SAUVEBOIS Aimé [pseudonyme dans la Résistance : "Jimmy"]

Par André Balent, Alain Prigent

Né le 19 septembre 1921 à La Flavarderie, commune de Tornac (Gard), fusillé par condamnation le 31 mai 1944 au champ de tir de la Madeleine à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) ; cultivateur ; résistant en Lozère (AS/GF).

Aimé Sauvebois était le fils de Casimir Sauvebois, cultivateur domicilié à Tornac âgé de quarante-neuf ans, et de Juliette Faïsse, âgée de quarante ans. Célibataire, il vivait chez sa mère, veuve.

Avant novembre 1942, Aimé Sauvebois s’était engagé dans la Marine et avait donc, de ce fait, appartenu à l’armée d’armistice. Aimé Sauvebois, alias "Jimmy", réfractaire au Service du travail obligatoire (STO), intégra d’abord avec Francis Gaussen le "groupe Toussaint" (AS, Armée secrète), maquis école implanté en 1943 dans une ferme désaffectée mise à la disposition par Georges Lafont, maire de Saint-Étienne-Vallée-Française, la Picharlarié [prononciation occitane, écrit aussi, parfois, de façon francisée "Picharlerie"]), commune de Moissac-Vallée-Française (Lozère). Ce maquis avait été fondé par André Toussaint qui lui donna son nom. Ce maquis de l’AS fut bientôt pris en main par un résistant gardois, Miguel Arcas alias "Victor" (1912-1996), ancien officier de cavalerie de l’armée espagnole, combattant républicain pendant la guerre civile (1936-1939), résistant à Toulouse puis à Marseille, avant de rejoindre le Gard et les maquis cévenols. Arcas qui avait précédemment transité par le groupe Montaigne (AS) et la "brigade Montaigne MOI" (cf. infra) fut très proche d’Aimé Sauvebois. Selon Bouladou (op. cit.), avec de vieux mausers, Sauvebois et Arcas se seraient occupés de l’instruction militaire des volontaires, souvent des jeunes réfractaires du STO ; ils fabriquaient aussi des bombes avec des boîtes de conserve vides et bâtons de dynamite.

Le maquis Bir Hakeim (lui aussi AS), commandé par Jean Capel* alias "commandant Barot", arriva à la Picharlarié (ou Picharlerie) en mars 1944 après une longue itinérance. Capel avait pour consigne de regrouper tous les maquis AS de la Lozère et de Gard. Les deux maquis ("Bir Hakeim" et "Toussaint") cohabitèrent sans se confondre. L’organisation et l’état d’esprit qui régnait dans les rangs de "Bir Hakeim" impressionna les maquisards du groupe Toussaint. Aussi, ses membres finirent-ils, dans leur immense majorité par intégrer Bir Hakeim.

Mais "Victor", l’Allemand Otto Kühne et "Barot" divergeaient sur la stratégie à adopter par les maquis. "Montaigne" partageait les conceptions stratégiques de "Barot".

En effet, un troisième maquis vint bientôt s’installer à proximité de la Picharlarié, la "brigade Montaigne-MOI" (sigle que son chef, François Rouan, exclu du PC en 1934 pour trotskisme, préférait interpréter "Mouvement ouvrier internationaliste" plutôt que "Main d’œuvre immigrée") issu de la fusion de deux groupes. Le premier, formé au début de 1943, dirigé principalement par Louis Veylet et Otto Kühne, (1893-1955, militant du KPD, ancien député au Reichstag et ancien des Brigades internationales) composé d’antifascistes allemands et autrichiens membres d’un GTE (Groupement de travailleurs étrangers), travailleurs de la métallurgie à Saint-Chély-d’Apcher (Lozère) menacés d’arrestation par la Sipo-SD. Le second, le "groupe Montaigne" (AS), avait été constitué pendant l’été 1943 par quelques Français dont son chef (issu de Combat) le trotskyste François Rouan et des étrangers souvent issus des GTE ayant pris le maquis : Allemands, Autrichiens, Luxembourgeois, Belges, Polonais, Tchèques, Espagnols).Ce maquis était regroupé dans la vallée cévenole de Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). Le groupe de Veylet et de Kühne et le groupe "Montaigne" fusionnèrent à la fin de 1943. Au début de 1944, il était installé au Galabertès (commune de Saint-Germain-de-Calberte, Lozère) à proximité de la Picharlarié (ou Picharlerie). Malgré leurs divergences tactiques et stratégiques les trois formations (le groupe "Toussaint" de Miguel Arcas, le maquis Bir Hakeim et le groupe Montaigne) collaborèrent étroitement. Finalement Montaigne fut absorbé par Bir Hakeim ; les Allemands, armés par Bir Hakeim, conservèrent leur autonomie, tout en lui étant liés. Tous, y compris donc Aimé Sauvebois, furent impliqués dans les combats autour de la Picharlarié entre le 7 et le 12 avril 1944. Georges Lafont, le maire, informé par des gendarmes, alerta les maquisards de l’arrivée imminente de soldats allemands. Les chefs de Bir Hakeim (Jean Capel) décidèrent de les surprendre dans une embuscade. À 20 heures, des renforts allemands partirent de Mende. Le 8 avril au matin, les Allemands furent accrochés par l’ensemble des maquisards. Ils furent renforcés par des GMR dépêchés depuis Montpellier par l’intendant régional de police, Pierre Marty et qui, sur place, se livrèrent au pillage avec les Allemands. Ces derniers appartenaient en majorité à la division de Panzers SS Hohenstaufen.

Pendant ce combat, Aimé Sauvebois, blessé, fut fait prisonnier à la suite de combats le 8 avril 1944 à Saint-Étienne-Vallée-Française, au lieu-dit Pont de Peyrasse. Après un interrogatoire dans les locaux de la boucherie Imbert, il fut emmené, vers quatorze heures, avec Francis Gaussen un de ses camarades du maquis, à Montpellier puis incarcéré à la prison des Baumettes (Bouches-du-Rhône) où il fut torturé avec Gaussen. Les combats reprirent le 12 avril ; Louis Veylet, blessé, fut achevé le 13 avril par les Allemands.

Condamné à mort le 30 mai 1944, ainsi que Gaussen par le tribunal militaire allemand OFK 894 de Nîmes (Gard) siégeant ce jour-là à la citadelle de Montpellier, il a été fusillé sur la butte du champ de tir de la Madeleine à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) le même jour, avec Francis Gaussen, membre du même maquis, et cinq autres résistants (Raymond Migliario, Georges Pierru, Jean Pitangue, Louis Rachinel et René Sénégas). Ils furent les seuls, parmi les seize fusillés de la Madeleine à l’avoir été par les Allemands, les autres l’ayant été par les GMR.

Son acte de décès fut inscrit à l’état civil de Montpellier (Hérault) bien que son exécution ait eu lieu sur le territoire de la commune limitrophe de Villeneuve-lès-Maguelone. Cet acte, dressé seulement e 20 septembre 1944, indique que le décès de Sauvebois était survenu "vers le 30 mai" 1944. Inhumé anonymement à Montpellier, il fut exhumé et identifié le 19 septembre 1944. Il fut alors ré-inhumé à Maisan par Quissac (Gard).

Aimé Sauvebois fut reconnu « Mort pour la France » en octobre 1945. Le grade de sous-lieutenant FFI fut homologué.

Son nom fut inscrit sur monument aux morts de Tornac, son village natal. À Tornac, il fut également inscrit sur la stèle commémorant le combat des résistants gardois contre les Allemands à la Madeleine (Gard) le 24 août 1944. Sur cette stèle a été apposée une plaque en "Hommage aux résistants de Tornac morts pour la France" (neuf noms). À Moissac-Vallée-Française (Lozère), plusieurs décennies après la Libération), a été érigé un monument où figure aussi le nom d’Aimé Sauvebois. Il porte l’inscription suivante : "Ici dans les Cévennes des Camisards terre de refuge ont lutté côte à côte des Français et des Allemands contre les troupes d’occupation nazies et leurs collaborateurs vichystes 1943-1944. Vous n’avez réclamé ni la gloire ni les larmes. Nous vous devons le souvenir". Parmi les cinquante-trois noms inscrits sur ce monument on peut lire ceux des maquisards français ou allemands tués lors des combats autour de la Picharlerie (comme Louis Veylet), des combats de la Parade et de la tuerie de Badaroux (Lozère) les 28 et 29 mai 1944, ainsi que ceux de combattants qui ont survécu parmi lesquels : Otto Kühne, François Rouan, Miguel Arcas. Le nom de Francis Gaussen, le compagnon d’infortune d’Aimé Sauvebois, n’y figure pas. Le nom d’Aimé Sauvebois est aussi gravé sur les deux stèles érigées à la mémoire des seize fusillés de la Madeleine à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), sur la butte de tir (avec une date, le 31 mai 1944, qui ne correspond pas à celle de l’acte de décès, 30 mai), lieu même des exécutions et 300 m en contrebas, le long de la route de Montpellier à Sète. Il fut également gravé sur la plaque du grand monument commémoratif des morts du maquis Bir Hakeim érigé à Mourèze (Hérault).
Voir : Lieu d’exécution de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158850, notice SAUVEBOIS Aimé [pseudonyme dans la Résistance : "Jimmy"] par André Balent, Alain Prigent, version mise en ligne le 4 janvier 2016, dernière modification le 17 mai 2020.

Par André Balent, Alain Prigent

SOURCES : DAVCC, Caen, 21P536094. — AC, état civil, acte de naissance d’Aimé Sauvebois (Tornac) ; acte de décès, Montpellier. — Jean-Pierre Besse, Thomas Pouty, Les fusillés (1940-1944), op. cit.. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [p. 295]. — Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, Les Presses du Languedoc ; Max Chaleil éditeur, 1987, 350 p. [pp. 156, 161, 167, 179-182, 204]. — Henri Cordesse, Histoire de la Résistance en Lozère 1940-1944, Montpellier, Les Presses du Languedoc, Max Chaleil éditeur, 3e édition, 1999, 285 p. [pp. 125-134]. — HR. Kedward, À la recherche du maquis, Paris, Éditions du Cerf, 1999, 473 p. [p. 156, p. 342-344]. — Aimé Vielzeuf, René Maruéjol, Le maquis Bir Hakeim, 2e édition, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [pp. 92, 108, 109]. — Le Maquis école de La Picharlerie (1943-1944), Mende, ONAC VG Lozère, 2e édition révisée, 2010, 32 p. — Site MemorialGenWeb, consulté (André Balent) le 22 décembre 2015.

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