REEB Eugène-Henri [REEB Eugène, Frédéric]

Par Christian Bougeard

Né le 18 mars 1907 à Lidrezing (Liedersingen en version allemande) (Lorraine occupée, Moselle), mort le 27 juillet 1992 à Concarneau (Finistère) ; professeur de philosophie à Neufchâteau et Saint-Dié (Vosges), puis Quimper (Finistère) ; député SFIO du Finistère (1946-1956) ; conseiller municipal de Concarneau (1947).

Eugène-Henri Reeb était originaire d’une famille alsacienne, le père Frédéric Henri Reeb, protestant luthérien, propriétaire foncier du domaine Fériendal à Lidrezing, mère : Sophie Madeleine Franck, protestante luthérienne. L’état civil signale le 18 mars 1907 la naissance de de deux jumeaux. : Henri Joseph et Eugène Frédéric, qui devint Eugène Henri.

Né dans un village de Moselle resté français, Eugène-Henri Reeb fit ses études au lycée de Nancy (Meurthe-et-Moselle), puis à l’Université de Nancy. Licencié en droit, docteur es-Lettres en philosophie en 1939 avec une thèse intitulée Psychologie des images. De Taine à Binet, Eugène Reeb enseigna d’abord la philosophie dans les Vosges comme répétiteur puis professeur, à Neufchâteau puis à Saint-Dié. De 1939 à 1943, il fut principal d’un établissement à Luxeuil (Haute-Saône), une période entrecoupée par sa mobilisation en 1939-1940. En 1943, il fut nommé comme professeur de philosophie au lycée de Quimper (Finistère). Nous ignorons s’il fut résistant, mention en général indiquée lors des candidatures aux élections en 1945-1946. Mais c’est probable car le mouvement Libération-Nord, organisé par le socialiste Tanguy Prigent, était puissant dans le Finistère, en particulier au lycée de Quimper.

 Ayant adhéré à la SFIO en 1927, Eugène Reeb milita jusqu’en 1940. Représentant les délégués du PS du Sud Finistère, il intervint dans les discussions lors du congrès fédéral de la fin novembre 1945 à Châteaulin mais il ne semblait pas encore faire partie du comité fédéral. À partir de la fin décembre 1945 et les semaines suivantes, il publia une série d’articles historiques dans Le Breton Socialiste : « Pour être socialiste ». Au début de 1946, Eugène Reeb, délégué à la propagande, participa à une série de meetings dans le Finistère, puis il représenta la fédération du Finistère au congrès national extraordinaire de Montrouge en mars 1946. En août 1946, il était au comité fédéral de la SFIO (région de Quimper) et à la fin octobre 1946, il figurait en deuxième position, derrière Tanguy Prigent, sur la liste SFIO aux élections législatives à la place de l’ancien député Jean-Louis Rolland (1936-1940), maire de Landerneau, réélu aux deux assemblées constituantes. Contestant l’hégémonie du nord du département, les sections du Sud Finistère étaient parvenues à imposer un des leurs en position éligible. Dès les élections de juin 1946, la section de Concarneau, celle de Reeb avait revendiqué cette deuxième place derrière le ministre de l’Agriculture et en avait appelé à l’arbitrage du comité directeur. 

Le 10 novembre 1946, Eugène Reeb fut élu député du Finistère avec Tanguy Prigent, avec une moyenne de liste de 61 828 voix (16,2 %), mais une perte de près de 23 000 voix. Très attaché à la laïcité et très hostile au Parti communiste, Eugène écrivait dans Le Breton Socialiste du 31 janvier 1948 : " Le communisme, c’est le cléricalisme nouveau " ; " C’est un socialisme haineux, belliciste, atrophié ". Il fut réélu le 17 juin 1951 (60 918 voix, 16,1 %) mais pas en 1956 car cette fois c’est Hervé Mao (" voir ce nom "), le maire de Châteaulin, qui figurait en 2e position. En effet, au congrès fédéral élargi de Châteaulin du 8 décembre 1955, un vote très serré avait placé le député sortant en 3e position seulement, c’est-à-dire non éligible . Sa section de Concarneau contesta ce résultat et dénonça les pressions du secrétaire fédéral Tanguy Prigent. Mais Eugène Reeb accepta le verdict. Il fit de nombreuses tournées de propagande pendant ses deux mandats de député. Son activité parlementaire au sein de plusieurs commissions fut importante en particulier sur les problèmes maritimes et les questions de la pêche. En 1947, il avait été élu conseiller municipal à Concarneau sur la liste du futur maire Charles Linement, dans une municipalité de troisième force qui avait ravi la mairie au PCF.

Opposé aux positions prises par Tanguy Prigent en juin 1958, Eugène Reeb entra avec Hippolyte Masson dans la minorité de la fédération du Finistère, soutenant Guy Mollet et la direction du parti. Au congrès fédéral du 31 août 1958, ce courant obtint 57 voix contre 181 au secrétaire fédéral Tanguy Prigent. Partisan du oui au référendum du 28 septembre, Eugène Reeb ne fut pas candidat aux élections législatives de novembre 1958. Le maire de Concarneau Charles Linement défendit les couleurs du parti dans la circonscription de Quimperlé-Concarneau et Pierre Kéraval dans celle de Quimper. Mais en novembre 1962, il se présenta pour la SFIO à Morlaix 2-Landivisiau, dans le Léon clérical, loin de ses terres sudistes, alors qu’il enseignait toujours à Quimper. Le député sortant CNI Joseph Pinvidic ne se représentant pas, il y avait six prétendants. Eugène Reeb qui reprenait le flambeau de François Manach, candidat socialiste en 1958, n’obtint que 7,4 % des voix (4,9 % pour le candidat du PCF Jacques Kerhoas). Les deux candidats de gauche étant éliminés, au second tour l’UNR Antoine Caill battit un autre candidat de droite. Ensuite, Eugène Reeb prit ses distances avec une SFIO moribonde dans le Finistère et ne sembla pas jouer un rôle actif dans la FGDS.

Eugène Reeb a publié plusieurs ouvrages dont L’Art d’écrire dans le lexique Le Quillet, ainsi que des études sur Luxeuil-les–Bains, Les Glénans, Les Corsaires. Bon dessinateur, il croqua aussi des caricatures de ses collègues du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159589, notice REEB Eugène-Henri [REEB Eugène, Frédéric] par Christian Bougeard, version mise en ligne le 7 juin 2014, dernière modification le 11 juin 2014.

Par Christian Bougeard

SOURCES : Arch. de l’Assemblée nationale. — Le Breton Socialiste, 1944-1946. — Ouest France, novembre 1962. — Fichier Gilles Morin. — Marie Férec, L’impact de la guerre d’Algérie sur la vie politique du Finistère (1954-1962), maîtrise d’histoire, Université de Bretagne Occidentale, Brest, 1999. — Pierre Brigant, La fédération socialiste SFIO du Finistère (1908-1969), thèse, Rennes 2, 2002. — Christian Bougeard, Tanguy Prigent, paysan ministre, Rennes, PUR, 2002.

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