PRAT Roger, Louis

Par Christian Bougeard, Jacques Girault, François Prigent

Né le 13 juin 1909 à Bannelec (Finistère), mort le 30 avril 1997 à La Verrière (Yvelines) ; instituteur dans le Finistère ; militant syndicaliste de la FUE puis du SNI ; militant socialiste, du Parti socialiste unifié, conseiller général et député du Finistère, adjoint au maire de Morlaix.

Roger Prat
Roger Prat
Député du Finistère

Fils d’un clerc de notaire, Roger Prat reçut les premiers sacrements catholiques. Élève de l’école primaire supérieure de Quimperlé de 1922 à 1925, il entra à l’École normale d’instituteurs de Quimper en 1925, où il fut exclu de la préparation militaire. Titulaire du brevet supérieur, il devint instituteur dans des communes du Finistère, à Melguen puis, au milieu des années 1930, avec son épouse, au Cloitre-Saint-Thégonnec.

Roger Prat se maria en août 1932 à Saint-Martin-des-Champs (Finistère), à l’église, avec une institutrice. Le couple eut deux enfants qui ne reçurent aucun sacrement religieux.

Il adhéra au syndicat de la Fédération unitaire de l’enseignement en 1933. Membre du conseil syndical, délégué en 1935 au congrès d’Angers, il ne fut pas réélu au conseil syndical après la fusion avec le Syndicat national des instituteurs. Partisan des analyses de l’ancienne majorité du syndicat unitaire, militant des « Amis de l’École émancipée », participant aux activités du groupe de jeunes et animant le mouvement pour la coopération scolaire, il fut délégué cantonal du SNI à partir de 1937 et militait dans l’amicale laïque.

Dans la deuxième moitié des années 1930, Roger Prat était un sympathisant des idées trotskystes véhiculées par les militants d’extrême-gauche. Il dut adhérer en 1938 au Parti socialiste ouvrier et paysan. Il votait pour les candidats communistes aux premiers tours des élections. Gréviste le 12 février 1934 et le 30 novembre 1938, il fut sanctionné de huit jours de retenue de salaire. Pacifiste « sans nuance » en 1930, il fut par la suite « écartelé entre le désir de voir écraser le nazisme et celui d’éviter la guerre » et ne faisait pas confiance aux dirigeants du SNI dont la recherche de « la paix à tout prix pouvait conduire à l’acceptation du fait nazi ». Bien que n’approuvant pas la non-intervention en Espagne, il ne la condamna pas ouvertement, mais participa à l’aide aux républicains.

Réformé, il ne fut pas mobilisé au début de la guerre. Resté proche des idées trotskystes, partisan du Front ouvrier, il donna son accord pour adhérer au mouvement de Résistance de l’Organisation civile et militaire dont les activités le déçurent.

Après la guerre, adhérent du Parti ouvrier internationaliste, toujours membre du Syndicat national des instituteurs, Roger Prat, membre du conseil syndical de la section départementale, secrétaire corporatif, fut candidat au bureau national du SNI, sur la liste C "d’indépendance et d’action syndicale" que conduisait Marcel Valière, dirigeant de la tendance « Ecole émancipée ». Le 28 décembre 1947, il obtint 121 mandats. Membre du seul conseil syndical du Finistère, il figurait à nouveau, en dix-septième position, sur la liste C "Ecole émancipée" lors de la réunion du conseil national, le 27 décembre 1949 où il obtint 48 voix. N’étant plus membre du conseil syndical de la section du SNI, il figurait en quatorzième position sur la liste « des Amis de l’Ecole Emancipée » en décembre 1953. Passionné par son métier, il était très apprécié par ses élèves et leurs parents. Il fut l’un des pionniers de la pédagogie Freinet dans le secteur.

Sur le terrain politique, militant de la Nouvelle Gauche puis de l’Union de la gauche socialiste, Roger Prat fut un des animateurs de la fusion des mouvements qui donnèrent naissance en 1960 au Parti socialiste unifié. Il participa pendant une dizaine d’années aux organismes de direction. Il emporta le siège de conseiller général du canton de Morlaix en 1964 contre le maire de Morlaix, le docteur Jean Le Duc, ancien député MRP en 1946, puis apparenté RPF puis indépendant de droite qui avait battu Tanguy Prigent à la députation en 1958. Prat fut réélu conseiller général en 1970 et le demeura jusqu’en 1976.

Candidat aux élections législatives de 1967 dans la quatrième circonscription (Morlaix) où le député sortant Tanguy Prigent (PSU) ne se représentait pas. Candidat du PSU, à l’issue d’une campagne tendue, Roger Prat obtint 12 558 voix, 26,7 % (deuxième position) sur 55 591 inscrits au premier tour. Il fut nettement devancé par Pierre Lelong (37,3 %), le candidat de la majorité, un haut fonctionnaire attaché au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, parachuté à Morlaix avec Le Duc comme suppléant. L’ancien député communiste (1956-1958), l’agriculteur Alphonse Penven, ancien député, obtint 19,5 % des voix. Il avait nettement progressé depuis 1962, captant une partie de l’électorat rural qui se portait sur Tanguy Prigent. Le sénateur André Colin (ex-MRP, centre démocrate), président du Conseil général du Finistère, qui essayait de retrouver un siège à l’Assemblée était distancé. Au deuxième tour, Roger Prat bénéficia du désistement du communiste et son électorat s’élargit, puisqu’il fut élu avec 23 298 voix (50,05 %), il devançait de 51 voix le candidat de droite après que son électorat eut augmenté de 1 695 voix par rapport au total des voix des deux candidats de gauche au premier tour, en recueillant une fraction de l’électorat centriste. Avec Yves Le Foll à Saint-Brieuc, le PSU avait deux députés en Bretagne (quatre en France). Ses relations avec Tanguy Prigent devinrent bientôt difficiles. En 1968, Roger Prat progressa par rapport à 1967, mobilisant 13 373 voix sur 60 114 inscrits mais fut battu au deuxième tour par l’UDR Pierre Lelong (53,2 %), avec 22 002 voix, soit un peu plus que le total des voix communistes et du PSU, en l’absence de candidat socialiste. En 1973, candidat du PSU, il obtint 5 381 voix sur 56 913 inscrits et se désista pour la candidate du Parti socialiste Marie Jacq, ex-PSU, ancienne assistante parlementaire de Tanguy Prigent.

En 1971, il fut l’un des leaders de la liste d’Union des gauches qui remporta les élections municipales et qui installa le Dr Jean-Jacques Cléach à la tête de la mairie de Morlaix. De 1971 à 1977, il fut maire adjoint chargé des finances. Il avait adhéré au Parti socialiste. Pendant cette période, il occupa également la présidence du SIVOM Morlaix-Saint-Martin-des-Champs.

Retraité depuis le début des années 1960, il résidait à Carantec où ses beaux-parents possédaient une maison où il venait régulièrement depuis les années 1930. Il participait aux luttes, notamment, pour défendre l’école laïque.

Veuf, Roger Prat termina ses jours au centre de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale à La Verrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159181, notice PRAT Roger, Louis par Christian Bougeard, Jacques Girault, François Prigent, version mise en ligne le 29 mai 2014, dernière modification le 5 avril 2021.

Par Christian Bougeard, Jacques Girault, François Prigent

Roger Prat
Roger Prat
Député du Finistère

SOURCES : Site Internet Assemblée nationale. — ’Ecole libératrice. — Renseignements fournis par l’intéressé à J. Girault en 1975-1976. — C. Bougeard, Tanguy Prigent, paysan ministre, Rennes, PUR, 2002. — Tudi Kernalegenn, Francois Prigent, Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier (dir.), Le PSU vu d’en bas, Rennes, PUR, 2010. — Nécrologie in Le Télégramme, 3 mai 1997. — Notes d’Alain Dalançon

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