BEAUSSIER Jean, Charles, Pierre. Pseudonyme : GIRAL Georges

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 13 mai 1912 à Beauvais (Oise), mort le 15 décembre 1984 à Londres (Royaume-Uni) ; enseignant, puis conseiller d’orientation ; militant des JC, d’organisations trotskystes ; résistant (ORA et réseau Alliance) des Pyrénées-Orientales ; militant syndicaliste (FEN) ; militant mutualiste.

Né dans une famille ouvrière, Jean Beaussier fut tôt orphelin de guerre, son père ayant été tué en mai 1915 devant Verdun. Pupille de la nation, il entreprit des études secondaires au lycée de Beauvais, mais fut renvoyé après avoir participé, pour la première fois, en juin 1926 à une manifestation locale aux côtés de Charles-André Julien, son professeur d’histoire. Il poursuivit sa scolarité au collège de Clermont (Oise) de 1927 à 1929, et fonda dans l’établissement une cellule de la Jeunesse communiste dont fit également partie Jean van Heijenoort. Venu dans la région parisienne, il milita en 1929-1930 au rayon de Puteaux-Suresnes de la Jeunesse communiste dont il fut exclu comme oppositionnel.

Avec son ami van Heijenoort, il prit contact en 1929 avec l’Opposition de gauche et adhéra en octobre 1930 à la Ligue communiste, au moment du conflit entre Léon Trotsky et Alfred Rosmer. Son activité militante en direction de jeunes du groupe sioniste Hachomer Hazair l’amena à se lier avec le « groupe juif » qui commençait à l’époque à combattre Raymond Molinier. Sa participation à l’opération, en mai 1933, au siège du gouvernement général d’Indochine, rue La Boétie, puis son arrestation au cours de la grève de l’usine Citroën lui avaient valu dans cette petite organisation profondément divisée par les luttes internes une réputation d’homme sérieux, extérieur aux fractions.

Lors de l’installation de Trotsky en France, Jean Beaussier fut désigné pour se rendre à Saint-Palais (Charente-Inférieure/Maritime) où il fut chargé des problèmes de sécurité extérieure et de différentes tâches techniques. Il demeura dans la villa « Les Embruns » du 28 juillet au 13 août 1933. C’est lui qui assura l’accueil et l’escorte d’André Malraux. C’est également lui qui amena à Trotsky un responsable local du PC, le cheminot Gourbil. À la fin de son séjour à Paris, Jean Beaussier rejoignit ses camarades du groupe juif dans leur opposition au tournant international de la LCI vers la IVe Internationale et leur dénonciation des « méthodes » de Raymond Molinier. Il fut parmi les fondateurs de l’Union communiste, plus tard Union communiste unifiée, et, après la désagrégation de cette dernière, il rejoignit le POI peu après sa fondation en 1936.

Ses liens avec les ex-militants de l’UC, le fait qu’il n’avait pas pris part à la lutte fractionnelle à l’intérieur du GBL en 1935 permirent de le désigner au début de 1937 pour travailler à la contre-enquête sur les Procès de Moscou, au sein d’une commission spéciale avec Pierre Naville et Léon Sedov. Il fut notamment amené à reconstituer l’itinéraire suivi par Trotsky entre Marseille et Saint-Palais en juillet 1933, ce qui ruinait la déposition de Vladimir Romm au procès de Moscou au sujet de sa prétendue rencontre avec Trotsky au Bois de Boulogne à cette même date. Il représenta le POI au Secours international antifasciste, où il collabora avec Victor Serge et Simone Weil.

Après son service militaire, qu’il effectua dans l’armée de l’Air d’octobre 1937 à octobre 1938, Jean Beaussier reprit son activité militante au POI dans la section du XXe arr. Il refusa l’adhésion collective au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert, souhaitée par Trotsky et les instances de la IVe Internationale.

Mobilisé le 23 août 1939, il n’eut plus, après sa libération, que des contacts épisodiques avec des militants trotskystes à Bordeaux, Toulouse et Clermont-Ferrand. Professeur à Cahors (Lot) en 1940-1941, puis directeur du Centre d’orientation de Perpignan (Pyrénées-Orientales) de 1941 à 1946, il assura d’abord la répartition des fonds de solidarité envoyés du Mexique aux militants du POUM réfugiés en France, ce qui lui valut d’être inquiété dans le procès fait aux dirigeants de ce parti en zone sud devant le tribunal de Montauban (Tarn-et-Garonne). Il se consacra également à des activités de résistance dont il ne découvrit que plus tard qu’elles relevaient de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) et du Réseau Alliance. Après leur démantèlement, à Perpignan, en mai 1944, il rejoignit le Front national et fut responsable de l’information dans les Pyrénées-Orientales après la Libération.

Jean Beaussier fut en 1944-1945 membre, avec Lucette Justafré et Victor Lafont, de la commission administrative d’épuration des personnels enseignants des Pyrénées-Orientales qui traita des cas délicats d’enseignants compromis à des titres divers dans la collaboration. Il participa le 30 août 1944 à la constitution et à la direction du Syndicat unique de l’enseignement des Pyrénées-Orientales et fut membre, dès 1945, de son conseil syndical départemental provisoire. Après un an de fonctionnement, un premier bulletin reparut en décembre 1945, mais les statuts ne furent pas rédigés avant mai 1946. Dans le nouveau conseil syndical, Jean Beaussier représentait les conseillers d’orientation. Il avait pris contact avec Marcel Valière, dernier secrétaire de la Fédération unitaire de l’Enseignement, et le mouvement en faveur du syndicat unique fit tache d’huile dans le sud de la France au cours des mois suivants. En octobre 1946, il quitta les Pyrénées-Orientales, après avoir obtenu une nomination à Versailles (Seine-et-Oise).
Quand se constitua la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN), Jean Beaussier, le 8 décembre 1946, fut élu par l’assemblée générale au conseil d’administration provisoire qui regroupait paritairement militants amicalistes et mutualistes. Il ne fut pas réélu lors de la première AG en juillet 1947, ayant obtenu sa mutation à Versailles.

Délégué en 1945 au premier congrès de la Fédération de l’Éducation nationale (FEN), il devait y abandonner définitivement son projet de « syndicat unique » repoussé par la majorité. Il fut membre de la commission administrative (CA) de la FEN de mars 1946 à 1953. D’abord au titre des syndicats départementaux, (Pyrénées-Orientales) aux congrès de 1946 puis de 1947, siégeant à la commission Apprentissage et éducation ouvrière. En 1948, partisan du maintien à la CGT, il ne fut pas réélu mais il redevint suppléant en 1949-1950, au titre des syndicats départementaux (région parisienne, Seine-et-Oise). Il était en même temps membre de la CA nationale de la FEN-CGT à double affiliation.

De 1950 à 1956, Jean Beaussier assura dans France-Observateur la rubrique « Éducation ». À partir de 1956, jusqu’en 1966, il fut directeur du Centre d’orientation de Versailles, demeurant à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise/Essonne). Il fut élu à nouveau nouveau membre titulaire de la CA de la FEN autonome de 1951 à 1953, membre des commissions pédagogique, culture et jeunesse et France d’Outre-Mer. En novembre 1953, il redevint suppléant, et ne fut pas réélu en novembre 1954.

Dans le cadre de l’Institut pédagogique national, il participa à des publications collectives et à la constitution d’images animées de 1959 à 1970. Parmi celles-ci parurent des ensembles documentaires sur les artisans, l’imprimerie, le district de Paris ou la classe de transition. Aux éditions Dunod, dans la collection « Voies nouvelles de l’organisation » s’ajouta en 1962 un livre Organisation des structures de direction « Top Management », avec André Vidal. Le compte rendu de Sociologie du Travail fut réservé.

C’est en 1968 que devait prendre fin la période où il était « compagnon de route ». Professeur de psychologie à Nanterre depuis 1966, il fut cette année-là l’un des rapporteurs et organisateurs du colloque d’Amiens — auquel il amena le SNESup à participer - et mit en contact Alain Geismar et Daniel Cohn-Bendit. À partir de 1972, il travailla comme spécialiste des questions d’éducation dans les organismes européens. Bien qu’ayant rompu avec le trotskisme, il manifestait de l’intérêt pour l’histoire de la IVe Internationale et soutint les travaux de l’Institut Léon-Trotski. Son projet d’écrire un livre de souvenirs ne put être mené à bien. Il mourut d’une crise cardiaque.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16045, notice BEAUSSIER Jean, Charles, Pierre. Pseudonyme : GIRAL Georges par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 5 décembre 2021.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Le catalogue de la BNF comptait en 2018 14 références.

SOURCES : Arch. privées André Balent, notes manuscrites rédigées (juillet 1984) par Michel Ribera, instituteur retraité, militant du SNI et de la FEN à partir des archives départementales de la FEN (Pyrénées-Orientales). — La Vérité, 28 juin et 18 août 1933. — L’Enseignement public, Action syndicaliste universitaire. — Papiers G. Verecken. — Notice du DBMOF par Jean Maitron et Claude Pennetier. — Notes d’André Balent, J.-M. Brabant, Pierre Chevalier, Alain Dalançon, Jacques Girault, André Lainé, Rodolphe Prager, Guy Putfin, Jean Risacher. — Coudène, Joubert, Revol, Trotsky, l’opposition de gauche et le GBL en France de 1929 à 1936, mémoire de maîtrise, Grenoble, 1968.

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