BASTIEN Simone, Monique [épouse LE CRUX]

Par Alain Prigent

Née le 8 février 1921 à Reims (Marne), morte le 16 novembre 2006 à Quetigny (Côte-d’Or) ; ouvrière ; responsable des jeunesses communistes dans le Finistère puis dans les Côtes-du-Nord ; arrêtée à Guingamp le 5 août 1943 puis déportée à Ravensbrück ; responsable nationale de l’ANACR.

Le père se Simone, Louis Bastien, apprêteur à Reims, revint gazé à l’ypérite de la première guerre mondiale. Malade de la tuberculose, il fit de très nombreux séjours en sanatorium. Sa mère Lucie née Larue, couturière, fut ouvrière chez Panhard pendant le conflit, tournant des obus. Les parents de Simone Bastien n’étaient pas politisés. En 1935, à la mort de son père, Simone, l’aîné de sept enfants, travailla dans une biscuiterie comprenant une vingtaine de salariés. Adhérant aux Jeunesses communistes à Reims en 1936, elle participa à la campagne des élections législatives. Très active pour venir en aide aux républicains espagnols, elle donna son adhésion au Parti communiste en 1938, militant à la cellule du troisième canton de Reims dont elle fut la trésorière.

À l’automne 1939, avec sa mère et ses frères et sœurs, elle rejoignit la région parisienne chez un oncle à Thiais dans la Seine. Elle travailla dans une manufacture d’armes de Courbevoie jusqu’en juin 1940 au moment de la débâcle. Devant l’avance des nazis, les ouvriers qui voulaient détruire l’outil de travail se heurtèrent à la direction de l’entreprise. En septembre 1940, elle regagna Reims tentant de renouer les fils avec les organisations communistes, en particulier avec Armande Gandon. Le 22 janvier 1941, son groupe de jeunesses communistes, à peine reconstitué, fut démantelé. Elle fut condamnée à huit mois de prison, avec cinq autres camarades, pour infraction au décret du 26 septembre 1939 sur la dissolution du PCF. Elle fut emprisonnée à La Petite Roquette, puis à Fresnes avant d’être transférée à la centrale de Rennes. Libérée le 23 septembre 1941, elle regagna Reims mais n’y resta pas craignant une mesure d’internement administratif. Jo, responsable interrégionale des jeunes, lui demanda de « se planter » dans le vignoble champenois, pour faire les vendanges. Début 1942, après avoir repris contact avec lui à Épernay, elle fut mise en contact avec Mariette, Madeleine Vincent, membre de la direction clandestine des jeunesses communistes à Paris, qui lui demanda de s’occuper de l’organisation des jeunesses communistes en Bretagne. Elle rejoignit le Finistère, en avril 1942, où elle remplaça Jean Kérautret, appelé à d’autres tâches en particulier à l’OS (organisation spéciale).

Elle sillonna le département du Finistère afin d’organiser des petits groupes de jeunesses communistes à Quimper, Concarneau, Morlaix et principalement à Brest. Elle participa à des manifestations illégales comme celle du 14 juillet 1942 à Brest. À l’automne 1942, Jacqueline, interrégionale pour la jeunesse, Lucienne Michaut, lui demanda de rejoindre les Côtes-du-Nord où elle fut en contact avec les principaux responsables politiques communistes du département : Antoine* ; André, Léon Renard* ; Maurice, Louis Pichouron* ; Yves, Marcel Brégeon*, Kervarec, Louis Picard*, et Edmond, André Cavelan*. Après la traîtrise de Renard, responsable du PC clandestin, elle fut arrêtée avec Marie Miry* le 5 août 1943 à Guingamp, place du Champ au Roy, par la SPAC (section la police anticommuniste) dans le cadre d’une très vaste opération de démantèlement de l’organisation clandestine du PCF dans les Côtes-du-Nord. Elle fut blessée par balle par un des inspecteurs lors de son arrestation. 50 militants dont 17 femmes furent ainsi arrêtés puis déportés. Simone Bastien fut transférée à la maison d’arrêt de Rennes où elle fut emprisonnée de longs mois. Transférée à Romainville, elle fit partie d’un convoi de 50 femmes qui quitta le pays le 6 juin 1944. Elle fut déportée à Ravensbrück, matricule 43048. Elle fit partie du kommando de Leitmeritz, dépendant du camp de concentration de Flossenburg. Elle fut libérée le 10 mai 1945 dans les Sudètes en Tchécoslovaquie où le groupe de déportées avait été évacué devant l’avance des troupes alliées.

Simone Bastien se maria à Reims le 27 février 1946 avec Guy Lecrux, ancien déporté à Auschwitz. Installée en Côte-d’Or à Dijon, à la mort de son mari, elle eut des responsabilités nationales à l’ANACR. Jusqu’à son décès elle est restée fidèle au PCF.

Sa soeur Marcelle* participa à la Résistance fut déportée et eut une fille de Lucien Dupont*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15875, notice BASTIEN Simone, Monique [épouse LE CRUX] par Alain Prigent, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 octobre 2010.

Par Alain Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 1043W32. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 213W68, dossier de la Cour de Justice de Rennes, Procès Léon Renard, juin 1946. — Christian Bougeard, Le choc de la deuxième guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’État, Rennes II, 1986. — Marie Pierre et Pierre Klein, Les déportés des Côtes-du-Nord, livre mémorial, 2007. — Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan Breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969. — Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. — Alain Prigent, La SPAC contre le PCF clandestin, Les Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N° 6/7, 1998. — Eugène Kerbaul, 1640 militants du Finistère, 1988, Bagnolet. — Entretien à Dijon le 17 août 1994. — Témoignage in Alain Prigent, Les femmes dans la Résistance dans les Côtes-du-Nord, Les Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N° 3/4, 1996, p. 19 à 22. — État civil précisé par la mairie de Reims. — Eugène Kerbaul, 1640 militants du Finistère, 1988, Bagnolet. — État civil de Reims.

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