PRADELLES, Andrée, Rose, Sophie

Par Pierre Petremann

Née à Toulouse (Haute-Garonne) le 13 mars 1932, morte à Toulouse le 1er décembre 1985 ; professeure agrégée de philosophie ; militante du SNES dans l’académie de Toulouse.

Photo au conseil national du SNES de juin 1983 (coll. IRHSES)
Photo au conseil national du SNES de juin 1983 (coll. IRHSES)

Andrée Pradelles était fille unique d’un père inspecteur des poids et mesures et d’une mère sans profession. Sa famille, originaire des Cévennes, était de culture protestante mais non pratiquante, engagée à gauche mais sans militantisme notable. Ses parents résidaient à Montauban (Tarn-et-Garonne) ; Andrée Pradelles y passa son enfance et son adolescence, elle y effectua ses études secondaires jusqu’à l’obtention du baccalauréat philosophie en 1949. Elle partit ensuite faire des études de philosophie en Sorbonne à Paris où elle obtint le certificat d’études littéraires générales en 1950, la licence en 1953 et le diplôme d’études supérieures en 1954. Elle fut l’élève de Maurice Merleau-Ponty qui exerça sur elle une très forte influence.

La carrière d’enseignante d’Andrée Pradelles débuta en novembre 1955 comme maîtresse auxiliaire de philosophie au lycée de jeunes filles de Montauban. Elle y resta jusqu’à la rentrée 1957 puis fut nommée au collège classique de garçons de Montélimar (Drôme) puis à l’École normale de d’instituteurs de Moulins (Allier). En 1959, après avoir obtenu une délégation ministérielle, elle enseigna au lycée de Guéret (Creuse) puis en 1960, devenue professeure certifiée, elle fut nommée au lycée d’État Edgar Quinet de Bourg-en Bresse (Ain).

C’est la maladie de son père, décédé en 1961, qui lui fit demander sa mutation pour le sud de la France afin de se rapprocher de sa mère. Elle fut d’abord en poste au lycée Camille Vernet de Valence (Drôme) puis elle intégra l’académie de Toulouse en 1964, année où elle fut admise à l’agrégation de philosophie. Elle exerça à Toulouse, d’abord au lycée Raymond Naves jusqu’en 1973 puis au lycée Saint-Sernin, où elle intervenait en classe préparatoire à l’École des hautes études commerciales (HEC), jusqu’à son décès en 1985.

Dès son entrée dans le métier de professeur, Andrée Pradelles adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire (FEN), où elle se reconnaissait dans l’orientation de la liste « B » « Unité et Action » et s’engagea très vite dans un militantisme actif que certains de ses chefs d’établissement n’apprécièrent guère, tel le proviseur du lycée de Bourg-en-Bresse qui fit remarquer sur son avis de notation que « son esprit, orienté vers la revendication crée un climat parfois pénible ».

À Toulouse, elle prit des responsabilités au nouveau SNES (classique, moderne, technique), d’abord comme secrétaire de la section (S1) du lycée Raymond Naves, où elle fut particulièrement active durant les événements de mai-juin 1968, puis comme membre du secrétariat de la section départementale (S2) de la Haute-Garonne dont elle devint la première responsable en 1979. Particulièrement attachée à la défense des personnels et à leurs conditions de travail, elle fut élue de 1972 à 1985 membre de la commission administrative paritaire académique des professeurs agrégés. Elle fut tout autant attentive aux conditions d’études des collégiens et des lycéens dans un département où l’augmentation rapide de la population posait tout à la fois des problèmes de locaux, d’encadrement et de carte des formations.

Membre de la commission administrative et du bureau de la section académique (S3) du SNES, elle en devint secrétaire générale adjointe en 1981 avec la responsabilité de l’information et de la coordination, ainsi que celle des formations du second cycle et du post-bac. En décembre 1981, elle signa un éditorial dans le bulletin syndical académique qui critiquait vertement les orientations du gouvernement de Pierre Mauroy en matière d’éducation, texte sans concession, représentatif du caractère entier et des convictions fermes de son auteur. Andrée Pradelles s’y prononçait en faveur d’une action rapide et de dimension nationale du SNES, à un moment où cette option n’était pas partagée par la direction du syndicat qui, bien que faisant un constat négatif de la politique engagée, n’appelait pourtant pas à la lutte ouverte contre le gouvernement. Le débat se poursuivit, comme au plan national, mais prit une ampleur particulière à Toulouse à partir de 1982. Il opposait les partisans d’une grève nationale, dont le plus ardent défenseur était Robert Romeu*, ancien secrétaire général, position à laquelle souscrivait Andrée Pradelles, à la direction académique, accusée de temporiser et surtout de remettre en cause l’indépendance syndicale vis-à-vis du gouvernement de gauche. Ni la décision de la CA académique de juin 1982 demandant une action à la rentrée pouvant aller jusqu’à l’arrêt de travail, ni l’action nationale sur le budget décidée en octobre 1982 – qui se traduisit à Toulouse par un arrêt de travail d’une demi-journée – ne mirent fin au débat. La crise au sein d’Unité et Action atteignit son paroxysme lors de la réunion du courant de pensée qui devait désigner la direction académique pour le mandat 1983-1985. Certains membres proposèrent qu’Andrée Pradelles remplace le secrétaire sortant Rodolphe Enoff, ce qui entraîna une menace de démission de la part de plusieurs membres de la direction en soutien au secrétaire général. Afin d’éviter l’éclatement, il fut proposé de maintenir Enoff avec Andrée Pradelles comme secrétaire générale adjointe, ce qui fut refusé et entraîna sa démission.

Elle prit cette décision afin de préserver l’organisation dans laquelle elle continua de militer au sein du S2 de Haute-Garonne et comme commissaire paritaire. Sa fidélité à « Unité et Action » ne se démentit pas davantage car elle figurait sur la liste de candidatures pour les élections internes de 1985 mais elle dut mettre fin à ses activités en juin 1985 en raison de la maladie qui l’emporta en décembre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159178, notice PRADELLES, Andrée, Rose, Sophie par Pierre Petremann, version mise en ligne le 29 mai 2014, dernière modification le 3 février 2019.

Par Pierre Petremann

Photo au conseil national du SNES de juin 1983 (coll. IRHSES)
Photo au conseil national du SNES de juin 1983 (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. rectorat de Toulouse. — Arch. du S3 du SNES de Toulouse. — Arch. IRHSES. — Divers témoignages de militants recueillis par l’auteur.

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