PEUDON Jean-Louis

Par Alain Dalançon

Né le 23 juin 1937 à La Chapelle-Saint-Luc (Aube) ; professeur d’histoire-géographie ; militant syndicaliste, secrétaire des sections départementales de l’Aube du SNES (1967-1987) et de la FEN puis de la FSU (1993-1997) ; militant associatif pour l’aménagement urbain, le développement culturel et la place de la mémoire sociale à Troyes et dans le département de l’Aube.

 Jean-Louis Peudon en 2013 (fournie par l’intéressé)
Jean-Louis Peudon en 2013 (fournie par l’intéressé)

Né dans une famille ouvrière de la banlieue troyenne – ses grands-pères étaient employé à la SNCF et cantonnier, son père ouvrier d’entretien –, Jean-Louis Peudon fut élevé dans une famille de cinq enfants. Par tradition, ses parents l’envoyèrent au catéchisme, il fit sa communion et fut enfant de chœur mais abandonna toute pratique et croyance par la suite.

Après l’école communale, bon élève, il fréquenta le cours complémentaire, réussit le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Troyes (Aube), et obtint deux baccalauréats (philosophie et « sciences ex »). Il enseigna trois ans, de 1957 à 1960, comme instituteur en classe unique à Courtaoult, un minuscule village de l’Aube.

Il épousa le 28 décembre 1958, à Troyes, Simone Genuit, professeure, avec laquelle il eut deux filles et un fils.

Jean-Louis Peudon, tout en enseignant, commença des études supérieures d’histoire-géographie à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Dijon (Côte d’Or), puis se mit en congé pour les poursuivre comme étudiant boursier, de 1961 à 1964. Après la licence d’histoire géographie (mention histoire) et un diplôme d’études supérieures consacré à La vie ouvrière à Troyes de 1815 à 1848, puis une interruption liée au service militaire à Mailly-le-Camp (Aube), il fut reçu au certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement de second degré, et effectua son stage au centre régional pédagogique de Dijon en 1965-1966. Nommé professeur certifié au collège Camus à la Chapelle Saint-Luc (Aube), il fut muté au collège Bernouville à Troyes et termina sa carrière au lycée Chrestien de Troyes en 1997, au grade de certifié hors-classe.

Adhérent du Syndicat national de l’enseignement secondaire dès le CPR, il milita activement au nouveau Syndicat national des enseignements de second degré (classique, moderne, technique) dès 1967, année où la direction du syndicat national bascula au profit du courant « Unité et Action » dans lequel il se reconnaissait. Respecté en raison de son sens de l’unité et de son ouverture d’esprit, il fut durant trente années, le militant syndicaliste du SNES et de la FEN du département constamment réélu aux plus hautes responsabilités. Il fut non seulement secrétaire de la section départementale (S2) du SNES mais aussi à plusieurs reprises de la Fédération de l’Éducation nationale à la suite de 1968, bien que minoritaire dans cette section. Au congrès national de 1969, il défendit une motion adoptée dans son département par les différentes tendances, qui critiquait l’organisation en tendances, estimant qu’elle favorisait les clivages internes aux dépens du travail collectif. Elle recueillit un peu plus de 10 % des voix au niveau national. Dans les années suivantes, Jean-Claude Barbarant* lui succéda, en accord avec la forte majorité « Unité, Indépendance et Démocratie » de la section départementale, puis lorsque ce dernier entama une carrière nationale au Syndicat national des instituteurs, Jean Louis Peudon connut quelques réélections, avant de laisser la place définitivement à un militant du courant majoritaire.

En 1992, les syndiqués de la section départementale se prononcèrent en majorité pour le maintien du SNES et du Syndicat national de l’éducation physique et sportive dans la FEN mais le secrétaire, comme beaucoup d’autres, reporta toutes les voix pour leur exclusion au congrès de Clermont-Ferrand. Jean-Louis Peudon devint ensuite le premier secrétaire de la section départementale de la Fédération syndicale unitaire, de 1993 à 1997.

Il siégea également de façon continue, de 1967 à 1997, à la commission administrative de la section académique (S3) du SNES (dirigée successivement par Jean Gaydier, Ménager, André Siredey, Jean-Claude Durdux) et fut commissaire paritaire académique des certifiés de 1967 à 1987.

Très intéressé et engagé dans l’innovation des méthodes et des techniques pédagogiques, il apporta son concours à la réflexion de la commission pédagogique nationale dirigée par Jean Petite dans les années 1970 et à l’Association des professeurs d’histoire-géographie. En 1982-1983, il suivit un stage audiovisuel d’un an au centre de formation de Saint-Cloud et, au retour, il organisa, durant sept ans, les Forum de la pédagogie où intervenaient des formateurs et des praticiens intéressés par la formation des jeunes et des adultes. Il y mit fin lorsqu’il prit des responsabilités dans la FSU. Plus tard, il participa à la préparation du colloque, « Enseigner autrement », organisé en janvier 1993 par le SNES. Il anima ensuite, de 1995 à 1997, avec Gérard Blanchet, un groupe de travail TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) auprès de la direction nationale du SNES, en collaboration avec le Syndicat national de l’enseignement supérieur.

Attaché à l’indépendance, à la démocratie syndicale et aux expériences nouvelles, il estimait ne pas devoir s’en tenir aux explications simplistes, comme l’y conduisait sa réflexion sur les relations complexes spatio-temporelles dans l’histoire des sociétés. Ainsi considérait-il avec intérêt, au début des années 1970, les idées d’Edmond Maire sur l’autogestion et les travaux de la CFDT concernant les dégâts sur l’emploi, générés par l’évolution des techniques de production.

Sans jamais avoir été encarté politiquement, il prit souvent position dans le débat politique pour favoriser l’union de la gauche. Il fut ainsi animateur en octobre 2006 d’un débat entre les différentes composantes de la gauche avant l’élection présidentielle de 2007. Il soutint la candidature de Florent Ballanfat, candidat de la gauche et des progressistes aux élections municipales de 2008 contre François Baroin. Il répondit en novembre 2011 dans Troyes pour tous à Robert Galley, qui avait fustigé le « dogmatisme viscéral et imbécile des Verts » à propos de leur opposition au nucléaire : « L’impasse nucléaire, concluait-il, l’impasse financière sont les signes les plus visibles d’une crise profonde de notre civilisation productiviste, épuisant les ressources, aggravant les inégalités, soumettant le politique à l’économique, et l’économique aux intérêts financiers. Elle peut déboucher demain sur une explosion sociale […]. »

Cet engagement rejoignait son combat en faveur de la défense et de la promotion du patrimoine historique de son département dont il était un historien-géographe reconnu. Ainsi fut-il un des animateurs du collectif pour la défense du centre historique de Troyes, qui obtint en 2007 l’annulation du projet de construction par le conseil général d’un bâtiment moderne surdimensionné et pas du tout écologique. Victoire sans lendemain car, repris autrement, le « palais des congrès » était terminé en 2014 : un Versailles, dans un des derniers départements pour le PIB par habitant.

En 2012, Jean-Louis Peudon, responsable de l’Association patrimoniale pour la défense d’une mémoire sociale, créée en 2006 autour de la défense de la Bourse du travail, était à l’initiative d’une lettre commune des associations culturelles de Troyes aux différents candidats aux élections municipales et de la CAT et aux élections cantonales, dans laquelle elles faisaient part de leurs préoccupations quant aux politiques culturelles locales. Il souhaitait en effet que la défense du patrimoine ne se réduisît pas à une carte postale touristique mais qu’elle prenne en compte la riche histoire du mouvement ouvrier coopératif pour en faire un patrimoine vivant.

En 2014, il préparait un livre sur la campagne napoléonienne « de France » en 1814 et un film sur le fondateur des éditions Zodiaque, dom Angelico Surchamp, à l’abbaye de la Pierre-qui Vire (Yonne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159108, notice PEUDON Jean-Louis par Alain Dalançon , version mise en ligne le 27 mai 2014, dernière modification le 5 mars 2017.

Par Alain Dalançon

 Jean-Louis Peudon en 2013 (fournie par l'intéressé)
Jean-Louis Peudon en 2013 (fournie par l’intéressé)
Jean-Louis Peudon (à gauche) et Jean Petite au congrès du SNES 1970 (coll. IRHSES)
Jean-Louis Peudon (à gauche) et Jean Petite au congrès du SNES 1970 (coll. IRHSES)

ŒUVRE : La vie ouvrière à Troyes de 1815 à 1848, DES, 1962. — L’Aube se découvre [Images animées], Association Géologique Auboise, réal. / Chaumont, CDDP de la Haute-Marne, 1989. — La véridique histoire de la fresque Juvénal des Ursins, film sur la réalisation à Troyes d’une fresque historique, par une classe de lycée, sous la direction d’un artiste international, en 2000. — Aux origines d’un département, l’Aube en Champagne, Langres, Ed. D. Guéniot, 2003. — Villes et villages de l’Aube : de la préhistoire à nos jours, Langres, Ed. D. Guéniot, 2011.

SOURCES : Arch. IRHSES. — Divers sites internet sur la vie politique et sociale à Troyes et dans l’Aube. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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