VILLA Charles [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Journaliste démoc-soc lyonnais ; exilé aux États-Unis après juin 1849 où il était enseignant en 1867-1868 ; fondateur et dirigeant à New York de l’URLF ; rédacteur du Bulletin de l’Union républicaine ; violemment anti-allemand après 1870, il dénonça la Commune et rompit avec ses anciens amis politiques, presque tous ralliés à l’AIT.

Journaliste démoc-soc lyonnais exilé aux États-Unis après les événements de juin 1849, Charles Villa participa en février 1869, au banquet fraternel des républicains française de New York et Newark organisé pour fêter la proclamation de la Deuxième République. Il en assura le secrétariat et prononça un discours. Ce fut à cette occasion que Debuchy proposa de créer partout aux États-Unis des sections républicaines semblables à celle qui venait de se créer à Saint-Louis.

Membre fondateur de l’Union républicaine de langue française à New York, Charles Villa fut élu président de la section 1 de cette ville lors de sa création le 14 mars 1869. Élu président du Comité central new-yorkais mis en place le 13 juin suivant, il fit partie de la commission chargée de préparer la publication d’un journal. Il prononça également un important discours à l’occasion du banquet commémorant l’anniversaire du 22 septembre (qu’il présidait). Durant toute l’année suivante il fut constamment réélu à la présidence du comité central de l’URLF. Membre du comité de liaison permanent avec la rédaction du Bulletin de l’Union républicaine, dont il était l’un des rédacteurs, il signa le contrat avec les typographes de l’Imprimerie sociale. Début juillet 1870, Charles Villa démissionna de ses responsabilités (en même temps que Désiré Debuchy et Frédéric Tuefferd) pour laisser la place à d’autres et favoriser le renouvellement des dirigeants.

En septembre 1870, il siégea au Comité de défense nationale organisé sous l’égide de l’URLF pour organiser le départ de volontaires vers la France envahie. En octobre, il fit partie du comité organisateur de la deuxième tombola patriotique organisée sous les auspices du Comité de défense nationale. Le tirage eut lieu à l’Union Assembly Rooms de New York en présence d’une assistance évaluée à 3 000 personnes, presque toutes francophones.

Lors des élections de décembre 1870 destinées à renouveler le bureau de la section new-yorkaise de l’URLF, il fut réélu président. Le 15 janvier 1871, il assista à l’assemblée extraordinaire où la décision fut prise d’appeler les ouvriers français de New York à verser 25¢ par semaine pour créer un Fonds de secours permanent pour la République.

Début mars 1871, Charles Villa fit paraître dans les colonnes du Bulletin un éditorial virulent de tonalité chauvine et anti-allemande. Désavoué dès le numéro suivant par un article signé CtC [Constant Christenert], cet éditorial provoqua une protestation solennelle des Icariens de l’Iowa.

La route de Charles Villa se sépara alors de celle suivie par la majorité des membres de l’URLF, qui prirent fait et cause pour les communeux. D’abord silencieux, il prit ensuite ouvertement ses distances avec les révolutionnaires à l’occasion d’un discours qu’il prononça à l’invitation des Gardes Lafayette le 5 septembre 1873, lors d’une cérémonie célébrant l’anniversaire du Général. Si l’on en croit le consul de France, « il condamna sévèrement la Commune et se sépara complètement de ceux qui le croyaient leur allié (…) Colère des réfugiés de la Commune qui ne s’attendaient pas à une attaque aussi violente d’un républicain sincère sur les sympathies duquel ils espéraient pouvoir compter. Un Mr Raveaux, se disant commandant d’une des légions de la Commune, envoya au nom de la proscription un cartel à M. Villa, cartel auquel celui-ci eut le bon esprit de ne pas répondre. »

En 1876, Charles Villa vivait toujours à New York. Il prononça un important discours à l’occasion de l’inauguration de la Statue de Lafayette.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159464, notice VILLA Charles [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 4 juin 2014, dernière modification le 16 octobre 2020.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. PPo, B/a 435, Rapport du Consul de France, New York, 15 octobre 1873. — New York Directory, 1867-1868. – Messager franco-américain, 4 mars 1869. — Bulletin de l’Union républicaine, 15 novembre, 15 décembre 1869, 10 mars, 15 juin, 1er juillet, 15 juillet 1870, janvier, mars, 15 avril, 15 mai 1871. — Courrier des États-Unis, 7 septembre 1876. — Charles Clerc, Les Républicains de langue française aux États-Unis, 1848-1871, Thèse, Univ. Paris XIII, 2001, p. 332, 353, 358 et suiv. — Notes d’Hubert Perrier et Ronald Creagh.

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