OVERNEY Pierre, Maxime, Elie

Par Robert Kosmann

Né le 27 avril 1948 à Montcornet (Aisne) ; mort le 25 février 1972 à Boulogne Billancourt (Hauts-de-Seine) ; ouvrier spécialisé chez Citroën puis à Renault Billancourt ; militant maoïste de la Gauche prolétarienne ; assassiné par un vigile de l’usine Renault.

Le père de Pierre Overney, Gustave Overney, était ouvrier agricole et sa mère, Simone née Delabrosse, était sans profession. Ils vécurent modestement en Picardie, dans plusieurs communes des environs de Château-Thierry (Aisne), à Blesmes, Étampes-sur-Marne puis Essômes-sur-Marne (Aisne). La famille comptait cinq enfants. Pierre Overney quitta l’école primaire à quatorze ans, après le certificat d’études primaires. Très tôt, il aida son père aux travaux de la ferme. Il débuta une formation à l’école professionnelle de Château-Thierry durant deux années, mais ne termina pas. Il travailla deux ans comme OS à l’usine Erka de Charly-sur-Marne (Aisne) qui fabriquait des remorques de voitures, puis quelques temps à la biscuiterie Belin de Château-Thierry. En juillet 1966, il s’établit à Paris, au 3 rue Saint-Christophe (XVe arr.). Il se fit embaucher à l’usine Citroën, rue Gutenberg (XVe arr.) où il fut affecté en 2x8 sur machine automatique à aléser les pignons de boîtes de vitesse. En janvier 1968, il partit au service militaire, qu’il effectua comme maître-chien dans une garnison à la frontière franco-belge près de Valenciennes. Il fit un supplément de deux mois pour insubordination. Au cours des évènements de mai 68, pendant une permission, il manifesta en civil avec les grévistes.

Au retour de l’armée, en juin 1969, Pierre Overney retrouva sa place chez Citroën où il prit contact avec les militants de la Gauche prolétarienne. Révolté, anti autoritaire, Pierre Overney participa largement à l’activité de l’organisation à partir de cette date, dans l’usine et au dehors. Il fut licencié de l’usine Citroën en septembre 1969 pour avoir détérioré et bombé à la peinture les voitures des cadres et agents de maîtrise de l’usine. Il se fit alors recruter comme chauffeur livreur à la STA, une agence de publicité. Il en fut licencié un mois plus tard, en octobre 1969, sur dénonciation d’agents de maîtrise Citroën. Il fut, ensuite embauché chez Renault, à Billancourt, le 7 novembre 1969 et affecté au Service central contrôle technique moteur (I.S. 98.62) dans l’Ile Seguin, comme contrôleur essayeur moteur en bout de chaine. C’est dans cet atelier qu’en juin 1970 son chef de service Drouin fut coiffé d’un pot de peinture par des militants de La Cause du peuple extérieurs à l’usine, pour protester contre les brimades et licenciements. Pierre Overney fut actif dans les bagarres de février 1970 pour l’obtention des transports gratuits au métro Billancourt. Il participa largement aux actions de son groupe sur l’usine, s’opposant parfois physiquement aux militants de la CGT. En juin 1970, alors qu’il vendait le journal La Cause du peuple à des ouvriers sympathisants, deux agents de maîtrise lui demandèrent de leur procurer un exemplaire, ce qu’il fit. Il fut alors dénoncé pour vente de journaux politiques dans l’entreprise et licencié pour cette raison de la Régie Renault pour « faute grave », le 23 juin 1970.

À l’extérieur de l’usine, Pierre Overney participa également à l’activité de son organisation. Au printemps 1970, La Cause du Peuple avait été interdit et ses dirigeant incarcérés. Pierre Overney participa à la préparation de la manifestation vers le ministère de la Justice qui demandait la libération des grévistes de la faim emprisonnés. À la même époque, au lendemain de l’attaque de l’épicerie de luxe Fauchon par un groupe de militants de la Gauche prolétarienne le 8 mai 1970, Pierre Overney participa à la redistribution des marchandises dans le bidonville de Nanterre (Hauts-de-Seine). Il fut également présent lors des manifestations violentes après l’incarcération du dirigeant de la Gauche prolétarienne Alain Geismar. Il contribua quelques mois au comité de rédaction de La Cause du peuple, en tant que correspondant ouvrier, avant et après sa fusion avec le mensuel J’accuse en mai 1971.

Au cours de l’été 1970, après son licenciement de l’usine Renault, Pierre Overney entra comme chauffeur livreur à l’agence de publicité TBWA puis comme intérimaire à l’usine Kléber de Bois-Colombes, qu’il quitta en septembre 1971. Il participait alors au « détachement de Gennevilliers » de la Gauche prolétarienne qui organisait des petits sabotages en usine et continua à militer, de l’extérieur, à l’usine de Billancourt. Il prenait part aux réunions qui préparaient les interventions dans l’entreprise, diffusa des tracts du « Comité Palestine Renault » et participa à l’introduction clandestine de Jean-Paul Sartre, accompagné de journalistes, pour témoigner de la condition ouvrière chez Renault le 14 février 1972. N’appartenant plus au personnel de l’usine, il fut exfiltré par ses anciens collègues ouvriers avant que la maitrise de l’usine n’expulse brutalement le philosophe ainsi que les militants et les journalistes qui l’accompagnaient.

Le 25 février 1972, la Gauche prolétarienne appela à une manifestation en commémoration de la manifestation antifasciste du métro Charonne en 1962. Pour mobiliser à cette occasion, elle décida d’investir physiquement l’usine Renault Billancourt. Pierre Overney, travaillait alors comme chauffeur livreur aux Blanchisseries de Grenelle mais participait toujours aux actions du « Comité de lutte Renault ». Il faisait partie des militants qui entrèrent en force par la grille de l’entrée, rue Émile Zola. Un des chefs gardiens, Jean-Antoine Tramoni, abattit Pierre Overney d’une décharge de pistolet.

Ce meurtre eut un immense écho dans l’opinion et le 4 mars 1972, lors de ses obsèques à Paris, une manifestation évaluée à 200.000 personnes suivit son cercueil jusqu’au cimetière du Père Lachaise. Son assassin passa en jugement en janvier 1973. La mère et le frère de Pierre Overney, Michel Overney, également militant de La Cause du peuple, intervinrent lors du procès, de même que plusieurs témoins ouvriers. Le jugement condamna Tramoni à une peine de quatre ans d’emprisonnement que la presse estima comme un « verdict de clémence » alors que la famille et une partie de l’opinion favorable à Pierre Overney considéraient l’affaire comme un « jugement de classe ». La Régie Renault, jugée « civilement responsable », dut verser des indemnités à la famille de Pierre Overney. Tramoni bénéficia ensuite d’une libération conditionnelle en octobre 1974 mais fut exécuté en mars 1977 par un commando des NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie populaire) dont les membres ne furent pas retrouvés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158697, notice OVERNEY Pierre, Maxime, Elie par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 6 mai 2014.

Par Robert Kosmann

SOURCES : Arch. Nat. (Renseignements généraux) « Affaire P. Overney », dossier 72-07503, versements 19990253/41 et 20040051/3 (affaire Overney-Nogrette). ― BDIC, Fonds Gauche prolétarienne, chemise Pierre Overney. ― Arch. de la section PCF Renault Billancourt (Arch. Dép. de Seine-Saint-Denis), dossier Overney. ― Supplément à La Cause du peuple – J’accuse n° 19, 1972. ― N° spécial de La Cause du Peuple, 9 janvier 1972. ― Morgan Sportes, Ils ont tué Pierre Overney, Paris, Grasset, 2008. ― Philippe Artières « Pierre Overney, le militant ouvrier assassiné » in Philippe Artieres et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective, Paris, La Découverte, 2008. ― Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération (tome 2), Paris, Seuil, 1988. ― UCFML, À propos du meurtre de Pierre Overney, Paris, Maspéro, 1972. ― Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. ― Anne Argouse et Hugues Peyret, Mort pour la cause du peuple, DVD documentaire, Antoine Martin production, 2012. ― Entretien et correspondance avec François Overney, son frère, mars 2013.

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