BAYARD Charles

Par Yves-Claude Lequin

Né le 19 novembre 1880 à Chaussenans (Jura), mort le 13 décembre 1959 vraisemblablement à Dole ; facteur des Postes ; militant communiste.

Fils de cultivateurs, Ch. Bayard travailla à la ferme familiale après l’école primaire ; puis, au retour du service militaire, il entra, en 1904, aux PTT pour y exercer le métier de facteur.
Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il fut gravement blessé et dut subir une trépanation. Fortement marqué par ces épreuves, pacifiste et antimilitariste - il devait refuser plus tard une distinction militaire - il adhéra au Parti socialiste SFIO ; et c’est en tant que socialiste qu’il fut, en décembre 1919, élu conseiller municipal de Dole (Jura) ayant obtenu 1 518 voix sur 2 740 suffrages exprimés. Partisan de l’adhésion de son parti à la IIIe Internationale, il mena la lutte dans ce sens au cours de l’année 1920. Après le congrès de Tours, la Fédération socialiste du Jura passa à l’autonomie ; Bayard en demeura membre quelque temps puis, avant même la fin de l’année 1921, il en sortit pour essayer avec ses camarades Parnet, Jardin, Michaud et quelques autres d’organiser localement le mouvement communiste ; dès mai 1922 au moins il était membre du comité de la section SFIC de Dole.
À la même époque, il menait également la lutte sur le plan syndical, et fut élu en septembre 1920, à la place de Vuillermier, secrétaire de la section jurassienne du syndicat CGT des postiers. Dans le mouvement syndical, il fut un des rares militants locaux à proposer l’adhésion à l’ISR et au congrès départemental CGT tenu à Dole le 28 mars 1921, il semble avoir été le seul porte-parole de ce courant ; quelques mois plus tard, il apportait l’adhésion de son syndicat au congrès « minoritaire » de Paris et, dès le début 1922, adhérait à la CGTU. Il semble enfin avoir été l’un des fondateurs de la Maison du Peuple de la ville.
Par la suite son rôle n’eut plus la même ampleur. En mai 1925, présenté sur la liste communiste, il ne fut pas réélu au conseil municipal (388 voix sur 3 229 suffrages exprimés). En outre, pour des raisons mal déterminées (en raison de son amitié pour le maire radical ? pour avoir fait inhumer religieusement deux de ses enfants ?), il fut, en 1927, exclu du Parti communiste, dont il demeura toutefois à l’écart assez peu de temps. En 1929, il prit une retraite anticipée, un peu « forcée » administrativement parlant, semble-t-il.
Son esprit inventif l’amena alors, le premier dans la région de Pasteur, à tenter d’établir un établissement de pasteurisation de lait ; mais des difficultés financières mirent fin à cet essai en 1931 ; s’ouvrit alors pour lui une période difficile car il devait faire vivre une famille de huit enfants avec une retraite et une pension. Cela ne l’empêcha pas de se construire lui-même une maison à l’écart de la ville ; et, à cette époque, Charles Bayard était si bien dans la région le symbole du communisme que les villageois du voisinage donnèrent à sa maison un surnom qu’elle a conservé jusqu’à nos jours : « le Kremlin ».
Pendant l’Occupation, Ch. Bayard joua encore un rôle militant en se consacrant notamment à l’abattage clandestin pour ravitailler des maquis voisins. Rapidement suspect, il quitta sa maison pour se réfugier chez des amis puis entra lui-même dans un maquis FTP en 1943 et y demeura jusqu’à la Libération.
Il milita encore, quoique de manière réduite, dans le mouvement communiste après 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15969, notice BAYARD Charles par Yves-Claude Lequin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 3 juin 2021.

Par Yves-Claude Lequin

SOURCES : Arch. Dép. Jura, M. 127. — Arch. Mun. Dole, dossiers non côtés d’élections municipales. — Le Jura socialiste, 18 septembre et 23 octobre 1920, 9 et 16 avril 1921, 4 février et 11 mars 1922. — Le Semeur, 12 avril 1925 et 16 juillet 1927. — Témoignage de Mme Détouillon, fille de Charles Bayard, janvier 1975.

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