RAVÉ Albert, Arsène

Par Jacques Cousin

Né le 28 novembre 1913 à Ambrières-le-Grand (Mayenne), mort le 5 juillet 2005 à Cugand (Vendée) ; instituteur en Mayenne puis détaché auprès de la Jeunesse et des Sports ; militant de la section mayennaise du Syndicat national des instituteurs.

Son père, employé à la naissance, devint aubergiste-cafetier. Albert Ravé fréquenta l’École normale d’instituteurs de Laval (Mayenne) de 1929 à 1932 et en sortit avec le brevet supérieur. Il se maria le 22 avril 1935 à Oisseau (Mayenne) avec Marie-Louise Choyer, institutrice, née le 29 janvier 1913 à Ambrières-le-Grand. Leurs deux témoins furent Marcel Fautrad et son épouse Geneviève, instituteurs à Melleray (Mayenne). Le couple eut deux filles.

Il exerça principalement comme instituteur-secrétaire de mairie à La Baroche-Gondouin (Mayenne). Il appliquait dans sa classe les méthodes de la pédagogie de Célestin Freinet qu’il rencontra en 1934. Il fut un des organisateurs avec Marcel Fautrad et Henri Micard, de la conférence de Freinet à Laval, le 1er juillet 1939. Avec d’autres instituteurs, il pratiquait le cinéma scolaire. Il reçut plusieurs fois chez lui Célestin Freinet et sa famille. Lié, d’autre part, avec le courant de littérature prolétarienne, il correspondait avec son ami, l’écrivain libertaire Henry Poulaille.

Pendant la guerre, étant secrétaire de mairie, Albert Ravé fabriqua de fausses cartes d’identité et grossit artificiellement la population de La Baroche Gondouin pour disposer de cartes d’alimentation afin de nourrir évadés ou Juifs qu’il cachait. Dès 1940 en effet, il apporta son aide aux prisonniers favorisant leur évasion et leur fournissant de faux papiers. Plus tard, il aida les réfractaires et s’employa avec Le Personnic, autre instituteur-secrétaire de mairie, à rassembler des volontaires décidés à lutter contre les Allemands. Engagé dans la Résistance sous le pseudonyme d’“André”, il dirigea en 1943 une centaine d’hommes et faisait partie du groupe du Commandant Pietri (Bretagne). Une dizaine de fermes étaient alors sous son contrôle et servaient de cache aux réfractaires. Il participa aux parachutages, aux camouflages d’armes et de munitions organisés pour un groupe de Franc-tireurs partisans français sur le Nord-Mayenne. Le 13 juin 1944, Albert Ravé et son groupe de résistants furent attaqués par deux cents Allemands dans la ferme qui leur servait de refuge. Ils résistèrent pendant plus de deux heures avant de réussir à se replier et à s’enfuir. Toujours recherché par les Allemands, mais prévenu par le maire de La Baroche Gondouin, il réussit à leur échapper. Il quitta alors la Mayenne pour la région parisienne et fut recueilli par Henry Poulaille.

Lors de l’assemblée générale de la section départementale du SNI, réunie le 22 mars 1945, Albert Ravé, élu à la commission administrative, il fut intégré à la commission laïcité. Le 1er juillet 1946, il participa à la journée pédagogique de Cherré (Maine-et-Loire) organisé par le groupe départemental de l’Éducation nouvelle avec pour objet l’échange d’expérience sur l’imprimerie à l’école. Il rendit compte de cette réunion dans L’Éducateur, revue de la pédagogie Freinet. Avec Lucien Gandais, hongreur à Lassay, et Pierre Corgnet, instituteur, il fonda à Lassay le Cercle Fabien pour développer des activités pour les jeunes : cinéma, football, gymnastique notamment. Dans ce cadre, il créa une bibliothèque communale de prêt, monta des spectacles de théâtre et de chant choral qui lui permirent avec l’argent récolté, d’acheter un projecteur de cinéma, les bénévoles du cercle Fabien ayant aménagé une salle de projection dans le grenier de l’École publique de Lassay. À La Baroche Gondouin et dans les autres toutes petites communes, Ravé projetait les films dans la classe après avoir déménagé les tables.

Ravé ne demanda pas le renouvellement de son mandat syndical. En effet, détaché au Ministère de la Jeunesse et des Sports pour la Ligue de l’enseignement en août 1947, il fut nommé à cette date, directeur-adjoint de l’UFOCEL (Union française des oeuvres du cinéma éducateur laïque) à Paris. En 1950, il fut mis à la disposition de l’association « L’aide aux jeunes de France », puis affecté dans divers centres spécialisés de Paris (boulevard de Reims, rue Mirosmesnil, enfin à l’école nationale de perfectionnement de Paris). Il obtint son exeat pour la Seine en janvier 1953.

Albert Ravé, spécialiste de l’utilisation du cinéma à l’école, participa notamment à un enregistrement d’une émission sur le cinéma éducatif, le 23 août 1949 et écrivit une plaquette Cinéma non commercial. Guide pratique, préfacé par Henri Laborde, dirigeant des CEMEA, dans le cadre de la Fédération des œuvres laïques de la Seine en 1953. Il fut par la suite l’auteur dans les années 1960, d’articles dans la partie pédagogique de L’École libératrice, journal du SNI, consacrés à l’audio-visuel. Ce dernier écrivit avec F. Huré et R. Piat, un Guide des téléspectateurs et des télé-clubs, sous les auspices de la FOL de la Seine, préfacé par Louis Cros.

Retraité à Voulangis (Seine-et-Marne), il poursuivit bénévolement ses activités péri-scolaires auprès de la jeunesse et comme délégué auprès des écoles publiques.

À la fin de sa vie, il était avec son épouse au centre gériatrique de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, La Chimotaie, en Vendée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159683, notice RAVÉ Albert, Arsène par Jacques Cousin, version mise en ligne le 9 juin 2014, dernière modification le 31 mars 2021.

Par Jacques Cousin

SOURCES : Arch. dép. Mayenne, Fonds Robin 221J13, série T (Inspection académique), La Voix Syndicale. — Archives de l’École normale d’instituteurs de Laval. — Bulletin départemental de l’enseignement primaire, tableau de classement, 1945. — L’Éducateur prolétarien, n°19, juil. 1939. La Mayenne de 1940 à 1944, occupation, résistance, occupation (Francis Robin, réédition des Arch. dép. Mayenne, 1997). — Notes de Jacques Girault, de Guy Goupil, de Maryvonne Molière et de Josette Ueberschlag.

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