BAYER Raymond

Par Jean-François Lassagne

Né le 26 octobre 1944 à Metz (Moselle) ; formateur ; militant associatif ; membre de la JOC ; responsable à la fédérations des Foyers de jeunes de Moselle de 1965 à 1972 ; secrétaire général des Associations populaires familiales de Moselle (APF) de 1972 à 1980 ; président de la Ligue des droits de l’Homme de Metz, et de la Fédération de Moselle ; militant politique ; membre du PSU, puis du PCF de 1976 à décembre 1981 ; militant syndical à la CFDT puis à la CGT ; membre du Conseil économique social et environnemental de la Région Lorraine depuis 1986, membre du bureau de 2001 à 2013 ; membre du secrétariat de la commission confédérale politique culturelle ; chevalier des Arts et Lettres en 2002.

Raymond Bayer en 2007
Raymond Bayer en 2007

Fils de Rodolphe et de Manon Bayer, Raymond Bayer est né le 26 octobre 1944 à Metz (Moselle annexée), au Sablon dans la Cité des cheminots, dite la Colonie, une coopérative de l’habitat créée par les Allemands entre 1871 et 1918. En fait le Sablon se composait alors de trois quartiers : celui des cheminots au centre, celui de la brasserie Amos au nord-ouest, et celui de « la ville » avec la Flum, l’usine de ferblanterie, au sud-est. À la Colonie vivaient ensemble les employés de la SNCF, de la ville et de l’État. Originaire de Volmerange-les-Boulay (Moselle), le grand-père paternel, Nicolas, était cheminot (cheminot-paysan), « chef de train » à Montigny-lès-Metz (Moselle), à une époque où une hiérarchie très vive distinguait entre les roulants, les chefs de trains et les V.B. (ouvriers des voies et bâtiments). Son épouse, Émilie Schillinger, une catholique pratiquante, venait de Forêt Noire (Allemagne). Ils eurent deux filles, qui épousèrent également des cheminots, et un garçon, Rodolphe, dit Rudi, le père de Raymond. Rodolphe Bayer était né le 24 mai 1912 à Metz (Lorraine annexée), et après l’armistice, confronté comme beaucoup de mosellans aux problèmes de la langue liés à la germanisation de la Lorraine durant l’annexion, il fréquenta l’école Saint Augustin, à Metz.

Par la suite il commença son apprentissage comme ajusteur à la SNCF, où il fut surnommé « jammerflöte » (le gémisseur), et se détacha alors de l’influence religieuse de sa mère ; il devint « chauffeur de route » sur locomotive à vapeur, puis mécanicien. Syndiqué à la CGTU, puis à la CGT, il était électeur communiste. À son retour de prisonnier, après la défaite en 1940, il fut conservé à la Reichbahn (chemin de fer allemand) en Moselle annexée, comme conducteur de trains. Il fut également membre du Club des déconneurs (des cheminots), dont le siège et la Table Ronde se trouvaient au café du Printemps, avec pour sigle Nolbas (l’envers de Sablon), et qui organisait concours de quilles, matches de football, et sorties diverses. En 1936, il avait épousé Manon Contier, née en juin 1916 à Montigny-lès-Metz (Lorraine annexée), d’un père cheminot, conducteur de trains, qui connaissait Rodolphe Bayer, et vivait à Montigny-lès-Metz avec son épouse Jeanne Neidhoffer, originaire de la place des Charrons à Metz. Sténodactylo, Manon fut réquisitionnée en 1940 à la Poste par les Allemands. Elle mourut en 1971, et Rodolphe en 1984 à Metz.

Durant les années 1948-1949, Raymond Bayer fréquenta l’école maternelle publique du Graouilly au Sablon, accueillie alors dans les locaux de l’école protestante, puis l’école des garçons à Saint Bernard, toujours au Sablon. Vers l’âge de douze ans il entra aux Cœurs Vaillants, et s’inscrivit au club de gymnastique du Sablon. Après avoir obtenu son certificat d’études primaires en 1958, et comme à ce moment-là le centre d’apprentissage de la SNCF ne recrutait pas, il entra comme apprenti dessinateur en bâtiment, chez Loth, un architecte de Metz. C’est là, dans l’immense bibliothèque de son patron, qu’il découvrit Malraux, Huxley et bien d’autres. À quatorze ans il fréquenta le Foyer des Jeunes du Sablon (l’AMOL), et participa à la JOC, de plain-pied dans la vie de ce quartier et la vie paroissiale, très liées à la vie associative, « école d’émancipation et véritable pépinière ». Il y côtoya alors André Harotte, de Peuple et Culture, Pierre et Paul Kaes, responsable de la Route, Ernest Deiss*, le « grand frère », et dès l’âge de quinze ans, il y acquit « le sens d’une appartenance sociale, d’un combat à mener pour des valeurs de christianisme social, duquel on ne distinguait pas alors de différence avec le communisme ». Dès lors il prit des responsabilités au Foyer, participa à des rencontres et découvrit l’engagement social et politique, tout en s’investissant dans l’action culturelle par l’Éducation Populaire qui se développait alors dans tous les quartiers. Entre 1962 et 1964 il participa à une émission de télévision « Place aux Jeunes » animée par Jacques Navadic, journaliste à Télé Luxembourg, une chaîne de télévision regardée par de nombreux lorrains du Nord. Grâce à Jean Celton, permanent du Centre de Culture Ouvrière (CCO), et avec l’apparition des congés « cadres jeunesse », Raymond Bayer suivit les stages du CCO à Paris. En 1963, ayant obtenu une bourse de vacances il se rendit à Berlin où il rencontra Maryse Bernard, qui devint sa femme, elle-même issue du Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne.

Appelé sous les drapeaux, Raymond Beyer se retrouva en 1964 au service géographique des Armées à Joigny (Yonne), puis à Pouxeux (Vosges), à la gestion des cartes militaires durant seize mois. À l’issue de son service militaire, en avril 1965, il fut embauché par le CCO à Paris, pour être détaché à la fédération des Foyers de Jeunes de Moselle. Il suivit alors durant deux ans, et en alternance, une formation à l’Institut national de formation des animateurs de collectivités (l’INFAC), créé par le Centre de culture ouvrière (CCO) de Nogent-sur-Marne, et après l’obtention du Diplôme d’État de Conseiller d’éducation populaire (DECEP) en 1967-1968, il revint en Moselle permanent du CCO à la Fédération des Foyers de Jeunes de la Moselle, où il s’occupa de la formation et développa le Ciné-Club. En 1967 il initia une enquête « emploi des jeunes » dans l’ensemble des foyers. Son engagement, notamment dans les foyers du bassin de la sidérurgie et des mines de fer, ne lui valut pas que des amis, et il fut mis sur la touche. Il adhéra au PSU en 1966 en compagnie de Joseph Linder, et en 1967 il quitta la CGT pour rejoindre la CFDT, unique syndicat du CCO. Il vécut « mai 1968 » avec le PSU et la CFDT, et participa à la création de Ça bouge, un journal de l’action culturelle. La crise du PSU en Moselle l’amena alors à prendre ses distances avec ce parti.

Après sept ans de cette activité à la fédération des Foyers de Jeunes, il intégra en 1972 les Associations populaires familiales (APF) de la Moselle dont il devint secrétaire général en 1976, membre du bureau national, jusqu’à la fondation de la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV) en 1978. Retrouvant à l’APF des militants de la CGT, il y reprit alors sa carte. Mandaté par le bureau national des APF, il participa en 1974 aux Assises du Socialisme (PS, PSU et mouvement associatif), au titre du mouvement associatif, assises auxquelles participèrent notamment Édith Cresson (PS) et René Dumont (écologie). Cependant ce fut le vingtième congrès qui l’incita à rejoindre le Parti communiste, confirmant ainsi son ancrage dans le combat de classe ; il y rencontra alors la section de Metz et particulièrement Gaby Naumer*. Il s’agissait là d’une rupture dans la tradition historique des APF dont Raymond Bayer demeura le secrétaire général jusqu’en 1980, durant cette époque du combat de l’union de la gauche autour du programme commun.

Conscient de la nécessité de se reconvertir (les mandats étaient de six ans), il prépara dans un premier temps un Certificat d’histoire des relations industrielles au CNAM à Metz, et parallèlement à ses activités de secrétaire général de la CSCV de Moselle, il réussit un DESS de Sciences de l’éducation à l’Université de Nancy II. Puis il quitta les APF et intégra l’Association du Centre universitaire de coopération économique et sociale (ACUCES) de l’Université de Nancy en 1979 en qualité de responsable de formation dans l’action collective de formation du Bassin Houiller de Lorraine, au sein d’une équipe de formateurs organisés syndicalement à la CGT et à la CFDT, ainsi qu’au sein d’une cellule du PCF pour certains. Après six mois d’activités précaires consécutives au dépôt de bilan de l’ACUCES, il entra à l’Institut régional de formation des travailleurs sociaux de Ban-Saint-Martin près de Metz, lors de la mise en place d’un projet d’agrément d’animateur socioculturel. Formateur de 1980 à 2002, période pendant laquelle il suivit à Nancy II un DEA de sociologie, il fonda la section syndicale CGT de l’IRTS, dont il fut délégué syndical, secrétaire, ainsi que délégué du personnel ; élu au Comité d’Entreprise, il participa à différentes instances. Sollicité par Denis Bonvalot, alors secrétaire du comité régional CGT de Lorraine (CRL), il représenta son organisation au Conseil régional de la formation et de l’emploi (COREF) à partir de 1984, jusqu’en 1998 ; désigné au Conseil économique et social de la Région Lorraine en 1986 il participa alors à la vie du CRL. Élu secrétaire du CESR en 1998, il entra au bureau de 2001 à 2013, puis devint président de la Commission « vie sociale et culturelle, développement local et territorial » en 2001, puis président de la section prospective en 2007. À l’origine de plusieurs formations expérimentales dans le cadre des rapports entre actions sociale et culturelle, Raymond Bayer fut fait chevalier des Arts et Lettres en 2002.

Il avait quitté le PCF le 13 décembre 1981, à la suite des événements de Pologne. Président de la Ligue des droits de l’Homme de Metz et de la Fédération de Moselle, il poursuivit son activité syndicale après son départ en retraite avec l’ARPE (allocation de remplacement par l’emploi), en 2002 à l’âge de cinquante-huit ans, notamment au sein du Comité régional de Lorraine de la CGT sur les questions de formation, mais également à la Confédération au secrétariat de la Commission confédérale de la Politique Culturelle de la CGT.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159642, notice BAYER Raymond par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 8 juin 2014, dernière modification le 28 avril 2022.

Par Jean-François Lassagne

Raymond Bayer en 2007
Raymond Bayer en 2007

SOURCES : Arch. CRL CGT Lorraine. — Arch. personnelles de Raymond Bayer. — Entretiens avec Raymond Bayer.

Photographie : Arch. personnelles Raymond Bayer.

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