LOUIS Pierre né VAN THANH Pham, dit Chénier

Par Robert Kosmann

Né le 3 mars 1935 à Quang Yen (Vietnam) ; technicien de méthodes chez Renault à Billancourt, syndicaliste CGT, CFDT puis à nouveau CGT ; militant à la Ligue Communiste, puis de la LCR et du NPA (1968-2012).

Né de père inconnu, soldat du corps expéditionnaire français, sa mère lui donna le nom vietnamien de Pham van Thanh. Le nom de Pierre Louis lui fut donné par l’administration française en Indochine, en 1949, pour obtenir sa naturalisation. Sa mère Thi Nu, était d’origine paysanne pauvre, tenancière d’un restaurant. Pierre Louis fut mis à l’orphelinat catholique à Bac Ninh, à l’âge de six ans, et emmené en France sans l’assentiment de sa mère, en 1947, à l’âge de douze ans. Il fréquenta alors un internat de la Fédération des œuvres pour l’enfance française en Indochine (FOEFI) à Roanne (Loire) puis un centre d’apprentissage à Sainte-Florine (Haute-Loire). Dès cette date, sa mère le reprit à sa charge et le plaça à Menton (Alpes-Maritimes) puis à Cannes (Alpes-Maritimes), dans une pension réservée aux enfants d’officiers et de fonctionnaires d’Outre-mer, où il resta jusqu’en 1955. Il y obtint son Brevet industriel en 1953. Après l’obtention du CEP en 1949, l’orientation professionnelle vers les métaux lui fut imposée. Il obtint un CAP de tourneur, en 1953, et un brevet professionnel d’ajustage, en 1954.

Venu à Paris pour trouver du travail, Pierre Louis fut dessinateur industriel dans de nombreux petits bureaux d’études entre 1955 et 1965, à Paris et Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). Il passa successivement les grades de dessinateur d’études1 et 2, puis de projeteur 1 et 2. Il fut embauché comme intérimaire au centre du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) à Saclay (Essonne) de 1965 à mars 1969, comme projeteur intérimaire en mécanique. Il avait à cette époque rompu avec sa formation catholique mais était plutôt partisan du général de Gaulle sur le plan politique. Le tournant fut celui de la grève de 1968 à Saclay. Pierre Louis s’y investit, fut un des militants du comité central de grève, comme représentant des intérimaires, et rencontra un militant de la IVe Internationale trotskiste, Jacques Pesquet, qui l’entraîna dans un « Comité rouge », embryon de la Ligue communiste (LC) fondée en avril 1969. Le contrat d’intérim de Pierre Louis ne fut pas renouvelé en en mars 1969.

Il fut embauché le 1er juillet 1969 chez Renault à Billancourt comme agent de méthodes au département mécanique (1969-1990) et milita dans cette grande usine jusqu’à son départ en préretraite en 1990. En 1984 il avait suivi les cours du soir de l’université Paris 8 en psychologie et obtint un DEUG, puis une licence de psychologie en 1985. Après son départ de Renault, il travailla comme animateur bénévole pendant deux années au centre de psychothérapie à la clinique de La Chesnaie (Loir-et-Cher), de 1990 à 1992.

Sur le plan syndical Pierre Louis fut d’abord militant à la CGT (1968-1972) mais ses options politiques d’extrême gauche et sa défense de la revendication « d’augmentations uniformes pour tous » le mirent à l’écart des mandats syndicaux. Il fut toutefois secrétaire de la section syndicale UGICT-ETDA et du conseil syndical CGT où siégeait également Henri Benoits*. En 1972, révolté par l’attitude de son syndicat lors de l’assassinat de Pierre Overney* par un gardien de l’usine, et malgré les consignes de son organisation politique, il quitta la CGT et se syndiqua à la CFDT (1972-1984). Il fut élu comme délégué du personnel CFDT pendant deux mandats (1973-1977). Lors du virage du syndicat qui, à partir de 1985, acceptait la fermeture de l’usine contre des reclassements, Pierre Louis fut exclu du conseil syndical et de ses responsabilités de secrétaire de section. Il rejoignit la CGT de 1988 à 1990.

Sur le plan personnel, Pierre Louis épousa en 1956 Marie-Louise Lopez. Ils eurent deux enfants, nés en 1957 et 1960, avant de se séparer en 1964. Le divorce fut prononcé en 1968. Pierre Louis épousa ensuite Patricia Miard, dont il eut deux filles jumelles, puis Sylvie Combet, avec qui il eut deux enfants, une fille et un garçon. Il divorça encore deux fois. Pierre Louis vécut par ailleurs avec plusieurs compagnes sans se marier et au total il était père de sept enfants. Il vivait depuis 2011 à Tours (Indre-et-Loire) avec Nicole Feldman, professeure de lettres en retraite et militante de la LCR puis du NPA.

En 2014, Pierre Louis restait sympathisant du NPA mais n’était plus adhérent depuis 2012. Il était toutefois en position non élu sur une liste « Front de gauche/NPA » aux élections municipales de 2014.

Revenant sur son parcours, il indiquait avoir été d’abord marqué par la grève de 1968 à Saclay qui lui avait permis de devenir militant, par les différentes grèves des années 1970 chez Renault au cours desquelles « il avait passé des nuits dans les ateliers, seul gréviste de tous les techniciens de Billancourt ». Il rappelait les difficultés à se retrouver « seul » devant les dirigeants et militants de la CGT et du PCF. Accusé de fractionnisme à l’intérieur de la CFDT, il avait mal vécu son exclusion du conseil syndical.

Pierre Louis fut vice président de l’association « Orange fleurs d’espoir » qui défendait les victimes de « l’agent orange » pendant la guerre du Vietnam (1977-2011). Il adhéra à l’Union des Vietnamiens en France (1975-1983) mais n’approuvait pas le régime qu’il considérait comme « stalinien ». Il fut également membre de l’association des anciens de la FOEFI qui regroupait les eurasiens en France et participait à une association culturelle « Touraine Vietnam ». Auteur d’un mémoire sur ses années de jeunesse au Vietnam, il cherchait un éditeur pour témoigner des difficultés d’un enfant eurasien pendant la colonisation française.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158688, notice LOUIS Pierre né VAN THANH Pham, dit Chénier par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 23 novembre 2016.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : Pham van Thanh dit Pierre Louis, Enfance d’un petit eurasien, manuscrit non publié, 2014, 119 p.

SOURCES : Arch. Ppo. ― Arch. interfédérales et confédérales CFDT. ― Résumé de « Enfance d’un petit eurasien » dans le journal Grain de riz, publication de l’association des anciens de la FOEFI, n° 48, décembre 2013. ― Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. ― Jacques Pesquet Des soviets à Saclay ? Maspéro, 1968. ― Entretien avec Pierre Louis, février 2014.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément