RIGAUT Jacqueline, Henriette, Renée

Par Alain Dalançon

Née le 18 janvier 1934 à Senlis-le-Sec (Somme) ; professeure d’histoire-géographie ; militante du SNET puis du SNES ; militante du PCF dans le Nord.

Jacqueline Rigaut
Jacqueline Rigaut
Photo dans les années 2000

Son père était agent technique installateur de lignes électriques à haute tension. Sa mère, sans profession, était catholique et fit donner à ses deux filles une éducation religieuse traditionnelle dont Jacqueline Rigaut s’éloigna complètement à l’adolescence.

Elle fut envoyée en classe enfantine au collège de jeunes filles d’Arras (Pas-de-Calais) de 1937 à 1939 puis, durant la guerre, elle fréquenta l’école communale de Senlis-le-Sec, le tout petit village proche d’Albert, dont était originaire sa famille. Elle effectua ses études secondaires, de 1944 à 1951, comme interne au lycée de jeunes filles d’Arras où elle obtint les deux parties du baccalauréat (série philosophie). Son intérêt pour l’histoire-géographie s’éveilla alors, notamment avec l’enseignement de Jacqueline Bonnamour (future directrice de l’École normale supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses). Elle fut ensuite élève en classe de Lettres et Première supérieures, de 1951 à 1953, au lycée Faidherbe de Lille, tout en étant inscrite à la Faculté des Lettres où elle obtint une licence d’histoire en 1955, en suivant les cours de professeurs appelés à devenir célèbres dans leurs disciplines (les contemporanéistes Roger Portal et Claude Fohlen, le médiéviste Jacques Le Goff, les géographes Philippe Pinchemel et Jacqueline Beaujeu-Garnier…).

En 1956, elle réussit le concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique (CAPET G) et fut nommée à la rentrée suivante professeur stagiaire au collège technique de Roubaix (Nord) qui devint lycée technique commercial puis polyvalent, et où elle fit toute sa carrière jusqu’à sa prise de retraite en 1994.

Jacqueline Rigaut épousa en avril 1958 à Senlis-le-Sec Maurice Thomas, ingénieur commercial, avec lequel elle eut une fille, devenue professeure agrégée, et dont elle divorça en 1964.

Adhérente du Syndicat national de l’enseignement technique dès 1956, elle devint, au milieu de la décennie 1960, secrétaire de la section (S1) de son lycée, et milita avec les camarades du SNET du lycée technique de garçons voisin, Nicole Hurbain et Théodore Haddad, se reconnaissant comme eux dans le courant « Union pour une action syndicale efficace ». Après la fusion du SNET et du Syndicat national de l’enseignement secondaire, elle fut élue membre suppléante de la première commission administrative de la section académique (S3) du nouveau SNES, en 1967, sur la liste « d’Union », conduite par les anciens militants « autonomes » du SNES, Fernand Matton et Marie-Joseph Moeglin (son ancien professeur d’allemand en khâgne), et des militants de l’ancienne liste « B » devenue « Unité et Action », Cyprien Bocquet et André Dubus. Au contact de ces militants chevronnés, elle apprit le « métier » de syndicaliste, devint titulaire de la CA en 1973 puis entra au bureau académique en 1978 dont elle resta membre jusqu’en 1992.

Parallèlement, elle adhéra en 1973 au Parti communiste français dont elle partageait les analyses depuis longtemps, notamment à propos de la guerre d’Algérie. Mais elle n’y prit aucune responsabilité, se contentant de militer à la base, dans la cellule de son lycée.

Jacqueline Rigaut fut surtout une militante syndicale, élue du personnel, commissaire paritaire des certifiés, chargée plus particulièrement au S3 de la politique et de la carte scolaires, de la formation continue des adultes, et participant à toutes les instances paritaires académiques et départementales débattant de ces questions (comités techniques paritaires, comités de l’Éducation nationale, conseil académique consultatif de la formation continue…). Elle travailla de façon étroite avec Liliane Denis qui avait exactement le même âge qu’elle et dont la formation et le parcours militant étaient proches ; elle exerça en effet la responsabilité de secrétaire académique adjointe de 1982 à 1992, pendant presque toute la période où sa camarade fut secrétaire générale.

Les deux militantes imprimèrent leurs marques aux analyses et aux actions du S3 du SNES en faveur de la qualité des enseignements de second degré et de la défense de leurs personnels durant deux décennies. Les batailles furent menées contre les politiques gouvernementales, contre les différents projets nationaux de la Fédération de l’Éducation nationale et de certains de ses syndicats nationaux : Syndicat national des instituteurs (projet d’École fondamentale) et Syndicat national de l’enseignement apprentissage autonome, dans une académie où la majorité « Unité indépendance et démocratie » était forte dans ces syndicats. Mais aussi contre les initiatives du Conseil régional à direction socialiste, visant à instaurer un recrutement local des maîtres pour faire face à la crise du recrutement, à créer des instituts locaux d’éducation permanente, un schéma régional des formations privilégiant les voies courtes et accompagnant la désindustrialisation de la région... Le S3 opposait à ces orientations prônées par Pierre Mauroy, une formation des maîtres de haut niveau à caractère national et le développement des formations longues, générales et technologiques. Dans les congrès nationaux, les positions du S3, toujours très solidement argumentées et étayées sur une analyse précise de la situation dans l’académie de Lille, étaient défendues avec expertise et pugnacité par Jacqueline Rigaut, quitte à ne pas être d’accord avec les positions de la direction nationale.

Après sa prise de retraite, elle continua à militer dans la section des retraités du SNES-FSU, et au PCF dans la section de Marcq-en-Baroeul où elle résidait. Membre du secrétariat, elle collabora notamment avec Martine Roussel-Vanhée, qui avait succédé à Didier Roussel, mort en 2005, élue en 2008 et réélue en 2014, seule conseillère municipale communiste dans cette ville « bourgeoise » de l’agglomération lilloise où la liste de droite l’emporta dès le premier tour.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article160120, notice RIGAUT Jacqueline, Henriette, Renée par Alain Dalançon, version mise en ligne le 23 juin 2014, dernière modification le 14 janvier 2022.

Par Alain Dalançon

Jacqueline Rigaut
Jacqueline Rigaut
Photo dans les années 2000
Congrès du SNES 1975

SOURCES : Arch. IRHSES dont arch. S3 de Lille. — Renseignements fournis par l’intéressée.

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