SANTERRE François [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né le 16 mars 1809 près de Blois (Loir-et-Cher), mort à Dallas (Texas) le 9 décembre 1889 ; marié et père de sept enfants ; agriculteur ; fouriériste ; membre de la communauté de Réunion (Texas) ; installé sur les anciennes terres de la colonie avec sa famille ; membre de l’AIT.

De souche prolétarienne et rurale, François Santerre travailla durant sa jeunesse « dans les fermes comme journalier, batteur en grange, semeur et faucheur » à Maves (Loir-et-Cher), aux confins de la Beauce. Après quatre années de service militaire, il s’orienta vers l’agriculture. Laïc et républicain dans un village dominé par un hobereau réactionnaire, il vécut en union libre avec Marie Launey, jusqu’après la naissance de leur premier enfant.

Fouriériste convaincu, François Santerre décida à 46 ans de partir pour le Texas avec sa famille, afin de prendre part à l’expérience de Réunion. Il était alors assez connu des dirigeants français du mouvement pour qu’un Jean-Baptiste Godin fasse le déplacement jusqu’en Beauce pour venir s’entretenir avec lui des risques que comportait l’aventure.

François Santerre vendit ses biens et embarqua au Havre avec plusieurs autres familles à bord de deux navires, le Clarisse et le Bart. Ils arrivèrent à Galveston (Texas) au terme de 60 jours de traversée. À Houston, ils rencontrèrent un émissaire, qui, sur instruction de Considerant, s’efforça de les persuader de faire demi-tour. Ils atteignirent néanmoins Réunion après bien des difficultés en mai 1856, et y furent accueillis sans enthousiasme.

François Santerre se révéla pourtant être l’un des rares colons capables de mettre en culture les terres arides qui appartenaient à la colonie. Il se vit bientôt confier de ce fait la responsabilité des travaux agricoles. Il avait en outre apporté une riche bibliothèque, qui fut très appréciée par les autres colons.

Lorsque les opérations furent officiellement suspendues en 1857, François Santerre persista dans son désir de rester à Réunion. À force d’ingéniosité, il parvint au cours des trente années suivantes à se constituer une ferme de 75 ha, sur des terres acquises à bon compte. Avec sa nombreuse famille, il réalisa un mini phalanstère autarcique, qui réussit là où les projets trop grandioses de Considerant avaient échoué. En 1866, il s’installa avec les siens dans une grande maison construite sur les terres qu’il avait reçues en dédommagement après la liquidation de la colonie (sur l’emplacement actuel de Colorado Boulevard et Westmoreland Avenue à Dallas).

Colon nostalgique, François Santerre retourna à six reprises en France durant la morte-saison agricole. Fin 1869-début 1870 il se rendit à Paris où il assista aux obsèques de Victor Noir (qui faillirent tourner à l’épreuve de force entre les révolutionnaires parisiens et le pouvoir impérial), puis alla saluer ses vieux amis fouriéristes et visiter les établissements de J.-B. Godin à Guise.

Fidèle à ses convictions socialistes, François Santerre rejoignit la section française n° 46 de l’AIT, et entretint pendant des années une correspondance régulière avec les militants francophones de New York, envoyant non moins régulièrement des contributions financières aux souscriptions organisées pour les veuves et les orphelins des communards, pour les déportés de la Nouvelle-Calédonie, pour aider la presse socialiste francophone à subsister, etc. En 1875, son nom figurait encore sur la liste des abonnés au Bulletin de l’Union républicaine. Ce même journal avait publié le 16 décembre 1874 une longue et très intéressante lettre de François Santerre, dans laquelle ce dernier parlait de sa vie et réaffirmait ses convictions fouriéristes : « Je suis partisan de l’organisation de la commune agricole et industrielle, libre et volontaire (…) Je suis partisan de l’association intégrale (…) J’espère toujours un avenir meilleur. »

Dans le même temps, François Santerre s’attachait à faire fructifier en France les économies peu à peu réalisées au Texas ; mais des placements imprudents chez un notaire peu scrupuleux lui firent perdre l’essentiel des 20 000 francs or patiemment mis de côté.

François Santerre mourut dans sa maison de Dallas le 9 décembre 1889.

François Santerre et son épouse Marie eurent sept enfants, dont six naquirent en France : Césarine (1839-1923, qui épousa Émile Remond), Appollinaire (1843-1866), Lucie (1845-1932, qui épousa Charles Voirin), Germain (1848-1932, qui épousa Marie Guyot), Emmanuel, (1850-1939, qui épousa Victoire Lamotte), Raphaël (1853-1893, qui épousa Ernestine Priot), Gustave (1857-1936, qui épousa Rosina Loupot). Tous ceux qui se marièrent épousèrent des anciens colons ou des enfants d’anciens colons de Réunion. Les historiens de Réunion, George H. Santerre et Éloïse Santerre étaient respectivement le petit-fils et l’arrière petite-fille de François Santerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159447, notice SANTERRE François [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 4 juin 2014, dernière modification le 4 juin 2014.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Le Socialiste, 22 décembre 1872. — Bulletin de l’Union républicaine, 16 décembre 1874, 16 avril, 17 décembre 1875, 20 mai 1876. — Éloïse Santerre, « Reunion, a Translation of Dr Savardan’s Un Naufrage au Texas, with an Introduction to Reunion and a Biographical Dictionary of the Settlers », M.A. Thesis, Southern Methodist University, Dallas, Texas, 1936, passim. — George H. Santerre, White Cliffs of Dallas. The Story of Réunion, the Old French Colony, Dallas, The Book Craft, 1955, p. 137-142. — Michel Cordillot, « Les derniers fouriéristes français aux États-Unis. Notes et documents », LUVAH. Revue littéraire (n° spécial Charles Fourier), février 1989, p. 103-116. — Bruno Verlet, « François Santerre et les siens. Une famille fouriériste au Texas », Cahiers Charles Fourier, n°2 (1991), p. 57-68.

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