PIC Maurice, Louis, Émile, Albert

Par Gilles Vergnon

Né le 15 février 1913 à Saint-Christoph-d’Albion (Vaucluse), mort le 30 janvier 1991 à Montélimar (Drôme) ; instituteur, puis enseignant d’histoire-géographie ; militant socialiste, membre du comité directeur de la SFIO (1956-1969), puis du nouveau Parti socialiste (1969-1971) ; secrétaire d’État à l’Intérieur dans les gouvernements Guy Mollet, Bourgès-Maunoury, Félix Gaillard (février 1956-avril 1958) ; conseiller de la République de 1948 à 1958, député de la Drôme de 1958 à 1973, sénateur de la Drôme de 1971 à 1989, conseiller général de Montélimar de 1945 à 1985, président du conseil général de la Drôme de 1956 à 1985 ; maire de Châteauneuf-du-Rhône de 1945 à 1959, puis de Montélimar de 1959 à 1989 ; président de la Fédération des élus socialistes et républicains de 1951 à 1977, président de l’Association des maires de la Drôme de 1950 à 1989, secrétaire général de l’Association des maires de France de 1966 à 1979.

Maurice Pic
Maurice Pic
Député

Fils d’Émile Pic, instituteur, et de Léonie, née Constantin, sans profession, le jeune Maurice Pic grandit dans un milieu marqué par l’engagement socialiste et syndical. Son père, adhérent de la section d’Avignon de la SFIO, secrétaire adjoint de l’UD-CGT en 1927, fut deux fois candidat aux élections cantonales, en particulier à Sault en 1932. Élève dans la classe de son père à l’école de Morières, près d’Avignon, puis au lycée Frédéric Mistral d’Avignon, il poursuit ses études à l’Ecole normale du département de 1929 à 1932, et prend son premier poste d’instituteur à Piolenc à la rentrée 1932. Adhérent aux Jeunesses socialistes en 1930, membre du bureau national en 1932, il milite également au SNI, dont il est secrétaire départemental adjoint. Il poursuit parallèlement ses études supérieures, dès 1932, d’abord à la faculté de Montpellier, puis à la Sorbonne, de 1935 à 1937, où il obtient une licence de lettres. Il soutiendra en 1944 à l’Université de Lyon, un DES de géographie sur l’évolution de l’agriculture dans le canton de Sault (Vaucluse). À ce moment, il militait à la SFIO dans la région parisienne, dans le X° arrondissement, puis à Soisy-sous-Montmorency. De février à septembre 1938, il enseigna à l’École primaire supérieure de Beauvais avant de suivre à l’École militaire de Saint-Cyr une préparation d’élève-officier de réserve.

Mobilisé, le sous-lieutenant Maurice Pic est affecté au 24e régiment d’infanterie le 20 août 1939 ; capturé en juin 1940, il fut prisonnier à l’Oflag II d de Westphalenhof en Poméranie jusqu’à sa libération pour raison sanitaire en décembre 1941. De retour en France, il fut affecté au collège de Montélimar, où il enseigna l’histoire et la géographie. En contact avec le noyau local de socialistes engagés dans la Résistance, autour de Marius Spezzini, il fut président du comité de libération de Châteauneuf-du-Rhône, où il résidait, puis élu dès le premier tour maire de la commune en mai 1945. Il compléta ce mandat par celui de conseiller général du canton de Montélimar, conquis aussi au premier tour le 23 septembre 1945 avec 3341 voix sur 6334 suffrages exprimés, devant le communiste Robert Armand (2005 voix) et le radical Jean Thorent, ancien maire de Montélimar (962 voix). Maurice Pic aimait raconter que cette candidature était largement l’effet d’un hasard qui aurait écarté, à cause d’une affaire de mœurs, le candidat initialement désigné par son parti et conduit Marius Spezzini, maire de Montélimar, à le choisir, lui qui ne “connaissait personne”. Il est vrai que La Volonté socialiste, l’hebdomadaire fédéral de la SFIO, qui annonçait, quinze jours avant le scrutin, un autre candidat sur le canton, ne présenta son nom que le 22 septembre, à la veille de l’élection.

En fait, comme l’a montré Jean-François Robert, le « hasard » ne fit qu’ouvrir une opportunité, saisie aussitôt par un militant particulièrement dynamique, qui inscrivait son activité dans un projet à la fois personnel et politique. L’article de La Tribune de Montélimar et du Tricastin, alors hebdomadaire du comité de libération, présentant son élection, insiste déjà sur sa “connaissance approfondie des rouages de l’administration”, la “précision et l’aisance avec lesquelles il a répondu partout aux demandes”, valorisant d’emblée des caractéristiques qui seront celles de toute une carrière.

Le jeune militant, déjà choisi par le congrès fédéral du 25 septembre comme suppléant pour les élections à l’Assemblée constituante, entre en novembre 1945 comme responsable à la propagande au bureau fédéral de la SFIO. Il fut candidat en dernière position sur la liste socialiste aux élections législatives de juin et novembre 1946, en avant-dernière position aux législatives partielles de mars 1947, et désigné premier secrétaire du conseil général en 1947. Maurice Pic acheva sa période de « rodage » (J.F Robert) par la conquête de deux mandats décisifs : la fédération socialiste dont il devient le secrétaire en février 1949 , le conseil de la République où il est élu à 35 ans, au deuxième tour de scrutin, le 7 novembre 1948, par 364 voix sur 826, en tandem avec le vétéran Marius Moutet*. La profession de foi valorise, à côté des ressources politiques héritées de la guerre “ancien combattant, ancien prisonnier de guerre”, les qualités de ce “jeune et actif secrétaire du conseil général” qui “a fait preuve dans l’exercice de ses fonctions à l’assemblée départementale ou à la tête de sa commune rurale, de rares qualités d’initiative et de compréhension”. Au début des années cinquante, Maurice Pic était bien, comme le signalent les Renseignements généraux, un « espoir » du socialisme dans son département. Il semble, à la différence d’autres figures locales de la SFIO, peu impliqué dans les débats idéologiques. Ainsi, au congrès fédéral du 23 mai 1954 qui débat de la CED, il se rallie à l’opposition, presque unanime, au projet (56 mandats sur 59), emmenée par Marcel Cartier*, sans se distinguer particulièrement. Sa légitimité, à la fois intérieure et extérieure au parti se fonde sur ses compétences d’élu local qui le font connaître comme un « spécialiste ». Le tract d’appel aux délégués sénatoriaux, rédigé en juin 1955 à l’occasion des élections sénatoriales, où il fut reconduit dans son mandat, signale ainsi que Maurice Pic, “connu maintenant dans la France entière comme l’un des défenseurs les plus compétents des collectivités locales”, était un “spécialiste incontesté des questions de finances locales”. La conquête de positions locales, poursuivie avec la présidence de l’Association des maires de la Drôme en 1950, du conseil général de la Drôme en 1956 et l’élection en 1958, comme seul député socialiste du département contre le radical Louis Chancel, député-maire de Montélimar, se complète de positions nationales. Membre du comité directeur de la SFIO en 1956, il participa de février 1956 à juin 1957 au gouvernement de Guy Mollet comme sous-secrétaire d’État aux affaires municipales et départementales, puis comme secrétaire d’État à l’intérieur dans les gouvernements Bourgès-Maunoury (juin-septembre 1957) et Félix Gaillard (novembre 1957-avril 1958). Il œuvre alors à la “déconcentration” des décisions de l’administration centrale vers les préfets, et à l’allègement de la tutelle et des charges sur les municipalités. Localement, il usa de ses prérogatives pour faire aboutir ou interrompre plusieurs projets (l’abandon d’un projet de déviation routière à Montélimar). Dans cette période, il se rangea, comme l’ensemble de sa fédération (le congrès du 8 décembre 1956 exprime sa confiance en Guy Mollet par 54 voix contre une), derrière Guy Mollet dans le débat sur la politique algérienne.

En mars 1959, conduisant une “liste de concorde républicaine pour l’expansion et l’avenir de Montélimar”, sur laquelle figurent deux anciens maires, Marius Spezzini (maire à la Libération, et de 1947 à 1953) et Raymond Crozier (maire de 1945 à 1947), il conquit la ville au deuxième tour, obtenant la totalité des 25 sièges de conseillers municipaux.

À compter de ce moment, bien que l’avènement de la V° République interrompe sa carrière nationale, Maurice Pic construisit, à partir de l’addition de plusieurs positions locales et départementales, ce que l’historien de Montélimar Stéphane Baumont appelle le “système Pic” ou un “radicalisme de proconsulat”.

Comme maire, Maurice Pic présida à l’expansion et la modernisation de la cité : construction d’un nouveau quartier d’habitation à Nocaze à partir de 1960, ZUP de Pracontal et piscine olympique en 1967, centre hospitalier général en 1980, etc... Comme président du conseil général, il incarna une forme de « consensus drômois » face au préfet, représentant de l’État. Le cumul de cette fonction avec celle de président de l’association des maires de la Drôme lui permit d’assoir son hégémonie sur le département, en s’assurant du soutien ou de la non-agression d’élus de tous bords politiques. Comme député et secrétaire fédéral de la SFIO, il avait ses relais « à Paris » et verrouillait l’ensemble de la gauche non-communiste.

Réélu facilement maire de Montélimar dès le premier tour en mars 1965 avec 63,16 % des voix, Maurice Pic était le seul député de gauche à conserver son siège aux législatives de juin 1968 : devancé au premier tour par le candidat UDR Jean Escoffier, il ne l’emporta que difficilement au second tour, avec 51,5 % des suffrages exprimés, soit dix points de moins qu’en 1967.

Au-delà de l’événement conjoncturel, c’est à cette époque que le “système Pic” connut ses premières fissures. La constitution au plan national de la FGDS amèna l’arrivée dans la Drôme de Georges Fillioud*, élu député de Romans en 1967 et la tentative d’implantation à Valence de Gilles Martinet*, responsable national du PSU, soutenu en 1967 par la FGDS nationale, mais désavoué par la FGDS de la Drôme qui préférait appuyer aux législatives le radical Jean Perdrix, maire de Valence. Le congrès d’Epinay amèna au Parti socialiste une nouvelle génération de militants, acquis à l’Union de la gauche, qui remit en cause les bases plus consensuelles de la gestion départementale de Maurice Pic. Réélu plus difficilement maire en 1971, au deuxième tour avec 44,37 % des suffrages exprimés dans une triangulaire avec l’opposition de droite et les communistes, il dut constituer, pour le scrutin municipal de mars 1977, après avoir refusé au premier tour l’union avec les communistes, une “liste d‘union de la gauche et des républicains de progrès” au second tour, intégrant 8 communistes, élue avec plus de 60 % des suffrages. Il ne contrôlait plus la fédération socialiste, dirigée successivement par Rodolphe Pesce (de 1971 à 1973) puis Georges Fillioud et ne siègeait plus dans les instances nationales du PS après 1971. Il resta cependant une figure majeure du socialisme départemental et la figure principale de la vie politique drômoise. C’est à ce titre qu’il reçut à Montélimar le 9 juin 1981, François Mitterrand pour son premier voyage en province comme président de la République, et qu’il accueillit au conseil général le 23 octobre « dans une vieille terre de liberté et donc de socialisme », les ministres et parlementaires socialistes à l’occasion du congrès de Valence du PS.

Battu aux élections cantonales en mars 1985, Maurice Pic, affaibli par une liste dissidente à gauche, laisse en mars 1989 la mairie de Montélimar au radical Thierry Cornillet et ne se représenta pas pour un nouveau mandat de sénateur en septembre 1989. Son dernier engagement public fut la présidence de l’association départementale pour la célébration du bicentenaire de la Révolution française.

Personnalité controversée dans son propre parti, Maurice Pic a cependant fait l’objet d’un hommage unanime. « L’homme qui avait fait entrer la Drôme dans les temps modernes », selon le journaliste Pierre Vallier, fut, à la fois, notable local et « modernisateur » aux accents parfois mendésiens. À l’intérieur du parti socialiste, il incarna la transition entre la génération d’avant-guerre et celle d’Épinay, sans se rattacher véritablement à la génération de la Résistance, ni s’impliquer fortement dans les débats internes.

Marié le 30 mai 1936 en Avignon avec Émilienne Valatte, Maurice Pic avait divorcé en mars 1953 pour épouser le 11 juillet 1953 à Paris Lucienne Guillon.

Titulaire de la croix de guerre 1939-1945 (2 citations), commandeur de l’Ordre du Mérite civil de l’Intérieur, Maurice Pic était officier de la Légion d’Honneur (1990).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159303, notice PIC Maurice, Louis, Émile, Albert par Gilles Vergnon, version mise en ligne le 1er juin 2014, dernière modification le 31 octobre 2021.

Par Gilles Vergnon

Maurice Pic
Maurice Pic
Député

SOURCES : Arch. Dép. Drôme, 51 W 2, 498 W 9, 41 J 48 (fonds Lucien Junillon), 186 J 170, 171 et 177 (fonds Maurice Pic). — Archives de la fédération de la Drôme du Parti socialiste ; Hommage à Maurice Pic, Conseil général de la Drôme, Valence, 1991. — Le Dauphiné libéré, 31 janvier 1991. — La Tribune de Montélimar ; La Volonté socialiste (1945-1991). — Jean-François Robert, « Le conseil général de la Drôme », Cahier de l’Institut Marius Moutet, 2, 1997. — Stéphane Baumont, « La République de Maurice Pic », Histoire de Montélimar, Toulouse, Privat, 1992. — Kader Ferchiche, 1900-1999. Un siècle à Montélimar, Avignon, 2000. — Notes de Philippe Veitl. — Lettres d’Anne-Marie Rème-Pic et Michèle Reynaud-Pic.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément