BANK Raymond, Raphaël

Par Jean-Pierre Ravery

Né le 18 août 1895 à Ivry-sur-Seine (Seine puis Val-de-Marne), abattu par la police allemande le 4 mars 1944 à Grenoble (Isère) ; journaliste ; agent des services de renseignement militaires, chef d’état-major départemental de « Combat », résistant.

Né dans une famille d’origine juive, Raymond Bank était fils de Aaron Bank, employé, et de Camille Worms, institutrice. Il était un vétéran de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il avait été blessé à trois reprises, avait été décoré de la Croix de guerre et fait Chevalier de la Légion d’Honneur. A l’issue du conflit, il s’était porté volontaire pour participer à la guerre du Rif. Là, il avait fait la connaissance de journalistes venus couvrir les opérations et s’était lié d’amitié avec certains d’entre eux.

Démobilisé avec le grade de capitaine, il embrassa cette profession alors en plein essor. Selon le récit d’un journaliste du Dauphiné Libéré, Jean Liéber, rapporté par Claude Muller, « le journalisme (...) correspondait sans doute à ses goûts. Car ce n’était pas facile en ces années-là, d’aller à la pêche aux renseignements et d’écrire des articles dans des conditions parfois bien difficiles. Il fallait se remuer, rivaliser d’ingéniosité, de perspicacité, de ténacité avec ses confrères. Il fallait arriver le premier sur un évènement. Il fallait dénicher la petite information que personne ne connaissait, forcer la main au hasard. Et tout cela visiblement lui plaisait. Chaque reportage était une petite aventure ».

Raymond Bank fit ses premières armes de journaliste dans un quotidien de Casablanca, le Petit Marocain, dont il devint le secrétaire général quelques années plus tard. Un concurrent le remarqua et l’embaucha pour prendre la direction de l’Echo Marocain. Désireux de rentrer en métropole, il s’établit à Grenoble où le poste de secrétaire général de la Dépêche dauphinoise lui était proposé. Jean Liéber qui commença sa carrière à cette époque en garda le souvenir d’un « meneur d’hommes infatigable et brillant ». Il s’était marié le 2 décembre 1930 à Paris (IVe arr.) avec Pauline Moussard, avec laquelle il avait eu une fille.

Engagé volontaire en 1939, il fut blessé une nouvelle fois. Après l’armistice, il reprit ses activités journalistiques mais fut bientôt interdit professionnel par Vichy. En mars 1941, il fut recruté par les services de renseignement militaires (« travaux ruraux »). L’année suivante, il prenait la tête du 2ème bureau de l’Armée Secrète, avant d’en devenir le chef d’état-major pour le Dauphiné, fonction qu’il exerça « avec autorité, compétence et dévouement », selon le témoignage de l’un de ses camarades de résistance, le commandant Job. Repéré de longue date par la Gestapo, Raymond Bank refusa de se mettre à l’abri. Il fut finalement abattu dans une rue de Grenoble le 4 mars 1944. Le 7 mars suivant, son ancien journal publiait une brêve annonçant son décès, en prétendant qu’il avait été « victime d’une embolie ».
Il obtint la mention "Mort pour la France" et fut homologué résistant, membre des Forces françaises combattantes, capitaine des Forces françaises de l’Intérieur et interné résistant.
Il fut décoré à titre posthume de la Médaille de la Résistance avec rosette.
La Croix de Guerre 39-45 avec étoile de vermeil lui fut décernée à titre posthume, accompagnée d’une citation à l’ordre de la Nation. Le 26 mars 1945, le conseil municipal de Grenoble attribua son nom à une rue. Son nom figure sur le Mémorial 39-45 des services spéciaux de la défense nationale à Ramatuelle (Var) ainsi que sur celui du maquis de l’Oisans (187 noms) à Livet-et-Gavet (Isère).


Voir : Grenoble, d’octobre 1943 à août 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158729, notice BANK Raymond, Raphaël par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 7 mai 2014, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Jean-Pierre Ravery

SOURCES : SHD Vincennes, GR 16 P 30400 (à consulter) ; GR 19 P 38/2 — AVCC Caen, AC 21 P 701906 (à consulter) — Livre d’Or du Mémorial de Ramatuelle 1939-1945 édité par l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (AASSDN), Paris, 2005. — www.aassdn.orgwww.memorial-genweb.org . — Dauphiné 1939-1945. Les sentiers de la Liberté de Claude Muller, édit. De Borée, 2003. — Mémoire des hommes — État civil en ligne FRAD094_1MI_000262_0100.

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