REVERTE François

Par Pierre Chevalier, Jacques Girault

Né le 5 septembre 1915 à Huércal Overa (province d’Almería, Espagne) ; instituteur dans les Pyrénées-Orientales ; résistant (ORA, MUR) ; militant syndicaliste ; militant communiste ; militant de l’Éducation populaire.

Fils de François Reverte, maçon originaire d’Andalousie, né le 6 janvier 1892, et de Jeanne Martinez, François Reverte arriva en France en 1919 avec son grand père, contremaître à Perpignan, habitant Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales). Naturalisé Français le 7 septembre 1931, il entra à l’École normale d’instituteurs de Perpignan. Titulaire du brevet supérieur, nommé instituteur stagiaire en 1934, il fut titularisé en 1936 dans le département. Membre du Syndicat national (CGT), puis du Syndicat national des instituteurs, il adhéra aux étudiants socialistes d¹octobre 1932 à avril 1933.

Il effectua son service militaire au 3e régiment d’Infanterie coloniale marocaine à Hyères (Var) où il suivit le peloton des élèves officiers de réserve à compter du 9 novembre 1936. Rendu à la vie civile, en octobre 1938, il rejoignit l’école d’Osséja.

Rappelé sous les drapeaux en mars 1939, mobilisé en septembre 1939, il rejoignit le RICM et fut nommé sergent observateur le 1er octobre 1939. Il fut à ce titre en Alsace du 21 décembre 1939 au 21 janvier 1940, en avant-poste de la ligne Maginot du 3 février au 13 mars. Enfin intégré dans l’armée de Paris, il participa au repli vers la Dordogne. Son attitude lui valut la croix de guerre assortie de deux citations.

Démobilisé en juillet 1940, il reprit son métier d¹instituteur et devint, peu après, directeur intérimaire du cours complémentaire d’Osséja. Le 1er janvier 1941, il rejoignit la Légion française des combattants, sur ordre, selon un témoignage manuscrit, à la signature illisible, adressé au commandant Capot, officier résistant. Le nom de Reverte n’apparut dans aucune organisation collaborationniste par la suite (SOL ou Milice). Le 25 juillet 1942, il signa la déclaration de non appartenance à la franc-maçonnerie. Puis le 1er novembre 1942, il fonda, à Osséja, une Maison des jeunes, au nom de l’Association régionale du Languedoc méditerranéen et du Roussillon des MJ. Le 5 novembre, un bail de neuf ans fut signé avec la mairie d’Osséja, propriétaire de l’ancienne usine électrique dans laquelle elle fut installée, à charge pour les locataires de réhabiliter les lieux et de les entretenir. Le loyer annuel de location était de 1 franc. En 1947, le contrat devait être annulé.

Reverte rejoignit le réseau « Alliance » dans le cadre du Bureau central de renseignements et d’action, en tant qu’agent P1, le 1er janvier 1943, selon les attestations signées par Dispater (Colonel de Tournemire) et Marie-Madeleine (Fourcade). En 1943, il travaillait avec Andreu et Joan Claret, membres de l’ “Esquerra Republicana de Catalunya“ et proches de l’ “Union nacional española“ fondée par le Parti communiste d’Espagne clandestin en France, qui avaient créé une exploitation forestière à Osséja. Le gérant en était George Abraham, Juif, communiste et franc-maçon. Un petit maquis y était implanté à cheval sur les communes de Palau-de-Cerdagne et d’Osséja, à proximité de la frontière espagnole. La création de cette entreprise avait pour fonction principale de faire passer la frontière à ceux qui le souhaitaient. Il travaillait aussi avec un autre passeur espagnol, Luis Bonnet. Selon la déclaration de Reverte dans le questionnaire biographique rempli en 1946 pour le Parti communiste français, en contact avec Pierre Cartelet, dirigeant des Compagnons de France en novembre 1942, il le suivit en janvier 1944 dans l’Organisation de Résistance de l’Armée formée dans le département par le colonel Joseph Guillaut et le commandant François Puig, puis intégra les Mouvements unis de la Résistance en mars 1944 sous la direction de Marcel Clos (futur sous-préfet de Prades à la Libération). Responsable local du Front national, il participa à la libération d’Osséja, de Bourg-Madame et au verrouillage de la frontière. Puis à Mont-Louis, il fit fonction de commissaire de police à la recherche de suspects en tant que secrétaire de la section d’Osséja du Front national. Bien qu’à nouveau mobilisé de février 1945 à juillet 1945 avec le grade d¹aspirant, il fit partie du conseil municipal provisoire d’Osséja du 25 septembre 1944 au 8 mai 1945.

Muté à Argelès-sur-mer, à partir d’octobre 1945, Reverte exerça au collège comme professeur d’éducation physique (il avait joué à l’ASP, dans sa jeunesse). Il s’était marié en 1941 avec une institutrice, sympathisante communiste. Le couple avait deux enfants en 1947, une fille née en 1942 et un garçon né en 1945.

Reverte adhéra au Parti communiste français en septembre 1944 et devint aussitôt secrétaire à la propagande de la cellule commune d’Osséja. Son action à Argelès comme secrétaire politique de la cellule communiste depuis novembre 1945, fut marquée par une forte progression de l’influence du PCF. Toutefois les dirigeants radicaux-socialistes le dénoncèrent comme ancien membre du Service d¹ordre légionnaire. Il répondit violemment et fut condamné à 1 000 francs d’amende par le Tribunal correctionnel après avoir été défendu par un avocat « connu par ses sentiments fascistes », selon le rapport du secrétaire de la fédération communiste en avril 1947. Il reprocha à la fédération de ne pas l’avoir soutenu. Le secrétariat du PCF conseilla alors de lui retirer son soutien dans ses responsabilités syndicales en application de la circulaire concernant l’appartenance des militants communistes à la Direction générale des études et recherches.

Reverte était membre du conseil syndical du Syndicat unique de l’enseignement (FEN-CGT) des PO, élu au titre des instituteurs, le 16 mai 1946, puis devait devenir membre du conseil syndical de la section départementale du SNI et occuper des responsabilités dans le secrétariat de la section dés 1947. Il militait aussi à la Ligue de l¹enseignement en tant que membre du bureau départemental de l’Union Sportive de l’Enseignement du Premier degré (USEP). Il devint en 1947 le délégué départemental de l’Union française des Œuvres laïques d’éducation populaire (UFOLEP). Il aurait été, dans les années 1960, membre du Comité olympique français au titre de l’UFOLEP.

En 1958, il obtint sa mutation comme principal du collège d’Ille-sur-Têt. Il prit sa retraite en 1973 et s’installa avec sa seconde épouse à Ille. Victime, avec sa femme, d’un accident d’automobile, gravement atteint, il survécut plusieurs mois aux séquelles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article160077, notice REVERTE François par Pierre Chevalier, Jacques Girault, version mise en ligne le 22 juin 2014, dernière modification le 12 septembre 2016.

Par Pierre Chevalier, Jacques Girault

SOURCES : Arch. Dép. PO, 2236 W 31, miliciens et collaborationnistes, (RG). — Archives du comité national du PCF. — Archives personnelles de son fils Jacques Reverte. — Archives du Syndicat, national des instituteurs (Pyrénées-Orientales) consultées par André Balent en 1984. — Témoignages de Paulette Dumons (2013 et 2014), Jacques Reverte (2004 et 2005), et Ramon Gual (2013) recueillis par Pierre Chevalier. — Daniel Arasa, La guerra secreta del Pirineu, 1939-1944, Barcelone, Llibres de l’Índex, 2000, 300 pages [pp. 187-188].

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