MAY Élie, Henri [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né à Paris (VIe arr.) le 10 juin 1842 dans une famille de négociants en pierres précieuses, mort le 21 octobre 1930 ; demeurant à Paris, 97, rue de Turbigo, IIIe arr. ; négociant en pierres fines ; marié avec Mlle Haguenauer, veuf en 1899, puis remarié avec Mme Tétard ; père de deux garçons ; militant blanquiste et membre de l’Internationale ; communard, exilé aux États-Unis ; entré en conflit avec les blanquistes, il fut exclu, ainsi que son frère Gustave, de la Société des réfugiés ; membre de la Chevalerie du travail américaine ; occupa après son retour en France des responsabilités importantes au sein du Parti socialiste SFIO et de la Franc-Maçonnerie.

Militant blanquiste sous le Second Empire, Élie May fut sans doute contraint de se réfugier en Suisse pour échapper aux poursuites. En août 1868, il figurait parmi les rédacteurs du Felleisen, organe de l’Union des Arbeiterbildungs Vereine allemands en Suisse, ralliés à l’AIT. Il fut également attiré très jeune par la Franc-Maçonnerie, à l’image de nombreux militants blanquistes. Initié à la Loge « Les Trinitaires » sous les auspices de Suprême Conseil de France le 19 octobre 1864, il fut fait Compagnon le 19 juillet 1865, puis Maître le 21 février 1866 (il accéda au 32e degré du Rite écossais ancien et accepté en 1898).

Sergent au 204e bataillon de la Garde nationale pendant le siège, Élie May participa le 31 octobre 1870 avec les Bellevillois à la prise de l’Hôtel de ville. Après le 18 mars, il fut d’abord nommé directeur de la Manufacture des tabacs. Son frère le nomma ensuite intendant divisionnaire. Accusé de concussion, de même que son frère, Élie May fut déplacé de l’intendance et remplacé par Varlin le 2 mai. Au terme d’une enquête menée avec diligence, ce dernier conclut qu’aucun fait « de nature à compromettre [leur] honorabilité » n’avait été relevé dans leur gestion.

Le 31 août 1872, le 6e conseil de guerre condamna par contumace les deux frères à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Élie May se réfugia d’abord à Londres, puis à New York. Il y arriva avec son frère début septembre 1871. Ils furent interceptés par les douaniers américains, porteurs de diamants dont la valeur était estimée à 3 390 dollars, et ils furent accusés de contrebande (voir la lettre d’explication parue dans Le Socialiste le 18 novembre 1871). Plus tard l’origine exacte de ces pierres allait être au cœur d’âpres controverses entre réfugiés.

Membre du premier noyau blanquiste en voie de constitution autour d’Edmond Levraud, Élie May envisagea durant quelque temps de se lancer avec son frère et Levraud dans le commerce de l’article de Paris et de la bijouterie de pacotille. Mais bientôt les relations se tendirent entre les frères May et les autres membres du groupe. Les accusations de corruption et de prévarication refirent surface, nourrissant l’antisémitisme de certains de leurs accusateurs.

Le 9 mars 1872, Élie repartit pour Londres. Le 3 avril, il participa dans cette ville, en compagnie de son frère, à une grande réunion des loges maçonniques anglaises (il figura par ailleurs parmi les fondateurs de la loge des Égalitaires à New York). Le 18 du même mois, il participa à une réunion privée de la Section fédéraliste française de 1871 de l’AIT. Le 10 juillet, il repartait pour l’Amérique, toujours en compagnie de son frère. Il fit ultérieurement plusieurs allers-retours entre New York et l’Angleterre, sans doute pour affaires. Plusieurs témoignages confirment qu’il se trouvait à Londres en février 1873, et c’est de cette ville qu’il fit parvenir la somme de 2 dollars pour la souscription au bénéfice des veuves et des orphelins des combattants de la Commune. En octobre de cette même année, il était de retour à New York, où il donna une conférence pour le 3e anniversaire des événements du 31 octobre 1870. En mars suivant, il assista au banquet commémoratif du 18 mars et y porta un toast à Blanqui. Élie May habitait alors 33 John Street, et il était établi avec son frère négociant en appareillage électrique.

Entre-temps, il semble que les frères May aient joué un rôle de premier plan dans le mouvement révolutionnaire de l’hiver 1873-74. Délégué des Français au sein du Comité de Salut public mis en place à New York, Élie était présent (ainsi que son frère) lors des échauffourées de Tompkins square. L’un d’eux harangua les militants qui s’étaient rassemblés aussitôt après les événements. Quelques jours plus tard, Élie May fut élu vice-président de la réunion à l’issue de laquelle fut décidée la constitution des milices armées d’autodéfense, et le 5 février il en fut nommé adjudant-général. Le mouvement tourna court avant qu’il ait pu mener à bien la mission dont il avait été investi.

Poursuivis par la vindicte de leurs anciens amis blanquistes, les frères May furent à plusieurs reprises mis publiquement en accusation au sein de la Société des réfugiés dont ils étaient membres. Le 17 janvier 1874, une première commission d’enquête mise en place par la Société conclut à un non-lieu. Après plusieurs autres tentatives, Élie et Gustave May furent finalement exclus de la Société le 30 mars 1876 sur proposition de Dereure, « pour cause d’indignité », à l’issue d’une réunion extraordinaire tenue à Husch’s Hall sous la présidence d’E. Fondeville, réunion à laquelle ils n’assistèrent pas. Cette décision ne fit pas l’unanimité, provoquant par exemple une protestation d’Eugène Pottier et Charles Henri Marin. Cela n’empêcha pas Élie May d’assister le 8 juillet 1877 à l’enterrement du docteur Parisel, où il figura parmi les porteurs du cercueil.

En 1875, un groupe de Maçons réfugiés à New York décida de créer en dehors de toute obédience une loge sauvage, dénommée « Les Égalitaires » ; Élie May en fut élu Vénérable Maître de l’Atelier. Ce fut cette même loge qui accueillit en Maçonnerie Eugène Pottier, l’auteur de « L’Internationale », en décembre 1875.

À l’automne 1881, Élie May occupait la fonction de secrétaire de l’Union des sociétés françaises de New York. Fondée le 14 juillet de la même année, cette dernière se fixait pour but d’« étudier toutes les questions d’intérêt général au point de vue patriotique et utilitaire » (article premier de sa constitution). À ce titre, il notifia à Henri Chabanne, le refus de l’Union d’apporter une aide financière à la réalisation de son projet de colonie agricole et industrielle.

Élie May fut l’un des rares militants socialistes franco-américain de cette période à participer au mouvement ouvrier anglophone en rejoignant dès 1873 les Knights of Labor (Chevaliers du travail, fondés en 1869). Il milita à New York et fut membre du comité national du mouvement jusqu’en 1884, date de son retour en France.

De retour à Paris en avril 1883, Élie May réintégra sa loge mère « Les Trinitaires ». Parallèlement, il se replongea dans l’action politique. En 1885, il fut l’un des cofondateurs avec Benoît Malon, Eugène Fournière, Georges Renard et quelques autres de la Société d’économie sociale dont la réunion constitutive se tint à son domicile parisien le 7 novembre. Il en fut élu administrateur trésorier. Il reprit également contact avec les anciens communards rentrés d’exil, et on le vit à de nombreuses reprises assister à des enterrements de personnalités et de membres élus de la Commune (enterrement de Cournet le 25 mai 1885, d’Antoine Arnaud quatre mois pus tard — où il prit la parole au nom de la Ligue de l’intérêt public —, de Viard en mars 1893, etc). Il semble qu’il s’était alors rapproché des milieux blanquistes.

Il fut candidat aux élections municipales de 1887 dans le IIIe arr., quartier des Archives, et recueillit 219 voix sur 4670 inscrits. Rallié au boulangisme, il fut candidat aux élections législatives de 1889 dans le XIIe arr. En novembre de cette même année, il perdit sa jeune épouse, décédée des suites d’une phtisie (lettre de Benoît Malon à Georges Renard, 3 décembre 1889, BHVP). En 1893, il se présenta une fois encore dans la 2e circonscription de ce même arrondissement et échoua après avoir recueilli 1247 suffrages.

Le 10 septembre 1893, Élie May n’assista pas — absence très remarquée — à la conférence donnée à Paris par Lucien Sanial (voir ce nom) qui préluda à l’implantation de l’Ordre en France. Il demanda toutefois son admission à la Chevalerie du travail française en 1896, mais cette demande fut combattue par Pelloutier lors de la séance du 24 mars du Chantier du XIIe arrondissement. Candidat dans ce même arrondissement aux élections législatives de 1898, Élie May recueillit 1 069 voix. C’est à ce titre qu’il fut délégué l’année suivante au congrès socialiste de la salle Japy. May s’était présenté sous l’égide du POF aux congrès nationaux duquel il avait participé à Marseille (1892) et à Montluçon (1898). Au congrès socialiste de Lyon (1901) et au congrès d’unité, salle du Globe à Paris (1905), il représenta la Guadeloupe.

En 1908, Élie May fut l’un de ceux qui négocièrent avec Clemenceau le droit d’honorer les victimes de la Semaine sanglante, et il prit la parole à cette occasion. May était alors membre du Comité du Mur qui avait pour but de faire ériger un monument au cimetière du Père Lachaise. Divers indices attestent qu’il entretenait alors des contacts avec le Préfet de police et même avec le ministre de l’Intérieur.

Dignitaire de la Grande Loge de France, très engagé dans le travail maçonnique, Élie May s’efforça de faire des « Trinitaires » un lieu de rassemblement des hommes politiques de gauche influents. Il se prononça également pour l’admission des femmes en Maçonnerie et pour la création de loges mixtes.

Élu président de l’Association fraternelle des anciens combattants de la Commune en 1918 en remplacement de Dr Goupil, malade, il signa ès qualité une adresse de bienvenue au président américain Wilson parue en première page de l’Humanité.

À partir de 1923, une santé de plus en plus fragile le contraignit à restreindre ses activités. Il mourut le 19 octobre 1930, entouré de sa femme et de ses fils. Son décès fut annoncé par divers journaux, parmi lesquels Le Parisien, l’Humanité et le Travailleur du Centre-Ouest, un hebdomadaire communiste paraissant à Limoges. Il fut inhumé au cimetière Montmartre à l’occasion d’une cérémonie à laquelle participèrent quelques-uns des derniers vétérans de la Commune et de très nombreux Francs-Maçons.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159536, notice MAY Élie, Henri [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 6 juin 2014, dernière modification le 28 avril 2016.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. Nat., BB24 862, n°5749. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., Ba/428, Ba/1177 et Ba/1546. — IFHS 14 AS 99 bis. — Arch. Aff. Étr., Correspondance politique des consuls, vol. 40, p. 34. — Journal officiel de la Commune, 1er mai 1871. — Bulletin de l’Union républicaine, 16 avril 1874 entre autres. — New York Herald, 8 juillet 1877. — New York Sun, 9 juillet 1877. — Le Travailleur du Centre-Ouest, 1er novembre 1930. — Henri Chabanne, L’Organisation du travail, nouvelle architecture sociale, Paris, librairie Baillière et Messager éditeurs, 1883. In-12, p. 259 et suiv. — Jean Bossu, « Une loge de proscrits à Londres », L’Idée libre, juin-juillet 1958. — Maurice Dommanget, La Chevalerie du Travail française, Lausanne, Rencontres, 1967. — M. Cordillot, « Les Blanquistes à New York », Bulletin de la Société d’Histoire de la Révolution de 1848, Paris, 1990. — K. Steven Vincent, Between Marxism and Anarchism. Benoît Malon and French Reformist Socialism, Berkeley, Univ. of California Press, 1992. — Michel Offerlé, Les Socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris I, 1979. — Madeleine Rebérioux, « Le Mur des Fédérés. Rouge, ‘sang craché’ », in Pierre Nora (dir), Les Lieux de mémoire, t.1, La République, Paris, Gallimard, 1984. — Laure Godineau, Retour d’exil. Les anciens communards au début de la Troisième République, Thèse, Université Paris I, 2000. — Christophe Bitaud, Élie May : communard et franc-maçon, impression à compte d’auteur, 2004.

ICONOGRAPHIE : Christophe Bitaud, Élie May : communard et franc-maçon  ; par ailleurs Élie May figure au sein du groupe d’anciens combattants de la Commune filmé à Paris en 1913 par A. Guerra, aux côtés de Z. Camélinat, A. Groussier, É. Vaillant, Nathalie Le Mel etc.

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