SEBAN Paul

Par Alexis Guilleux

Né le 21 octobre 1929 à Sidi-Bel-Abbès (Algérie), mort le 1er juillet 2020 ; diplômé de l’IDHEC, assistant réalisateur, puis réalisateur de télévision ; artiste engagé, membre du Parti communiste français ; l’un des secrétaires généraux, entre 1972 et 1979, du Syndicat Français des Réalisateurs de Télévision (SFRT-CGT).

C’est au cinéma que débuta la carrière de Paul Seban, il devint l’assistant de réalisateurs tels que Marcel Carné (Les tricheurs-1958), Claude Chabrol (Les godelureaux-1961) ou Orson Welles (Le procès -1962). À la télévision, il commença aux côtés de Marcel Bluwal avant de se lancer lui-même dans la réalisation. Au cours des années 1960, il réalisa de nombreux reportages. Il fit vingt et un sujets de Cinq colonnes à la Une entre 1960 et 1968 et huit reportages pour Le monde en quarante minutes entre 1964 et 1966. Ces reportages lui permettent de voyager à travers le monde (Royaume-Uni, Maroc, Australie, Suède, Roumanie, Nouvelle-Zélande). Ceux-ci traduisent un véritable intérêt de Seban pour la jeunesse. Dans « Square des Batignolles », il s’intéresse à une bande blousons noirs parisiens. Ses reportages dans Le monde en quarante minutes lui permettent de mettre en lumière la jeunesse étrangère (« Ballade yougoslave », « Mais à qui pense l’Irlande ? »). Cet intérêt pour la jeunesse déboucha en 1968 sur le reportage intitulé « À la recherche du temps futur » réalisé pour l’émission Caméra 3. Ce reportage se construit en cinq épisodes diffusés entre janvier et mai 1968 (« L’âge de vivre », « L’âge de la réflexion », « L’âge du choix », « L’âge de l’action », « L’âge de l’engagement »). Ce tableau sur la jeunesse française marque la capacité de Seban à saisir la réalité sociale de la jeunesse à l’aube de mai 1968. Sa participation à la télévision des années 1960 se traduit également par la réalisation d’émissions de magazine comme Lecture pour tous entre 1961 et 1964, Portrait Souvenir en 1963 et 1964 ou Trésors Français du cinéma muet en 1963. Entre 1965 et 1967, il réalise quelques épisodes de l’émission pionnière de Marguerite Duras Dim Dam Dom.

À partir de la fin des années 1960 et pendant les années 1970, Paul Seban se consacra à la réalisation de documentaires et de fictions. Seban y révéla son grand intérêt pour l’art sous toutes ses formes. Il créa des documentaires sur Delacroix, Baudelaire et Monteverdi. Ses réalisations lui permirent également de développer une véritable réflexion sur la création artistique (Le solennel Monsieur de Champaigne, 1975). Dans La peinture et réalité qu’il réalisa en 1973, Seban n’hésita pas à laisser un tableau de Vermeer à l’écran pendant sept minutes complètes, sans musique, ni commentaire. Il justifia ce procédé par sa volonté de rendre actif le téléspectateur. Pour Seban, « les émissions didactiques tuent la sensibilité du téléspectateur ». Dans ses fictions, le réalisateur accorda une place primordiale aux personnages féminins (Pour Elisa, Une péniche nommée réalité). La place des femmes dans la société fut une des raisons de sa participation à l’émission d’Éliane Victor Les femmes aussi pour laquelle il réalisa sept docu-fictions entre 1965 et 1973.

La réalisation permit à Paul Seban de traduire à l’écran son engagement dans la vie publique. Adhérent du Parti communiste français, il participa en 1958 à la constitution du Comité de Soutien Républicain du cinéma et du spectacle qui s’opposa à la naissance de comités de salut public en Algérie. Se déclarant publiquement athée et marxiste, Paul Seban fut membre du bureau du SNRT-section réalisateurs TV. En 1967, il participa à la création du Syndicat Français des Réalisateurs de Télévision (SFRT-CGT), dont il devint véritablement adhérent en décembre 1969. En 1972, Paul Seban fut nommé secrétaire général du SFRT, poste qu’il occupa jusqu’en 1979. Son mandat commença par une importante grève des réalisateurs de télévision entre octobre et novembre 1972. Ceux-ci s’opposèrent à une réforme qui limiterait drastiquement le budget de l’ORTF et obligeraient les réalisateurs à se spécialiser. Au cours de ses mandats, Paul Seban participa à de nombreuses négociations avec les dirigeants de l’ORTF, qui finirent par aboutir en 1977 à la création d’une convention collective et d’une grille commune de rémunération pour les réalisateurs de télévision. L’engagement de Paul Seban se traduisit également par des films qu’il réalisa à la demande de la CGT (La CGT en mai 68-1968 ; Pourquoi la grève ?, 1970). Ces deux films sont des chroniques de grèves et ont pour but de mettre en avant et d’analyser le rôle du syndicat au cours des mouvements sociaux.

L’œuvre de Seban met en avant le caractère original du réalisateur. Il est considéré par ses pairs comme un artiste indépendant, ayant de forts idéaux ainsi qu’une profonde conception du rôle de réalisateur de télévision. Pour lui, le réalisateur est avant tout un créateur, et jusqu’à la fin des années 1960, la télévision donne la possibilité aux réalisateurs de créer des programmes. Assumant ses opinions marxistes, Paul Seban ne s’oppose pas au monopole de l’ORTF mais à l’influence que peuvent avoir les groupes capitalistes sur la télévision. Pour Seban, la réforme audiovisuelle de 1974 ne constitue qu’une préparation pour une future privatisation de la télévision. Avec ces évolutions, le réalisateur n’est plus un créateur mais « un passeur d’images », Seban dénonce la mort de la télévision créative vers une télévision d’animation.

Ses prises de position conduisent Paul Seban à être régulièrement sanctionné par les dirigeants de l’ORTF. Suite à la grève de l’intersyndicale en mai 1968, il n’eut plus de contrat de travail pendant quelques mois. En 1971, Pierre Sabbagh supprima une émission de Seban, La Syracuse, de la grille des programmes. La même année, Seban fut signataire d’un manifeste des réalisateurs intitulé « Où va la télévision ? ». L’évolution du petit écran, qui passerait d’un horizon créateur à un horizon de profit fut soulignée et critiquée. En 1972, Paul Seban termina sa fiction Les Amants d’Avignon, mais les dirigeants de l’ORTF refusent sa diffusion. Elle ne passa à la télévision qu’en 1975. Entre 1977 et 1978, Seban connut une nouvelle période de plus de 12 mois de chômage. Face aux fortes contraintes que lui imposait France Télévisions dans la seconde moitié des années 1980, Paul Seban quitta la France pour la Suisse où il vit encore en 2015. Là-bas, il réalisa quelques reportages pour la Télévision Suisse Romande (Nous les exclus du travail, 1986 ; Étranges étrangers, 1992), mais les contributions du réalisateur se font de plus en plus rares.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158812, notice SEBAN Paul par Alexis Guilleux , version mise en ligne le 11 mai 2014, dernière modification le 31 juillet 2020.

Par Alexis Guilleux

Œuvre
• Au cinéma
Directeur de la photographie sur Le siècle a soif, 1958,(Raymond Vogel). — Assistant-réalisateur sur Les tricheurs, 1958 (Marcel Carné). — Assistant-réalisateur sur Les godelureaux, 1961 (Claude Chabrol). — Co-Réalisateur avec Pierre Neurisse, Un cœur, 1961. — Assistant-réalisateur sur Le procès, 1962 (Orson Welles). — Co-réalisateur avec Marguerite Duras, La Musica, 1967
• Reportages
« Square des Batignolles », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1960. — « Jean-Pierre, Jean-Paul, Jean-Claude », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1961. — « Fable : la ligne jaune et les gendarmes », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1961. — « Miracles à Milan », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1961. — « Que sont-ils devenus après 7 ans de silence ? », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1961. — « Saint-Tropez », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1962. — « L’Angleterre n’est plus une île », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1962. — « Le business et la mode », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1962. — « 15e anniversaire : Israël aux frontières », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1963. — « Maroc 63 : oui au roi », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1963. — « Le pape Jean », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1963. — « Un bateau pour l’Argentine », Cinq Colonnes à la Une, RTF1, 1964. — « Australie : la traversée d’un continent », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1964. — « Roumanie : à l’Est du Nouveau », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1964 ; — « Au commencement était la verve », Pour le plaisir, ORTF1, 1964 ; — « Cocteau et le cinéma », Présentation, ORTF1, 1964. — « La Suède », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1964. Ե=--- « Ballade yougoslave », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1964. — « Les vacances des autres », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1964. — « À quoi rêvent les jeunes filles ? », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1964. — « La tournée d’Enrico Macias », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1965. — « Soldats sans uniforme », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1965. — « Capitaines au long cours », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1965. — « Mais à qui pense l’Irlande ? Première partie », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1965. — « Mais à qui pense l’Irlande ? Deuxième partie », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1966. — « François et les architectes », Le monde en quarante minutes, ORTF1, 1966. — « Ski : les garçons de l’équipe de France », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1967. — « La trentième maison de Georges Simenon », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1967. — « Le prix d’une chanson », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1967. — « En semi-liberté », Il était une fois, ORTF1, 1967. — « L’âge de vivre », A la recherche du temps futur, ORTF2, 1968. — « L’âge de la réflexion », A la recherche du temps futur, ORTF2, 1968. — « L’âge du choix », A la recherche du temps futur, ORTF2, 1968. — « L’âge de l’action », A la recherche du temps futur, ORTF2, 1968. — « L’âge de l’engagement », A la recherche du temps futur, ORTF2, 1968. — « Mexico », De nos envoyés spéciaux, ORTF2, 1968. — « Nouvelle-Zélande », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1968. — « Les demoiselles de Grenoble », Cinq Colonnes à la Une, ORTF1, 1968. — « La voix roumaine », Régie 4, ORTF1, 1969. — « Un Nigérian s’explique », Panorama, ORTF1, 1970. —« A la recherche des temps passés : la Turquie », Quatrième Lundi, ORTF1, 1971. — « L’Huma en question », De Bonne source, Antenne 2, 1987. — « Le système de crédit en France » Ligne Directe, Antenne 2, 1987. — Six sujets de Regards de Femmes, « Hier, Les Femmes aussi », France 3 Midi Pyrénées, 1989.
• Documentaires
Face et revers, ORTF2, 1967, La mort de Napoléon, ORTF2, 1969. — Les espaces verts, ORTF2, 1970. — Un certain regard : l’aventure humaine, ORTF2, 1970. — Les Instituteurs, ORTF2, 1970. — Maurice Ohana le silenciaire, ORTF2, 1971. — La peinture et réalité ou la Hollandie au XVIIe siècle, ORTF2, 1973. — Le vendeur, ORTF2, 1973. — Le musée, ORTF2, 1973. — Le solennel monsieur Philippe de Champaigne, ORTF2, 1973. — Delacroix par Baudelaire, Antenne 2, 1981. — Paroles de Femmes, Antenne 2, 1982. — Fatti vivo Claudio, Antenne 2, 1983. — La fiesta brava, Antenne 2, 1983. — Un cri, Antenne 2, 1985. — Le refus, Antenne 2, 1985. — Notes non écrites sur les musiques d’Algérie, Antenne 2, 1987
• Dramatiques & Fictions
Le fils du patron, ORTF1, 1964. — Le Manteau, ORTF1, 1966. — Le Mammouth, FR3, 1975. — Les Amants d’Avignon, Antenne 2, 1975. — Un jeune homme rebelle, FR3, 1976. — La Limousine, FR3, 1976. — Le dit de Guillaume de Machaut, Antenne 2, 1979. — Le destin personnel, Antenne 2, 1979. — Charlie pourquoi pas, Antenne 2, 1982. — Délit de Fuite, FR3, 1982. — Pour Élisa, Antenne 2, 1984. — Une péniche nommée réalité, TF1, 1985.
• Émissions & Magazines
Quatre émissions de Discorama, RTF1, (1960-1962). — Onze émissions de Lecture pour tous, RTF1, (1961-1964). — La soirée du disque, RTF1, 1962. — Trois émissions de Trésor Français du cinéma muet, RTF1, 1963. — Sept émissions de Portrait souvenir, RTF1, (1963-1964). — Le Grand prix du disque, RTF1, 1964. — « Vivre avec Picasso », Dim Dam Dom, ORTF2, 1965. — « Le parfait milliardaire », Dim Dam Dom, ORTF2, 1965. — « Lolo Pigalle – Marguerite Duras », Dim Dam Dom, ORTF2, 1965. — « L’arroseur arrosé », Dim Dam Dom, ORTF2, 1965. — « Monique et le temps de vivre », Les femmes aussi, ORTF2, 1965. — « Ruth ou le cap de l’été », Les femmes aussi, ORTF2, 1965. — L’évènement, ORTF1, 1966. — « Marguerite Duras chez les Lions », Dim Dam Dom, ORTF2, 1967. — « Mélina Mercouri - Marguerite Duras », Dim Dam Dom, ORTF2, 1967. — « Juliette ou la crainte de l’inconnu », Les femmes aussi, ORTF2, 1967. — « Madeleine et ses enfants », Les femmes aussi, ORTF2, 1968. — « D’Audincourt à Novillars entre l’usine et la maison », Les femmes aussi, ORTF2, 1969. — Deux émissions de Futurs, ORTF1, (1970-1971). — « Cinq enfants et leur père », Les femmes aussi, ORTF2, 1971. — « Colette et Jean demain … peut-être », Les femmes aussi, ORTF2, 1973. — Cinéma Cinémas, Antenne 2, 1990.
• Films non diffusés à la télévision française
Ce jour-là, 26 novembre 1967, 1967. — La CGT en mai 68 (production CGT), 1968. — Le testament d’Hô-Chi-Minh, (production Viêtnam du Nord), 1970. — Pourquoi la grève ? (production CGT), 1970. — Étranges étrangers, Réseau TSR, 1992. — Traces de mai, 1998.
NB : L’ensemble de l’œuvre de Paul Seban est consultable à l’Inathèque (Bibliothèque François Mitterrand), exceptée la rubrique « Films non diffusés à la télévision française ».

SOURCES :
(Consultables à l’Inathèque – Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand)
• Ouvrages
Bruneau Sonia, « Création du Comité de défense républicain du cinéma et du spectacle, Bulletin n° 1, 1958 », 4 pages citées in, Les cinéastes insurgés en mai 68 : Des hommes et des films pris dans l’évènement, Thèse de doctorat, 2008, 612 pages.
Filiu Jean-Pierre, Mai 68 à l’ORTF : une radio-télévision en résistance, Éditions du Nouveau Monde, Paris, 2008, 350 pages.
• Périodiques
« Sabbagh supprime une émission de Seban », Télé liberté information, octobre-novembre 1971,p. 4-5. — Eimer Michel, Entretien avec Paul Seban, « L’entreprise ORTF », Projet, mars 1973, p289-292. — « L’ORTF refuse de diffuser Les Amants d’Avignon », Télé liberté information, mars 1974, p. 4. — Entretien avec Paul Seban « L’indice d’écoute va contre la création », Télé ciné, octobre 1974, p. 7-8. — Dossier « La création télévisée », Le film français, Avril 1978 p. 11-14. — Entretien avec Paul Seban, Cahiers de la production télévisée, juin 1978, p. 37 et 46. — Bosséno Christian, « 200 Téléastes français », Cinémaction, Corlet-Télérama, 1989, p ; 213-216
Coutant Isabelle, « Les réalisateurs communistes à la télévision », in Sociétés et Représentations, février 2001 ;
• Fonds Jean-Pierre Marchand
-  Dossier 13 : Élection constitutive du SFRT 1967
-  Dossier 91 : Élection du bureau syndical SRFT 1972, préavis de grève
-  Dossier 93 : Élection du bureau syndical 1973
-  Dossier 137 : Classeur des adhérents cotisants au SFRT pour l’année 1977
-  Dossier 138 : Documents de travail pour la convention collective et la grille commune de rémunération (janvier-mars 1977), élections du bureau syndical 1980.

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