TASSILIER Théodore, Louis [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né à Paris en 1820, mort après 1861 ; ouvrier typographe ; révolutionnaire et quarante-huitard actif, insurgé en Juin, transporté puis acquitté ; déporté à Cayenne après le Deux décembre ; installé à New York après son évasion, co-fondateur en 1860 du Revendicateur.

Théodore Tassilier fut élu officier de la garde nationale en 1848. Agitateur révolutionnaire en Belgique au printemps 1848, il entra ensuite aux ateliers nationaux. Le 26 juin 1848, il fut accusé d’avoir « prêché le pillage des riches et soulevé les ouvriers contre la garde nationale ». Transporté à Belle-Île, délégué des détenus du dortoir 25, il fut considéré par l’administration pénitentiaire comme un des « meneurs » les plus dangereux. Il figura en premier sur la liste des dix accusés de mutinerie, amenés de Belle-Île à Vannes le 21 février 1850, mais fut finalement acquitté par les assises du Morbihan le 18 mars.

Arrêté au lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Théodore Tassilier fut envoyé au bagne de Cayenne. Particulièrement surveillé, il dut travailler en traînant une chaîne de vingt kilos à laquelle était attaché un boulet de canon. Le Morning Chronicle de Londres publia le 15 février 1856 une lettre adressée par lui à Louis Blanc dans laquelle il lui demandait de faire connaître au monde entier les conditions dégradantes réservées aux prisonniers politiques. L’Homme—journal de la démocratie universelle publia le 26 avril 1856 une autre correspondance, écrite peu avant son évasion, qui dénonçait une nouvelle fois les conditions atroces faites aux bagnards de Cayenne. Il prit également une part importante dans la rébellion du 22 juillet 1853 des forçats de l’Îlet la Mère. Le Capitaine Rapporteur écrivit de lui : « Tassilier est un meneur dangereux, doué d’une facilité d’élocution remarquable (…) ; sa participation dans la rébellion du 22 juillet a été celle d’un provocateur ».

Quelques années plus tard, Théodore Tassilier, qui avait réussi à s’évader de Cayenne le 21 juillet 1857 et à gagner les États-Unis, était installé à New York comme matelassier typographe, 68 Grand street. En décembre 1860, il figura parmi les rédacteurs-fondateurs du Revendicateur, qui avait pris la suite du Libertaire de Joseph Déjacque.

Ce « journal des intérêts populaires » se voulait une « tribune nouvelle créée pour la propagation des idées humanitaires et sociales. » Dans le programme exposé dans la page spécimen figuraient les points suivants : « abolition des armées permanentes, (…) suppression du clergé, (…) suppression de la propriété personnelle de la terre, (…) suppression du capital et de la rente, (…) l’égalité civile absolue devant la loi comme devant le scrutin, (…) la possession des instruments de travail par les producteurs (…) et, d’une manière générale, l’extinction des maux, des vices et des misères qui affligent l’humanité. »

Le Revendicateur n’eut qu’une existence éphémère, disparaissant sans doute du fait de la crise économique aiguë qui frappa New York dès l’annonce de la Sécession des États sudistes.

Au tout début de la guerre de Sécession, répondant à l’appel de Lincoln, il s’engagea volontairement pour défendre l’Union et lutter contre l’esclavage. Ayant mis sur pied la compagnie K du 39e Régiment d’infanterie de New York en mai 1861 (dit de la Garde de Garibaldi), il en fut nommé capitaine. Le 27 août de la même année, à la suite de désaccords personnels, il fut récusé par le colonel d’Utassy et renvoyé de l’armée. Ce dernier eut d’ailleurs à répondre de cette décision arbitraire lors de son jugement en cour martiale en avril 1863.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159457, notice TASSILIER Théodore, Louis [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 4 juin 2014, dernière modification le 5 février 2020.

Par Michel Cordillot

SOURCES : L’Homme—journal de la démocratie universelle, 26 avril 1856. — Le Revendicateur, 8 décembre 1860-9 février 1861. — J.-G. Prat, Les Exploits du Deux Décembre, 2e série, Paris, Dentu, 1889, p. 227 sq. — Archives Nationales d’Outre-Mer, Base de données des dossiers individuels de condamnés au bagne, Théodore Louis Tassilier — J.-L. Debauve, « Un procès politique en 1850 », Nouvelle Revue de Bretagne, mai 1951. — Michael Bacarella, Lincoln’s Foreign Legion. The 39th New York Infantry, the Garibaldi Guard, Shippensburg (Pa), White Mane, 1996. — Notes de Valentine Dumas.

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