REICHEN Pierre, Arthur

Par Alain Dalançon

Né le 21 avril 1910 à Pontarlier (Doubs), mort le 28 mars 1990 à Nice (Alpes-Maritimes) ; professeur de mathématiques ; militant syndicaliste, secrétaire général adjoint (1960-1962) puis secrétaire national (1962-1967) du SNES, membre du bureau national de la FEN (1962-1966), secrétaire de la section départementale des Alpes-Maritimes (1969-1970).

Pierre Reichen
Pierre Reichen
Congrès SNES 1954 (coll. IRHSES)

Fils d’un contremaître dans un garage, Pierre Reichen obtint le baccalauréat en 1927, puis effectua ses études supérieures à la Faculté des Sciences de Besançon (Doubs). Tout en étant maître d’internat aux collèges de Salins (Jura) en 1928-1929, puis de Poligny (Jura) en 1930-1931, puis répétiteur au lycée Victor Hugo de Besançon en 1931-1932, il termina une licence de mathématiques en 1931 et obtint un diplôme d’études supérieures en astronomie approfondie en 1932 – ce qui lui permit d’être accepté comme membre de la Société d’Astronomie de France en 1952. Après son service militaire, il exerçait comme répétiteur au lycée Carnot à Paris à partir de 1933, puis professeur adjoint dans le même établissement.

Pierre Reichen épousa en mars 1938 à La-Cluse-et-Mijoux (Doubs) une professeure d’allemand au collège de Luxeuil (Haute-Saône), où il fut nommé professeur délégué ministériel pour l’enseignement des sciences et des mathématiques à la rentrée suivante.

Mobilisé le 26 août 1939 dans l’Artillerie, il retourna à la vie civile à l’été 1940. Luxeuil étant en zone interdite, il enseigna provisoirement, à la rentrée 1940, à l’annexe du Parc Impérial du lycée de Nice, où son frère était professeur agrégé. Après avoir repris son poste à Luxeuil à Pâques 1941, sa titularisation de professeur eut lieu en 1942.

Il divorça et se remaria en novembre 1942, à Luxeuil, avec une professeure ; ils eurent trois enfants. À partir de la fin des années 1940, son épouse et lui demandèrent leur mutation en poste double ; ils furent d’abord nommés à Pontarlier (Doubs) en 1951, puis, sa femme étant devenue censeur à Abbeville (Somme) en 1958, Pierre Reichen obtint sa nomination dans le lycée de cette ville. Il la suivit dans la région parisienne quand elle devint censeur : il fut alors muté en 1960 au lycée du Raincy (Seine, Seine-Saint-Denis), en 1963 au lycée Lavoisier à Paris, en 1967 au lycée Louis le Grand. Vers la fin de sa carrière, il obtint en 1968 sa mutation pour le lycée Capron à Cannes (Alpes-Maritimes), où il prit sa retraite deux ans plus tard comme professeur certifié.

Pierre Reichen était syndiqué avant-guerre dans les différents syndicats de la Fédération générale de l’enseignement-CGT des cadres auxquels il appartenait. Il commença à militer activement au Syndicat national de l’enseignement secondaire après la Libération dans la section (S1) du collège de Luxeuil. En 1948, il devint membre de la commission exécutive nationale sur la liste « autonome ». Après la création du nouveau SNES (classique, moderne) en 1949, il entra à la commission administrative nationale, comme suppléant puis titulaire à partir de 1950, toujours sur la liste « A », et en demeura élu jusqu’en 1966, lors de la fusion avec le Syndicat national de l’enseignement technique.

Durant près de vingt ans, Pierre Reichen figura parmi les dirigeants les plus en vue du courant « autonome » du SNES. Membre du bureau national de 1958 à 1966, il fut, de 1960 à 1962, l’un des secrétaires généraux adjoints auprès de Pierre Dhombres, occupant d’abord la responsabilité de secrétaire de la commission laïque de 1958 à 1961, au moment de la lutte contre la loi Debré. Tout en s’élevant « avec indignation contre la multiplication des atteintes à la laïcité de l’État et de l’école publique », et en appelant à la participation de l’action du Comité national d’action laïque, la motion qu’il rapporta au congrès du SNES de 1959, estimait la nationalisation de l’enseignement « inopportune et dangereuse ». Son attachement à la laïcité républicaine n’en était pas moins total et marqué par un anticléricalisme grinçant, exposé par exemple dans un article intitulé « Rhapsodie noire », que certains syndiqués catholiques n’apprécièrent pas. Il aimait exposer les problèmes de manière humoristique : par exemple le conte du professeur certifié Elie Cohidal, fatigué par les effectifs chargés, écrasé par la fiscalité directe et dépassé par le vocabulaire de la jeunesse. Il était en même temps très hostile au pouvoir personnel gaulliste et évoqua en 1960 une « France passée à l’heure espagnole, celle de Franco ».

En 1961, Pierre Reichen succéda à Paul Ruff, comme secrétaire de la commission corporative, quand ce dernier rompit avec la majorité. L’année suivante, il fut également élu secrétaire de la catégorie des certifiés, succédant à Robert Laforest. Il eut donc à gérer le délicat dossier du reclassement en 1961. Quand le ministre de l’Éducation nationale, Lucien Paye, fit connaître son plan de revalorisation en avril, il manifesta l’indignation du SNES devant l’insuffisance des propositions gouvernementales et appela à la continuation des actions entreprises (grève administrative), contrairement à la direction de la FEN qui leva le mot d’ordre ; pourtant, peu après, il chercha à tempérer les désaccords avec le Syndicat national des instituteurs sur le sujet, afin de maintenir la solidarité de la direction fédérale. Entré à la CA de la FEN en 1953, il devint membre du bureau fédéral en 1962 en remplacement de Jeanne Borgey.

À la réunion de la CA fédérale du 15 octobre 1964, il reconnut que les négociations dans le cadre de la commission Laurent n’avaient pas avancé sur les conditions de travail mais que deux résultats avaient été obtenus, présentés comme des victoires du SNES : augmentation du taux des heures supplémentaires et alignement des certifiés sur les agrégés pour les abattements d’horaires.

Pierre Reichen défendait les positions du SNES et de la FEN au Conseil de l’enseignement du second degré dont il fut élu titulaire de 1958 à 1966, puis au nouveau Conseil de l’enseignement général et technique à partir de 1966 (sa femme était élue suppléante au CEGT dans le 13e collège du personnel de direction des lycées et collèges). Il était aussi commissaire paritaire national des certifiés, suppléant en 1961, puis titulaire de 1963 à 1968.

À la suite de la constitution du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré (classique, moderne, technique), il demeura secrétaire de la catégorie des certifiés, membre de la direction nationale, chargé des affaires administratives, bénéficiant d’une décharge de service complète.

Après la perte de la direction du SNES en 1967 par les « autonomes », il continua à figurer sur la liste ID (Indépendance et démocratie) puis UID (Unité, indépendance et démocratie) mais milita surtout à la FEN, dont il devint secrétaire de la section départementale des Alpes-Maritimes, de 1969 à 1970, département où la situation de la majorité « autonome » était devenue très difficile. Il intervint au congrès de la FEN de 1969 pour signaler que Michel Demont, ancien membre du BN du SNES « autonome », très critique à l’égard de la majorité de la FEN, n’était plus qualifié pour parler au nom de la section départementale.

Retraité, il milita à la section académique de Nice des retraités du SNES, dont il assuma le secrétariat dans les années 1970-1980, et à la Fédération générale des retraités de la Fonction publique, dont il était président de la section départementale qui organisa son congrès national en mai 1975. Il habitait 166, avenue Sainte Marguerite à Nice.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159139, notice REICHEN Pierre, Arthur par Alain Dalançon, version mise en ligne le 27 mai 2014, dernière modification le 20 mai 2020.

Par Alain Dalançon

Pierre Reichen
Pierre Reichen
Congrès SNES 1954 (coll. IRHSES)
Pierre Reichen et Pierre Antonini
Pierre Reichen et Pierre Antonini
Congrès SNES 1966 (coll. IRHSES)

ICONOGRAPHIE : Pierre Reichen au congrès du SNES de 1954 ; Pierre Reichen et Pierre Antonini au congrès du nouveau SNES en 1966 (© IRHSES).

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/9045, F17/30161/B. — Arch. IRHSES (CA, congrès, affaires laïques, commissions corporatives, L’Université syndicaliste). — Notes de Jacques Girault.

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