BASTIÉ Jean

Par Jacques Girault

Né le 6 mars 1919 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 9 avril 1918 à Paris (XIVe arr.) ; professeur de géographie, universitaire ; syndicaliste ; secrétaire général du syndicat autonome de l’enseignement supérieur de lettres et sciences humaines en 1972 et de la Fédération des syndicalistes autonomes de l’enseignement supérieur et de la recherche de 1974 à 1988.

Fils unique d’un comptable et d’une modiste, Jean Bastié, élève d’un cours complémentaire de la ville, fut reçu à l’École normale d’instituteurs de la Haute-Garonne et du Tarn en 1935. Il y fut secrétaire de la sous-section des étudiants socialistes SFIO. En 1938, il devint instituteur à l’école annexe de Toulouse avant d’être nommé dans diverses communes rurales. Inscrit à la Faculté des lettres, il obtint un certificat de licence d’histoire. Titulaire de la préparation militaire supérieure, incorporé en octobre 1939, aspirant en mai 1940, après avoir suivi le peloton d’officiers de réserve, il fut maintenu dans l’intendance de l’armée de l’armistice. En novembre 1942, après sa dissolution, il reprit un poste d’instituteur dans une école, puis dans un cours complémentaire à Toulouse. Il se maria en octobre 1942 à Toulouse avec Odette Dancausse. Le couple eut trois filles.

En 1943, il fut reçu premier au concours d’entrée à l’École normale supérieure de l’Enseignement technique, section EF (lettres-langues). Il y organisa, avec Guy Bazieu, diverses formes d’aide aux élèves-professeurs et le refus du Service du travail obligatoire.

Aussi à la Libération, membre du Parti communiste français, Jean Bastié devint-il le secrétaire de la section du Syndicat national de l’enseignement technique de l’ENSET. Il participa aux congrès nationaux du SNET et de la nouvelle Fédération de l’éducation nationale, ainsi qu’en son sein, à la mise en place d’une intersyndicale des ENS. Il signa, en 1948, avec ses successeurs au secrétariat de la section syndicale, Marcel Gillet (1946-1947), Étienne Camy-Peyret (1945-1946), un appel adressé aux « Jeunes camarades de l’ENSET » leur demandant de maintenir l’unité du SNET au sein de la FEN et de celle-ci au sein de la CGT ».

Titulaire du CAPET et de la licence de géographie achevée à la Sorbonne, Bastié fut nommé professeur au collège technique d’Aire-sur-l’Adour (Landes) en octobre 1945, puis à celui de Toulouse en octobre 1946. Il fut détaché l’année suivante comme professeur à l’école technique de l’aéronautique à Toulouse (1947-1954). Titulaire d’un diplôme d’études supérieures, reçu à l’agrégation de géographie en 1952 après plusieurs essais, nommé à l’école Estienne à Paris en 1954, il passa l’année suivante à l’École nationale professionnelle de Saint-Ouen, transférée en 1956 boulevard Raspail à Paris.

Une lettre circula en 1956 dans le SNET, intitulée « Deux collègues expriment leur point de vue sur le référendum syndical et le rapport moral », signée par J. Bastié « considéré comme cégétiste » et par P. Soulier (ETA de Ville d’Avray) « considéré comme autonome ». Ils prônaient l’abstention au vote sur le rapport moral et au référendum car ils jugeaient inacceptables de tels procédés dans un syndicat autonome qui devrait unir tout le monde pour la défense de l’enseignement technique. Ils protestaient contre la pérennisation des tendances dans le syndicat et appelaient à la constitution d’un courant hors-tendance. Ils obtinrent plus de 900 voix et Bastié devint membre suppléant (Hors Tendances) de la commission administrative du SNET de 1956-1958 mais n’y siégea pas.

En 1956, Jean Bastié fut recruté à l’Institut de Géographie de la Faculté des lettres de Paris comme assistant. Il devint secrétaire de rédaction des Annales de Géographie, responsabilité qu’il conserva pendant dix ans. Il commença alors à travailler pour une thèse de doctorat d’État sur le développement de la banlieue parisienne sous la direction de Pierre George.

Bastié, membre du SNESup et du PCF, contesta, avec la cellule Sorbonne-Lettres, la politique du Parti à partir de l’intervention soviétique en Hongrie en 1956. Le désaccord devint public à partir de novembre 1958. La commission centrale de contrôle politique, le 30 janvier 1959, suspendit du Parti ses responsables François Durand-Dastes* et Michel Crouzet pour une durée de six mois ; Bastié et ses autres camarades ne firent l’objet d’aucune sanction. Mais, comme la plupart d’entre eux, peu de temps après, il quitta le PCF.

Jean Bastié, maître-assistant depuis 1962, après avoir soutenu sa thèse de doctorat d’État en 1964, devint professeur de Géographie à la Faculté de Nanterre, l’année suivante. Il fut élu professeur à l’Université de Paris IV en 1972 et y enseigna jusqu’à sa retraite en 1988.

La double appartenance étant alors admise, comme d’autres professeurs, membre du SNES-Sup, Bastié appartenait aussi au syndicat autonome. En 1968, à Nanterre, comme d’autres enseignants, il y mit fin pour n’adhérer qu’au syndicat autonome de l’enseignement supérieur des lettres et sciences humaines. Ainsi il fut un des premiers professeurs à vouloir sortir de l’ambiguïté d’une double appartenance en créant un syndicat autonome ancré à droite et au centre, pouvant agir clairement dans les nouvelles structures de l’université française. Lors du congrès de ce syndicat, en janvier 1972, il en devint le secrétaire général, puis deux ans plus tard, accéda à la responsabilité de secrétaire général de la Fédération des syndicats autonomes de l’enseignement supérieur, qu’il conserva jusqu’en 1988. Celle-ci regroupait dix-sept syndicats de toutes disciplines. Il y travailla aux côtés de présidents successifs (Georges Vedel, Christian Bénézech, Roland Drago).

Jean Bastié en fut l’un des représentants dans plusieurs organismes (Conseil supérieur, CNESER, CNU, CNRS). Après sa retraite, il devint président d’honneur de la Fédération. Il présida, de sa création en 1979, à 1988, l’Union générale des cadres supérieurs de la Fonction publique (UGCS) qui regroupait une vingtaine d’associations et de syndicats de hauts fonctionnaires, des préfets aux professeurs agrégés.

Associé à l’établissement du Schéma directeur de la région parisienne, avec Jacqueline Beaujeu-Garnier, Jean Bastié dirigea la publication de l’atlas de Paris et de la région parisienne. En 1981, il créa l’Institut d’urbanisme et d’aménagement de la Sorbonne et le Centre de recherches et d’études sur Paris et l’Ile de France patronné par la Sorbonne, la ville de Paris et la région. Il publia soixante cahiers trimestriels et l’anima jusqu’en 1995, organisant plus de soixante colloques. De 1995 à 2009, il présida la Société de Géographie, fondée en 1821, dont il était le trésorier en 1965 et le vice-président depuis 1975. Il y dirigea sa revue trimestrielle, La Géographie. Membre fondateur de la FNAC, il fut aussi directeur littéraire des éditions EDSCO (Chambéry) qui publiaient notamment des cahiers destinés aux enseignants du primaire et du secondaire.

La crémation se déroula au cimetière du Père Lachaise.

Jean Bastié, après avoir milité dans les organisations enseignantes de gauche, fut l’artisan du groupement structuré autour du syndicat autonome des enseignants du supérieur qui se situait à droite et au centre du corps enseignant après 1968.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15871, notice BASTIÉ Jean par Jacques Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 23 novembre 2018.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Article nécrologique de Jean-Robert Pitte dans la revue de la Société de Géographie. — Sources orales. — Notes de Julien Veyret.

ŒUVRE : Le fichier de la BNF en 2018 comprenait 43 références dont - {La croissance de la banlieue parisienne}, Presses universitaires de France, 1964, - co-direction (avec Jacqueline Beaujeu-Garnier) de l’{Atlas de Paris et de la région parisienne}, Berger-Levrault, 1967, - {Géographie du Grand Paris}, Masson, 1984, - {L’espace urbain}, Masson, 1980, - {La ville}, Masson, 1991 (en collaboration avec Bernard Dézert), - {Nouvelle histoire de Paris}, Association pour la publication d’une histoire de Paris : {Paris de 1914 à 1940} (en collaboration), {Paris de 1945 à 2000}, - mise à jour de l’ {Histoire de l’urbanisme à Paris} de Pierre Lavedan, 1993.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément