord avec la façon dont avait été désigné le nouveau secrétaire général, Robert Hue. Grâce à ses relations, il fut embauché par la société d’aménagement du territoire SEGAT, où il fut successivement salarié, chargé de mission, directeur adjoint, PDG et actionnaire entre 1989 et 2012. Il prit sa retraite en juin 2012 mais conserva une activité de consultant dans son domaine.

Sur un plan personnel, Daniel Lacroix épousa en mars 1970 Maryse Dessailly, également militante CGT et PCF, conseillère municipale à Châtillon (Hauts-de-Seine). Ils eurent deux filles, Nathalie et Audrey, née en 1970 et 1977.

En 2013, D. Lacroix n’avait plus d’attaches syndicales, associatives ou politiques. Il n’était pas dans le ressentiment et considérait qu’il devait sa situation professionnelle à son passé militant. Il pensait que l’effacement progressif du PCF en France relevait de « la responsabilité écrasante des directions du PCF » qu’il avait combattues en 1984-85. Il gardait un regard optimiste sur son parcours politique et syndical : « je referais la même chose aujourd’hui » et restait intéressé à la recherche de nouvelles formes d’idéaux communistes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158675, notice LACROIX Daniel par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 24 février 2022.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : Nombreux articles et tracts dans l’Humanité, l’Humanité-Dimanche, Révolution et Économie et politique.

SOURCES : Fonds Daniel Lacroix, Arch. dép. de Seine-Saint-Denis (413 J), inventaire en ligne. ― Arch. PPo. ― Arch. du comité national du PCF. ― Ciné Archives, « Bilan d’un an après le départ du gouvernement des ministres communistes », Expression directe, 13 septembre 1985. ― Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. ― Entretien et correspondance avec D. Lacroix, mars 2013.

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