WEINUM Marcel

Par Léon Strauss

Né le 5 février 1924 à Brumath (Bas-Rhin), guillotiné le 14 avril 1942 à Stuttgart (Allemagne) ; apprenti-dessinateur ; fondateur et chef du mouvement de Résistance La Main noire.

Marcel Weinum était le fils de Robert Weinum et de Mathilde, Marie Schneider. Né dans une famille catholique pratiquante, il fut enfant de chœur dès l’âge de six ans. Ses parents s’installèrent à Strasbourg en 1936 pour y tenir un commerce dans le quartier populaire de Neudorf, 29 rue de Saint-Dié. En 1938, le jeune Marcel fut admis à l’école de la Maîtrise de la cathédrale, qui formait de jeunes choristes. Il obtint le certificat d’études en 1939.
Lors de l’évacuation de Strasbourg le 2 septembre 1939, la famille Weinum se retrouva en Dordogne. Marcel y fit la connaissance d’un général en retraite qui se plaignait du manque d’idéal patriotique de la jeunesse française. Sur ses conseils, Marcel entra à l’école militaire préparatoire de Mende (Lozère) : l’enfant de chœur devint donc enfant de troupe. Cependant, après la défaite, ses parents, dont les économies avaient fondu, furent contraints de rentrer en Alsace annexée de fait et nazifiée. Le jeune homme y commença un apprentissage de dessinateur industriel dans une entreprise strasbourgeoise, mais il fut licencié rapidement pour avoir refusé d’adhérer à l’Opferring (Cercle du sacrifice), organisation créée le 1er octobre 1940 par le Gauleiter Robert Wagner, chef de l’administration civile en Alsace, antichambre du parti nazi pour les Alsaciens.
Désormais privé d’emploi, l’adolescent décida de lutter contre l’emprise ennemie en constituant un groupe clandestin avec d’anciens camarades de l’école de Brumath et de la Maîtrise de la cathédrale. Ils étaient au départ une dizaine qui, à l’exception du séminariste Charles Lebold, son frère de lait, étaient âgés de quinze à dix-huit ans. Le groupe signait ses textes du nom de « Main noire » et voulait « combattre de façon active le développement allemand en Alsace », selon les termes de l’acte d’accusation, par des graffitis, des tracts et des actes de sabotage. Selon sa citation, Marcel Weinum s’occupait très activement du passage clandestin des prisonniers de guerre évadés. Son quartier général était une chambre de la Maison des Aveugles, rue de la Bourse (aujourd’hui rue de la Première Armée). Dès octobre 1940, il couvrit les murs de Strasbourg d’inscriptions subversives : « Vive la France » ou « Vive de Gaulle », ainsi que de croix de Lorraine. En novembre, le groupe se lança dans le sabotage des réseaux de transmission de la Reichsbahn et de la Wehrmacht, coupant les câbles des signaux ferroviaires et les fils téléphoniques. La nuit, il pillait les voitures appartenant aux autorités allemandes. Weinum récupéra ainsi quelques pistolets, des papiers officiels, des bons d’essence et de l’argent. Des pierres furent lancées contre les vitrines exposant des emblèmes nazis. Le 8 mai 1941, Marcel Weinum et Albert Uhlrich, à la recherche d’une nouvelle cible, découvrirent par hasard au centre de Strasbourg, rue de l’Outre, la voiture en stationnement du Gauleiter Wagner qui dînait dans un restaurant réputé, dénommé du temps français La Marne. Ils lancèrent deux grenades récupérées dans les fortins de la ligne Maginot à travers le pare-brise et prirent la fuite. Un des membres du groupe, Ceslav Sieradzki, avait déjà réussi à prendre contact avec le consulat britannique de Bâle (Suisse).
Le 20 mai, il repartit avec Charles Lebold en vélo, dans l’espoir d’y obtenir une reconnaissance et un soutien des services alliés. Ils furent interpellés à la frontière par des douaniers allemands, dont l’un fut blessé par balle par le chef du mouvement. Les deux amis réussirent à prendre la fuite mais ne purent pénétrer en Suisse. Ils furent arrêtés non loin de là et transférés à la prison de Mulhouse, où un codétenu, « mouton » placé à dessein dans leur cellule, réussit à leur arracher des renseignements sur les autres membres du groupe. Vingt-six jeunes gens furent appréhendés au cours du mois de juillet 1941. Dix d’entre eux comparurent du 27 au 31 mars 1942 devant le Sondergericht (tribunal spécial) de Strasbourg (Sieradzki avait été abattu sommairement le 12 décembre 1941). Marcel Weinum, défendu courageusement par l’avocat alsacien Charles Eber, prit sur lui toute la responsabilité des actes de la « Main noire ».
Il fut condamné à la peine de mort et à dix ans de réclusion pour crime à main armée, tentative de meurtre, agitations contre l’État, relations en vue de trahison, crime contre la loi concernant les explosifs, dégradation d’effets militaires, vol qualifié. Invité à déclarer ce qu’il pensait du verdict, il affirma : « Je suis fier de donner ma vie pour la France ». Transféré à la prison de Stuttgart qui détenait une guillotine, il apprit le 13 avril que son recours en grâce avait été rejeté. Ce garçon, âgé de dix-huit ans, fut exécuté le lendemain et sa dépouille fut inhumée au cimetière de Cannstatt, dans la banlieue de la capitale du Wurtemberg. Elle fut transférée en 1949 au cimetière du Polygone à Strasbourg.
Marcel Weinum a été nommé à titre posthume sous-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur, chevalier de la Légion d’honneur. La Médaille de la Résistance avec rosette lui fut remise à Strasbourg le 10 juillet 1945 par Henri Frenay, ministre des Prisonniers, Déportés et Réfugiés (PDR), ainsi que la Croix de guerre. Sa dépouille a été transférée au cimetière de Strasbourg-Neudorf-Polygone le 17 février 1949.
Une stèle a été inaugurée le 27 novembre 1955. Une rue du quartier de Neudorf porte son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159060, notice WEINUM Marcel par Léon Strauss, version mise en ligne le 23 mai 2014, dernière modification le 31 mars 2020.

Par Léon Strauss

SOURCES : Strasburger Neueste Nachrichten, 15 avril 1942. – Arch. Dép. Bas-Rhin, 544 D 235 (notice 368), 121 AL 6 (dossier 35/42). – L’Alsace libérée, Strasbourg, 14 avril 1945, 10, 21 juillet 1945. – Jacques Granier, Schirmeck. Histoire d’un camp de concentration, Strasbourg, s.d. – G. Pfiser (dir.), Marcel Weinum et la Main noire, Éd. Arfuyen, 2007.

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