DESCHAMPS Marcel G. [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Menuisier démoc-soc et rédacteur de plusieurs feuilles avancées au printemps 1848 ; soldat de Garibaldi en Sicile et en Itale, puis dans l’armée du Nord aux États-Unis ; lié au mouvement des Fenians irlandais ; rentré en France pour défendre la République fin 1870, commandant du corps franc des « Vengeurs du Havre » ; franc-maçon ; combattant de la Commune, de nouveau exilé aux États-Unis après sa chute.

Ouvrier menuisier à la fin de la monarchie de Juillet, Marcel G. Deschamps combattit sur les barricades de février 1848. Entre février et juin, il fut le rédacteur, puis le directeur-gérant de plusieurs feuilles révolutionaires : le Vieux Cordelier, le Robespierre, journal de la réforme sociale, le Napoléon républicain. En juin 1848, à l’occasion des élections complémentaires à Paris il se prononça pour les candidatures de Caussidière, Pierre Leroux, Proudhon, Raspail, Thoré, Toussenel, Kersausie, Ch. Lagrange, Savary, Adam et Mallarmet. Fut-il arrêté comme nombre de ses amis après les journées de Juin ? Son silence durant plus près de vingt mois pourrait le laisser penser. Il est en tout cas établi que le Napoléon républicain figura au nombre des journaux définitivement interdits de publication.

Deschamps ne réapparut qu’à la fin du mois de février 1850 comme rédacteur du Père Duchêne. La même année il présidait la réunion électorale de Montmartre. Il fut sans doute inquiété au lendemain du coup d’État du 2 décembre et changea de métier pour se faire fabricant de cartes à jouer.

En 1860, il rejoignit Garibaldi qui s’apprêtait à libérer la Sicile. En 1861 ou 1862, il gagna les États-Unis pour s’engager dans l’armée du Nord. Une fois la guerre terminée et l’esclavage aboli, il ne rentra pas en France. Fidèle à son désir d’apporter un concours actif aux mouvements de libération nationaux, il se rallia alors au mouvement des Fenians irlandais aux côtés du général Cluseret et de Claude Pelletier. Son implication fut vraisemblablement de nature militaire, ainsi qu’en témoigna sa capacité à entraîner derrière lui plusieurs centaines de volontaires irlandais pour voler au secours de la République française à l’automne 1870.

En effet, au lendemain du 4 septembre, des centaines de volontaires français et étrangers quittèrent New York à destination de la France. Le groupe parti sur le vapeur Lafayette en comptait plusieurs dizaines, placés sous le commandement de Deschamps. Le même bateau transportait également 6 000 fusils modernes et plusieurs millions de cartouches.

Le Lafayette accosta à Brest le 1er octobre. Les volontaires furent chaudement accueillis par les membres de la section locale de l’AIT, et nombre d’entre eux participèrent le lendemain à l’échauffourée ultérieurement qualifiée de tentative de proclamation de la Commune à Brest. Le 3, ils durent quitter Brest à pied, le préfet maritime ayant refusé de leur fournir une feuille de route. Le 9, ils arrivèrent à Tours « drapeau de l’Union en tête. Tous ont une allure martiale et énergique. »

Le même jour étaient arrivés à Tours Garibaldi et, quelques heures plus tard, Gambetta (qui avait quitté Paris en ballon le 7). Le 10, une foule de 10 000 personnes se rassembla pour leur rendre hommage. « Espagnols, Italiens, Américains, Valaques entonnèrent le Chant du départ en acclamant la République ». Le 12, Garibaldi quitta la ville après avoir reçu un commandement dans les Vosges, emmenant sans doute avec lui la plupart des volontaires Franco-Américains.

Marcel G. Deschamps gagna pour sa part Le Havre, où il arriva autour du 15. Il prit alors la tête d’un groupe de francs-tireurs, « Les Vengeurs du Havre », qui se distingua lors d’une série d’escarmouches avec les troupes prusiennes le long de la vallée de la Seine et dans la région d’Evreux, contribuant ainsi à empêcher l’ennemi d’entrer la ville du Havre. Hommage fut alors rendu au commandant en faisant frapper une médaille en son honneur.

Après la signature de l’armistice (29 janvier 1871), les Vengeurs du Havre furent dissous, et Deschamps décida de gagner Paris. Franc-maçon appartenant à la loge La Persévérance, de l’O... de Californie, secrétaire général de la commission d’initiation des francs-maçons pour la résistance à Versailles, il participa à la manifestation des compagnons le 29 avril et contresigna l’appel du 5 mai. Ayant trouvé un logement dans son ancien quartier (passage de l’Élysée-des-beaux arts dans le XVIIIe arr.), il reprit également du service actif comme lieutenant dans la 2e compagnie du 220e bataillon fédéré. Le 23 mai, il se battit au Chateau-Rouge et réussit à échapper aux assaillants lorsque la ligne de défense fédérée fut brusquement enfoncée. Il fut condamné par contumace à la déportation en enceinte fortifiée le 7 août 1874 par le 3e conseil de guerre, et amnistié en 1879.

Grâce à son passeport américain, Marcel G. Deschamps avait pu entre-temps repartir à New York. Il s’y trouvait à l’automne 1871, puisqu’on connaît le texte d’une lettre en date du 29 novembre adressée à Pierre Cauwet, dans laquelle il appelait à participer au rassemblement initialement prévu le 10 décembre à Cooper Institute (et qui eut finalement lieu le 17) pour manifester à la mémoire de Ferré, Rossel et Bourgeois : « Que tous ceux qui ont signé la pétition en faveur de Rossel fusionnent en ce jour avec les amis des franchises communales ; et que tous les nobles cœurs qui ressentent les douleurs et les humiliations de la mère-patrie se réunissent huit jours après le meurtre en un immense meeting (…) Vive la République universelle, démocratique et sociale ! »

En janvier suivant, il fut l’un des tout premiers à répondre à l’appel de V. Barjon pour collecter des fonds au bénéfice des réfugiés de la Commune.

On perd ensuite définitivement sa trace.

Marcel Deschamps a révélé être en parenté avec Jules Favre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159786, notice DESCHAMPS Marcel G. [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 10 juin 2014, dernière modification le 16 octobre 2015.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Journal d’Indre-et-Loire, 10-11õctobre 1870. — Messager franco-américain, 20 janvier 1872. — Le Socialiste, 2 décembre 1871. — G. Pornin, La Vérité sur la Préfecture, Paris, au dépôt central, 1850, p. 100. — Les Révolutions du XIXe siècle, 3e série, « 1848, la révolution démocratique et sociale », Paris, EDHIS, 1984. — Michel Cordillot, « Marcel G. Deschamps, révolutionnaire sans frontières. Retour sur les migrations politiques transatlantiques de la Deuxième république à la Commune », Migrances, n° 35 (premier semestre 2010), p. 91-104. — Juilen Papp, La République en Touraine et la Commune de Paris (1870-1873), Éd. du petit pavé, 2015, p. 87, 88 ,95.

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