JUIF Jules [François-Jules] [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né à Lyon (Rhône) le 22 juillet 1808,mort à Paris le 20 décembre 1877. Avocat lyonnais ; marié ; fouriériste ; conseiller municipal et conseiller d’arrondissement à Lyon sous la Deuxième République ; compromis lors des événements de mai 1849 ; exilé aux États-Unis, avocat à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) ; aida les fouriéristes à s’installer au Texas ; fut en rapport avec la mouvance internationaliste de La Nouvelle-Orléans.

Fils d’un négociant originaire de Vesoul (Haute-Saône) qui avait épousé la belle-sœur de Clarisse Vigoureux*, sans douté né à Lyon (Rhône), Jules Juif fut actif dans les milieux fouriéristes de cette ville dès la fin des années 1830. Beau-frère de la féministe sociale Eugénie Niboyet (dont il avait épousé la sœur Aline), il fut également l’ami intime d’Aimée Beuque, une des premières disciples féminines de Fourier.

Quoique n’ayant que peu de loisirs à consacrer à la Cause, Jules Juif se considéra toujours comme fouriériste, ainsi qu’il l’écrivait à Considerant le 5 novembre 1840 : « Quant à moi, mon cher Victor, je considère toujours ma position actuelle comme transitoire. Je veux me livrer entièrement à la propagande de nos croyances. Si j’avais de la fortune, je serais près de vous à Paris. N’ayant rien, je travaille ici pour vivre, mais du moment où tu croiras pouvoir me donner un chétif minimum, appelle-moi sans crainte, si tu me crois en état d’être utile à la cause. »

Rallié dans l’enthousiasme à la Révolution de février 1848, Jules Juif, qui habitait alors place Saint-Jean, fut l’un des fondateurs du comité de l’Organisation du Travail qui s’installa au Palais Saint Pierre pour travailler à encourager la création d’associations ouvrières et à rechercher des solutions concrètes aux problèmes sociaux. Il fut aussi nommé membre du Comité exécutif de Lyon et servit comme conseiller municipal et conseiller d’arrondissement. Dans un rapport du commissaire central sur les clubs de Lyon et de sa banlieue en date du 20 novembre, on trouve le résumé d’un de ses discours :

« Il imagine un procédé, selon lui, très légal et infaillible en appliquant à la propriété la loi sur l’expropriation forcée pour cause d’utilité publique. De sorte qu’en vertu de cette loi, tous les propriétaires de France seraient évincés de leurs propriétés et pour la valeur desquelles, il serait délivré en échange des titres de rente que la communauté aurait toujours le droit d’amortir. »

En décembre 1848, Jules Juif fréquentait le néo-babouviste Gabriel Charavay ; à peu près à la même époque, son épouse Aline était la vice-présidente en titre de la Commission du travail pour les femmes fonctionnant au sein de l’Association fraternelle des femmes lyonnaises d’inspiration phalanstérienne fondée et présidée par sa sœur, Eugénie Niboyet.

Compromis lors des événements de juin 1849, Jules Juif dut s’enfuir et quitter Lyon. Il passa alors aux États-Unis avec son épouse et s’installa comme avocat à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) vers 1850. Il y prit notamment en charge les intérêts d’une « très riche et très ancienne famille française ».

Quelques années plus tard, Jules Juif accueillit Victor Considerant et les premiers groupes de colons en transit vers le site de la colonie de Réunion (Texas). Il habitait alors 56 History street. Par la suite il servit de correspondant aux fouriéristes, se chargeant pour eux de diverses missions commerciales ou administratives. Il était en correspondance avec Vézian, Simonin, Considerant, et reçut même de l’argent du fouriériste américain Thomas J. Durant destiné à la colonie.

Il semble que durant quelque temps Jules et Aline Juif aient vécu à New York (était-ce à cause de la rébellion sudiste ?). De nouveau en Louisiane après la guerre de Sécession, Jules et Aline Juif furent membres du groupe d’adeptes qui se réunissait à intervalles réguliers à La Nouvelle Orléans autour de Louis « Lewis » Louis (voir ce nom), pour célébrer la mémoire de Fourier (la plupart des membres de ce groupe rejoignirent ensuite les rangs de la section française n° 15 de l’AIT).

Jules et Aline Juif restèrent toujours des amis intimes de Victor et Julie Considerant. Durant le séjour aux États-Unis de ces derniers, ils les aidèrent à diverses reprises à démêler leurs problèmes juridiques et en se chargeant d’expédier pour eux livres et bagages ; il est d’ailleurs plusieurs fois question de Jules Juif dans la correspondance entre Aimée Beuque, Clarisse Vigoureux et les Considerant.

En 1875, le nom de Jules Juif réapparut dans les colonnes du Bulletin de l’Union républicaine, au milieu d’un groupe de souscripteurs texans comprenant plusieurs anciens colons fouriéristes et ex-membres de la section française n° 46 de l’AIT de Dallas (Texas), comme Athanase Crétien, Christophe Frichot et François Santerre. Son versement de 2 dollars au mensuel socialiste francophone correspondait à deux années de réabonnement.

Dans une lettre à l’architecte bisontin Alphonse Delacroix en date du 4 janvier 1878, Victor Considerant annonçait à ce dernier le décès de Jules Juif, mais sans en préciser le lieu et la date. En fait, il était décédé à Paris le 20 décembre 1877.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159576, notice JUIF Jules [François-Jules] [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 6 juin 2014, dernière modification le 28 juillet 2017.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Lettres de Jules Juif, AN 10 AS 39(3). — Fonds Simonin, Library of Congress, Washington DC. — Bulletin de l’Union républicaine, 12 juin 1875. — Augustin Savardan, Un Naufrage au Texas, Paris, Garnier, 1857, p. 33. — Eugène Flotard, Le Mouvement coopératif à Lyon et dans le midi de la France, Paris, Libr. des sciences sociales, 1867, p. 84. — Marguerite Thibert, Le Féminisme dans le socialisme français de 1830 à 1850, Thèse de lettres, Paris, Giard, 1926, p. 202-203. — Michèle Riot-Sarcey, La Démocratie à l’épreuve des femmes, Paris, Albin Michel, 1994, p. 252-253. — Lettre de Jonathan Beecher, 24 février 1989. — Lettre de Maurice Moissonnier, 26 mai 1992. — Notes de Bruno Verlet et Jean-Claude Dubos. — Notice biographique par Bernard Desmars sur le site de l’Association des Études fouriéristes.

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