PENQUER Jean

Par François Prigent

Né le 28 novembre 1895 à Pont-Aven (Finistère), mort le 14 octobre 1979 à Lorient (Morbihan) ; mutilé de guerre ; dirigeant national de l’UFAC ; maire SFIO (1946-1947) puis adjoint spécial (1947-1951, 1953-1959, 1965-1966) puis conseiller municipal (1966-1971) de Keryado et Lorient (Morbihan) ; candidat SFIO aux cantonales partielles de Lorient 2 en août 1946.

Originaire du Finistère, ce mutilé de la guerre 1914-1918, était un dirigeant local dans le milieu des anciens combattants durant l’entre-deux-guerres.

Militant « SFIO très discipliné » selon une note des RG de 1942, proche du député de Lorient pacifiste Louis L’Hévéder* durant les années 1930, Jean Penquer était investi dans les réseaux Libération-Nord du Morbihan durant la Seconde Guerre Mondiale.

Trésorier national de l’UFAC jusqu’à la fin des années 1960, il jouissait d’un prestige majeur dans les réseaux Anciens Combattants de la région lorientaise. La SFIO était d’ailleurs très présente dans ces milieux, en témoignent les engagements de Quérard* et Le Dantec* à Lorient ou Henri Gauthier* à Vannes.

A la Libération, il était adjoint socialiste dans l’équipe de Jean Le Maux*, déjà maire de Keryado en 1935. Devenu maire au décès de ce dernier au printemps 1946, il donna le nom de Jean Le Maux à une des 4 fameuses baraques lorientaises. Dans la même perspective, l’action forte de Jean Penquer sur ces questions de reconstruction de Lorient (logement, aides aux sinistrés) se faisait en lien avec d’autres responsables SFIO, notamment Jean-François Robin* (adjoint du maire de Lorient entre 1946 et 1951, Julien Le Pan*) ou Maurice Le Mercier*, maire de Larmor-Plage jusqu’en 1948.

Lors des cantonales de Lorient 2 à l’été 1946, Jean Penquer avait devancé en interne Louis Cren* pour la désignation du candidat socialiste. Au décès du maire de Lorient (1925-1929 et 1935-1946), Emmanuel Svob*, la SFIO ne parvint pas à conserver son siège, devancée par les communistes (41.4 % et 4 662 voix). En effet, l’apport des voix radicales ne fut pas utilisé par Jean Penquer (34.2 % et 3 855 voix). Après des débats tendus au sein de la section SFIO, il se désista en faveur d’Armand Guillemot* père, qui devint le premier conseiller général communiste du Morbihan entre 1946 et 1949, en dépit d’un mauvais report de voix (62.2 % et 6 925 voix) face au MRP Goëlo. Par la suite, la droite conserva le canton, en raison des divisions fratricides entre un PCF puissant et une SFIO en perte de vitesse (25.9 % pour Julien Le Pan en 1949 et 20 % pour Jean Le Coutaller* en 1951).

La commune de Keryado fut rattachée à Lorient en 1947, Jean Penquer devenant adjoint spécial. Elu en seconde position sur la liste SFIO, il jouait un rôle pivot dans l’équipe de Julien Le Pan, composée de 8 socialistes (Raymond Moysan*, Kerneur, Jean Baco*, Jean-François Robin, Armand Le Doze* et Amédée Hémon*). Il prit ouvertement position en faveur de Jean Le Coutaller* dans la crise interne qui l’opposait à Julien Le Pan depuis 1948. Il figurait à nouveau en seconde position sur la liste SFIO lors des municipales partielles de 1951. Ce scrutin aboutit à une municipalité communiste homogène de Charles Le Samedy* entre 1951 et 1953, Jean Penquer demeurant alors simple conseiller municipal.

Jean Le Coutaller en fit un de ses relais les plus proches en 1953, Jean Penquer figurant une nouvelle fois en seconde position sur la liste SFIO qui obtint 7 élus (Étienne Pennobert*, Louis Cren*, Amédée Hémon, René Dervout* et Louis Lancelot*).

Jean Penquer joua d’ailleurs un rôle essentiel dans la spécialisation du travail parlementaire de Jean Le Coutaller autour des questions de pensions et de valorisation des anciens combattants. On remarque l’existence de relais locaux dans l’équipe du cabinet de Tanguy-Prigent*, dirigée par Jean Le Coutaller en 1956.

En 1959, Jean Penquer était toujours le numéro 2 de la liste socialiste, battue par la droite, faute d’avoir pu réaliser l’union avec les communistes (emmenés par le trio Roger Le Hyaric*, Armand Guillemot* et Louis Guiguen*), alliés à la liste PSA, menée par le syndicaliste enseignant René Dervout*. Futur député conservateur, De Vitton était alors adjoint spécial de Keryado, rompant 24 années de gestion socialiste continue.

Mais en 1965, Yves Allainmat* fit à nouveau appel à Jean Penquer (70 ans), qui figurait en 5e position sur la liste SFIO-PCF. Les liens de Jean Penquer avec les réseaux coopératifs de logement (Foyer d ‘Armor, HBM), contrôlés par des personnalités socialistes comme Jean Lagarde* et Henri Pustoch*, étaient très importants. En mars 1966, il passa la main à 71 ans au commerçant Jules Le Flohic*, auquel succéda Léon Le Gal* puis Henri Scanvic (conseiller général PS entre 1982 et 1992 puis 1998 et 2004) dans les équipes Jean Lagarde (1973-1981) et Jean-Yves Le Drian* (1981-1998).

Simple conseiller municipal jusqu’en 1971, cette figure majeure du socialisme lorientais est décédé à 83 ans en 1979.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article158961, notice PENQUER Jean par François Prigent, version mise en ligne le 19 mai 2014, dernière modification le 25 mars 2021.

Par François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. du Morbihan. – Arch. de l’OURS, dossiers Morbihan. – Arch. Fédérales du PS du Morbihan. — Arch. Privées Famille Jean Le Coutaller. — Cahier de la section SFIO de Lorient. --- Le Rappel du Morbihan (1947-1979). — Entretiens avec Henri Scanvic, Armand Guillemot – Christian Bougeard (dir.), Un siècle de socialismes en Bretagne. De la SFIO au PS (1905-2005), PUR, 2008 - François Prigent (dir), « Figures militantes et réseaux socialistes dans le Morbihan au XXe siècle », dossier spécial, in Recherche Socialiste, n° 42, mars 2008 - Élisabeth Cravec, Keryado, une banlieue loirentaise en expansion, maîtrise de géographie (sous la direction de Michel Phliponneau*), 1968, Université de Rennes 2.

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