PUAUX Paul

Par Jacques Girault

Né le 25 août 1920 à La Voulte (Ardèche), mort le 27 décembre 1998 à Avignon (Vaucluse) ; instituteur ; militant communiste ; animateur culturel ; administrateur du festival d’Avignon.

Paul Puaux
Paul Puaux

Fils unique d’un facteur des postes, d’origine protestante, socialiste, mutilé de la Grande Guerre, Paul Puaux ne reçut pas de sacrements religieux et fut élevé dans une famille laïque et républicaine. Élève de cours complémentaire du Pouzin (Ardèche), il adhéra aux Jeunesses communistes en janvier 1935 et, en juillet, fut élu au bureau régional Drôme-Ardèche des JC. Son père décéda peu après. Accueilli chez son oncle cheminot à Avignon en décembre 1935, élève-interne en classe de troisième de l’école primaire supérieure d’Avignon, il entra à l’École normale d’instituteurs d’Avignon en 1936 où il obtint le brevet supérieur, le certificat d’aptitude à l’éducation physique et eut des contacts avec les Éclaireurs de France. Sportif, il participa aux auberges de jeunesse, à l’aviation populaire, et fut solidaire de l’Espagne républicaine. Instituteur en 1939 à Sorgues (Vaucluse), il pratiqua avec sa classe des activités de plein air.

Ayant suivi la préparation militaire supérieure dans l’armée de l’Air, Puaux, favorable à la Résistance naissante, en contact avec des responsables des Éclaireurs de France hostiles au gouvernement de Vichy, fut affecté au chantier de jeunesse de l’île du Levant dans le Var (mars-octobre 1941). Il obtint un poste double en octobre 1941 à l’école de Morières-lès-Avignon qu’il dirigea. En juin 1943, sous le nom de Paulet, en contact avec des FTP, il devint mineur de fond à Saint-Just d’Ardèche pour éviter le Service du travail obligatoire. A la fin de 1943, il s’engagea comme moniteur d’éducation physique dans un centre d’apprentissage d’Avignon en contact à la fois avec les FTP, les Éclaireurs de France, les Éclaireurs israélites et le mouvement « Libération ». Il participa ainsi, à partir de juin 1943, à de nombreuses actions clandestines de la Résistance. Intégré dans les FFI dès leur formation, responsable des Forces unies de la jeunesse patriotique au titre du Front patriotique de le jeunesse, dans l’été 1944, membre du Comité départemental de Libération, chargé de mission auprès des groupes de jeunes et des Éclaireurs de France, il assurait aussi le contact avec les militants de Témoignage chrétien et du groupe Esprit.

Puaux, agnostique, se maria uniquement civilement, en février 1941 aux Ollières (Ardèche) avec Yvonne Roumegoux, institutrice, fille d’un cultivateur, devenue communiste dans les années 1950 et directrice de colonies de vacances. Le couple eut une fille en 1945 puis divorça en 1974.

A la Libération, déjà engagé dans des mouvements de jeunesse et dans l’encadrement de colonies de vacances, Puaux fut nommé inspecteur de la jeunesse et de l’éducation populaire par Jean Guéhenno. Il devint délégué départemental des auberges de jeunesse, de « Peuple et Culture », plus tard de « Travail et Culture ». Instructeur aux Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, il encadra des stages de formation de moniteurs de colonies de vacances. Commissaire de province des Éclaireurs de France (totem « Buffle ») en 1947, initiateur des Francs et franches camarades, membre de l’équipe fondatrice du premier ciné-club d’Avignon (1947), il créa aussi le groupe vauclusien de la fédération des Foyers ruraux en 1949. Il avait commencé des études de psychologie, selon ce qu’il indiquait dans le questionnaire biographique rempli pour le Parti communiste français en 1953. Plus tard, avec les Éclaireurs de France, il dirigea deux caravanes en 1957 et 1961 au Mali dans le cadre des « Équipes Route Outre Mer ». Il put ainsi mesurer la force et les difficultés de l’anticolonialisme.

A la rentrée d’octobre 1950, Puaux, refusant de se dédire, fut remis à la disposition de l’Éducation nationale en raison de son activité comme secrétaire départemental du Mouvement de la Paix depuis 1948, délégué au congrès mondial des Partisans de la Paix à Varsovie en octobre 1950. Il dirigea par la suite la campagne de l’appel de Stockholm et fut condamné, après la manifestation d’Avignon, le 27 mai 1952, contre le général Ridgway, à six mille francs d’amende, condamnation annulée en 1954 par la Cour de Cassation.

Instituteur à Vedène (1950-1951), il devint, avec son épouse, instituteur-directeur à Saint-Saturnin (1951-1954). Il obtint un poste d’instituteur à Avignon en 1955. Puis en 1967, à la demande de Jean Vilar, il fut détaché à temps plein sur un poste de conseiller d’éducation populaire pour être l’administrateur permanent du Festival d’Avignon.

Militant du Syndicat national des instituteurs, membre du conseil syndical de la section départementale du SNI à la fin des années 1950, puis membre du bureau départemental au début des années 1960, il était aussi membre du bureau départemental de la Fédération de l’Éducation nationale. En 1959, il fut un des animateurs de la campagne laïque contre la loi Debré.

Puaux adhéra au Parti communiste français en 1951 à Saint-Saturnin. Depuis 1953, membre du comité de la fédération du PCF, il entra au bureau fédéral en 1954. Un épisode mal éclairé permit alors de mesurer son état d’esprit. Devant participer au Canada en juillet 1955 au Jamboree comme responsable de la troupe des Éclaireurs de France de sa région, il put se demander s’il n’aurait pas à séjourner aux USA à cette occasion, il s’en ouvrit certainement auprès des responsables communistes. Le secrétariat national du PCF désapprouva toute visite aux USA de ce dirigeant fédéral. Aucune remarque particulière ne s’en suivit. Il devint secrétaire de la section communiste d’Avignon en 1956 puis trésorier administrateur de la fédération de 1962 à 1965. A partir de 1965, il redevint seulement membre du comité fédéral et demanda à ne plus en être membre à partir de 1966. Selon le secrétariat fédéral, il avait souhaité ne plus être membre du comité fédéral pour se consacrer à ses responsabilités dans le festival.

Puaux, bon orateur, organisateur de fêtes militantes, fréquentait assidûment le club des cheminots d’Avignon d’autant qu’il était le siège de la section communiste. Candidat communiste au Conseil général dans le canton Avignon-Sud, en avril 1958, il arriva en tête avec 3 079 voix sur 19 157 inscrits et 3 779 voix au deuxième tour. Il fut à nouveau candidat en 1964. Candidat du PCF aux élections législatives dans la première circonscription (Avignon), en 1958, il obtint 9 659 voix (deuxième position devançant Édouard Daladier, maire radical-socialiste d’Avignon) sur 63 018 inscrits. Avec 14 123 voix le dimanche suivant, il ne réunit qu’une partie des voix des candidats de gauche qui s’étaient retirés sans donner de consigne de vote. En 1962, après avoir eu 11 149 voix sur 66 487 inscrits (troisième position), il se désista pour Henri Duffaut, socialiste SFIO, qui fut élu. Pour les élections de 1967, il refusa d’être à nouveau candidat. Il était aussi membre du comité départemental de France-URSS dans les années 1950-1960.

Puaux, comme inspecteur départemental de la jeunesse et de l’éducation populaire, avec le maire d’Avignon, le docteur Georges Pons, sur le conseil de René Char qu’il connaissait depuis la Résistance, accueillit Jean Vilar en 1947 pour participer à l’organisation d’une « Semaine d’art dramatique en Avignon », comprenant une exposition de peinture (Picasso, Braque, Léger) au Palais des Papes. Vilar, à la recherche d’un public populaire et jeune, avec sa jeune troupe, joua dans la cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon, le 4 septembre 1947, Richard II de Shakespeare, et deux autres pièces de Paul Claudel et de Maurice Clavel. Avec des jeunes de la région, Puaux eut un grand rôle dans l’organisation matérielle de ce qui devint, dès 1948, le « festival », assurant par la suite le relais entre les artistes et le public. Dès le début, il favorisa les initiatives des CEMEA qui débouchèrent sur l’organisation des Rencontres internationales à partir de 1955. Quand, à l’issue du festival en 1953, Vilar, en conflit avec des membres du comité d’organisation, donna sa démission, Puaux, soutenu par Édouard Daladier, maire d’Avignon, organisa, avec l’aide de Gérard Philipe, la campagne (25 000 signataires) pour obtenir le retour de Vilar, ce qui fut acquis à l’issue de la « bataille d’Avignon ». L’année suivante, pour encourager la fidélisation du public, fut créée l’Association des Amis du théâtre populaire qu’il anima avec Jean Autrand. Par la suite, collaborateur indispensable de Jean Vilar, directeur du festival, il le représentait à Avignon, puis devint son « administrateur permanent » en 1967. Vilar l’associait à ses réflexions qui conduisirent, à la création en 1964 des Rencontres d’Avignon, et en 1965, du Conseil culturel, confié à Puaux, pour maintenir le contact avec les associations soutenant et animant le festival avec les Avignonnais. Son importance prit un nouveau sens après l’été 1968 avec le soutien à Vilar qui avait été contesté. Après le décès de ce dernier en 1971, Puaux, conservant le titre d’administrateur permanent, assura la responsabilité de l’organisation du festival, toujours sous régie municipale, jusqu’à son retrait en 1979. Pendant ces années, il développa ce qui avait été initié ou projeté avec Vilar (ouverture aux théâtres étrangers, à la musique, à la chorégraphie, au cinéma, développement du Centre international de recherche, de création et d’animation de la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon notamment) et initia des partenariats de la ville d’Avignon avec le service public de Radio-France. Dans ce cadre, se déroulèrent des colloques ou les Rencontres du Verger d’Urbain V, avec les équipes artistiques invitées au festival et des débats sur la culture. L’un d’entre eux, en 1979, provoqua des protestations de plusieurs communistes locaux. Ariane Mnouchkine et le théâtre du Soleil jouaient l’adaptation du roman de Klaus Mann, Méphisto, traitant de la montée du nazisme et notamment des responsabilités des communistes et des socialistes allemands dans cette période. Ces analyses mises en scène furent contestées. Puaux, comme membre du PCF, affirma la liberté nécessaire de la création artistique, y compris pour aborder des sujets controversés. Il fut notamment appuyé par le dirigeant communiste Jack Ralite qui l’avait toujours soutenu et par Pierre Juquin.

Avec l’association Jean Vilar créée après le décès du fondateur du Festival dont il était le secrétaire, avec la ville d’Avignon et la Bibliothèque nationale, Puaux prépara et ouvrit la Maison Jean Vilar en 1979 pour rassembler son œuvre et témoigner de l’histoire du théâtre populaire et de la décentralisation. Il la dirigea par la suite jusqu’à son décès. Remarié en mai 1977 à la mairie du XIXe arrondissement de Paris avec Melly Touzoul, avec cette dernière, il perpétua l’esprit de Vilar dans cette Maison (expositions, rencontres, animations, archives, bibliothèques, phonothèque, vidéothèque …).

A partir de 1981 et l’arrivée de la gauche au pouvoir, Puaux, futur conseiller permanent (1983-1986) de Jack Lang, ministre de la Culture, élabora les conclusions de la Commission nationale d’action culturelle ; son rapport sur les établissements culturels en 1982 proposait notamment le maintien des maisons de la culture et le développement des centres d’action culturelle afin de favoriser le développement de la culture populaire. A la demande de François Mitterrand , il fut nommé président du conseil d’administration du théâtre national de l’Opéra de Paris de 1981 à 1983, chargé notamment d’une mission, conclue par un rapport, Une réflexion sur l’art lyrique et de la préparation « d’une salle moderne, populaire » annoncée par le Président de la République. Dans le même temps, chargé de cours à l’École nationale d’administration (troisième voie), il présida l’Office national de diffusion artistique. Membre du comité du Théâtre de l’Est parisien et du conseil d’administration de Radio France de 1982 à 1985, il faisait aussi partie du bureau de l’Association nationale de formation et d’information culturelle. Pendant cette dernière période, il multiplia les interventions en France et à l’étranger sur les grands thèmes des politiques culturelles populaires.

En 1994, Puaux participa à des entretiens enregistrés consultables sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel. Il écrivit en 1997 avec son épouse et Claude Mossé, L’aventure du théâtre populaire d’Epidaure à Avignon, (Paris, Éditions du Rocher).

Paul Puaux était toujours membre de la cellule Daniel Ferry du PCF à son décès comme le rappela Fernand Marin lors de son incinération à Montpellier (Hérault). La presse rendit largement compte de son action culturelle dans son rapport avec les besoins populaires et démocratiques.

Son nom fut donné, en juillet 1999, à la « montée » permettant d’accéder à la Maison Jean Vilar.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159277, notice PUAUX Paul par Jacques Girault, version mise en ligne le 1er juin 2014, dernière modification le 5 avril 2021.

Par Jacques Girault

Paul Puaux
Paul Puaux
Paul Puaux
Paul Puaux

ŒUVRES : Parmi les sept titres du fichier de la BNF : Les établissements culturels, Paris, La Documentation française, 1982. — Avignon en festivals ou les utopies nécessaires, Paris, Hachette, 1983.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Divers sites Internet. —Renseignements fournis par Yolaine Goustiaux-Puaux, sa fille, et par Melly Puaux, son épouse. — Notes de la Maison Jean Vilar (Frédérique Debril). — Melly Puaux (avec la collaboration d’Yolaine Goustiaux), Paul Puaux, l’homme des fidélités, Avignon, Association Jean Vilar, 2000. — Geneviève Poujol, Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants XIXeme-XXeme siècles. De l’éducation populaire à l’action culturelle, Paris, L’Harmattan, 1996 (notice d’Emmanuelle Loyer). — Notes de Claude Mesliand.

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